Sur les terres du Diable

07 janvier 2021   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Sur les terres du Diable

Dans The Devil’s Promenade, les photographes Antone Dolezal et Lara Shipley nous emportent au cœur des Ozarks, une région rurale des États-Unis, berceau d’anciennes légendes folkloriques. Une étude captivante du territoire, de l’homme et de leur évolution.

Dans les Ozarks – région montagneuse des États-Unis – on raconte qu’un étrange orbe lumineux ondoie le long de la Devil’s promenade, un territoire mystérieux, arpenté par le diable en personne. En s’y aventurant, hypnotisés par la lueur de ce globe, les habitants courraient le risque de se faire voler leurs âmes. Véritable légende, passée de génération en génération, ce conte effrayant a passionné les photographes Antone Dolezal et Lara Shipley, tous deux venus de la région.

Inspirés par les mythologies atypiques, les cultures et communautés du monde rural et le pouvoir immersif des histoires, les deux auteurs se sont aventurés dans les Ozarks, terres de leur enfance, pour capturer cette étrange lumière flottante. « J’ai grandi dans le nord-est de l’Oklahoma, près des Grandes Plaines. J’ai passé de nombreuses nuits près de feux de camp, à écouter mon père raconter ces récits folkloriques. La Devil’s Promenade est une manière de se reconnecter à mon passé, il y a une dimension magique à ces récits », raconte Antone Dolezal.

© Antone Dolezal et Lara Shipley

Explorer, questionner, brouiller les frontières

Imaginée sous la forme d’un ouvrage, la série mêle photographie, archives et éléments folkloriques. Une manière d’explorer, de questionner, de brouiller les frontières entre imaginaire et réalité, passé et présent. « Nous voulions recréer le monde décrit par ces récits grâce à nos images. Le rendre réaliste pour immerger le lecteur. Photojournaliste de formation, cette manière de travailler m’a ouvert les portes d’une autre forme de narration », confie Lara Shipley. Jouant avec le format livre – lui-même souvent perçu comme un objet-recueil d’histoires imaginaires – les photographes dressent le portrait d’une communauté bercée par ces légendes, et érigent un décor méticuleux.

« Nous avons joué avec différents genres photographiques : des images documentaires, des portraits d’individus vivant sur ces terres, de musiciens, d’artistes, des mises en contexte des événements religieux, des guérisons spirituelles… Toujours dans le but de présenter au regardeur la diversité des Ozarks », poursuit Antone Dolezal. Liées, les nombreuses strates narratives se déploient, et construisent un univers inspiré par les souvenirs, les peurs enfantines, les coutumes, et le fantastique. Mais comment discerner le réel du fantasme ? Qu’est-ce que notre réticence à effacer toute trace d’imaginaire de notre existence révèle de nous ?

© Antone Dolezal et Lara Shipley

Contrôlons-nous vraiment notre vie ?

« Ces coutumes en disent long sur les Ozarks. Pourquoi continuer de croire que le diable vit dans les bois alentour ? Cette question nous intriguait, car elle est intrinsèquement liée à la région, où le diable est une figure importante de la religion, du quotidien »,

explique la photographe. Pour les auteurs, ce folklore se lit comme une métaphore de la notion de choix : Quelle route prendre ? D’où venons-nous ? Contrôlons-nous vraiment notre vie ? Ancré dans un territoire isolé, où la nature prend encore une place importante, The Devil’s Promenade documente l’existence d’une communauté distante des grandes métropoles, d’un monde en perpétuelle évolution. Là-bas, au cœur des forêts et des montagnes, les croyances et les craintes perdurent, et régissent notre existence.

« Grandir dans les Ozarks sans Internet était marquant. L’accès à la musique et aux livres était difficile. L’ambition y est rare – les gens ont tendance à poursuivre la carrière de leurs propres parents. La majorité des habitants ne vont pas à l’université, et restent près de chez eux… », énumère Lara Shipley. Si la région se modernise, bien sûr, tout comme le reste du pays, son isolement spatial permet aux traditions de perdurer, faisant des Ozarks un berceau unique, où magie et contemporanéité cohabitent. « Avec The Devil’s Promenade, nous renouons avec notre passé. Nous souhaitions perpétuer les coutumes, tout en reconnectant ces récits aux réalités actuelles de cet espace », résume Antone Dolezal. Une excursion passionnante dans les mystérieux paysages américains.

 

The Devil’s Promenade, Éditions Overlapse, 35£, 152 p.

© Antone Dolezal et Lara Shipley

© Antone Dolezal et Lara Shipley

© Antone Dolezal et Lara Shipley

© Antone Dolezal et Lara Shipley

© Antone Dolezal et Lara Shipley

© Antone Dolezal et Lara Shipley

© Antone Dolezal et Lara Shipley

© Antone Dolezal et Lara Shipley

© Antone Dolezal et Lara Shipley

© Antone Dolezal et Lara Shipley

© Antone Dolezal et Lara Shipley

Explorez
Les images de la semaine du 29 décembre 2025 : au revoir 2025, bonjour 2026 !
© Elisa Grosman
Les images de la semaine du 29 décembre 2025 : au revoir 2025, bonjour 2026 !
C’est l’heure du récap ! Dans les pages de Fisheye cette semaine, on célébrait les paillettes, la neige, la couleur, l’océan et une femme...
04 janvier 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Maputo Diary, ou la mémoire incarnée d’un lieu et de ses vies
© Ditte Haarløv Johnsen
Maputo Diary, ou la mémoire incarnée d’un lieu et de ses vies
Pendant plus de vingt-cinq ans, la photographe Ditte Haarløv Johnsen a documenté Maputo à hauteur de vie, entre retours intimes et...
03 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Sofía Jaramillo : la neige comme espace de réappropriation
A New Team © Sofía Jaramillo
Sofía Jaramillo : la neige comme espace de réappropriation
Dans A New Winter, Sofía Jaramillo s’attaque à l’imaginaire figé des sports d’hiver. En revisitant les codes visuels du ski, la...
31 décembre 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les images de la semaine du 22 décembre 2025 : neige, enfance et cinéma
Emcimbini de la série Popihuise, 2024 © Vuyo Makheba, Courtesy AFRONOVA GALLERY
Les images de la semaine du 22 décembre 2025 : neige, enfance et cinéma
C’est l’heure du récap ! Au programme cette semaine : l’éclat ivoire des premiers flocons pour le solstice d’hiver, un retour sur la...
28 décembre 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 29 décembre 2025 : au revoir 2025, bonjour 2026 !
© Elisa Grosman
Les images de la semaine du 29 décembre 2025 : au revoir 2025, bonjour 2026 !
C’est l’heure du récap ! Dans les pages de Fisheye cette semaine, on célébrait les paillettes, la neige, la couleur, l’océan et une femme...
04 janvier 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Maputo Diary, ou la mémoire incarnée d’un lieu et de ses vies
© Ditte Haarløv Johnsen
Maputo Diary, ou la mémoire incarnée d’un lieu et de ses vies
Pendant plus de vingt-cinq ans, la photographe Ditte Haarløv Johnsen a documenté Maputo à hauteur de vie, entre retours intimes et...
03 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Dans l’œil de Cloé Harent : derrière la falaise se cache la lumière
© Cloé Harent, Residency InCadaqués 2025
Dans l’œil de Cloé Harent : derrière la falaise se cache la lumière
Cette semaine, nous vous plongeons dans l’œil de Cloé Harent, dont l’œuvre a fait l’objet d’un accrochage lors de l’édition 2025 du...
02 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis
Gabrielle Hébert (1853-1934), Peppino Scossa endormi dans les bras de sa mère, 11 août 1888, aristotype à la gélatine, 8,7 x 11,7 cm, Paris, musée national Ernest Hébert © Musée d’Orsay, Dist. GrandPalaisRmn / Alexis Brandt
Gabrielle Hébert : l’amour comme langage intime à la Villa Médicis
Elle a photographié l’amour – son amour – et le temps qui passe. À la Villa Médicis, Gabrielle Hébert fait de la photographie un...
01 janvier 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche