« Thank you for playing with me » : éloge des courbes féminines

21 octobre 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
« Thank you for playing with me » : éloge des courbes féminines

Dans Thank for playing with me, Yolanda Y. Liou met en scène deux modèles grande taille : Enam Asiam et Vanessa Russel. Une série s’emparant des codes de la mode pour célébrer la diversité des corps.

« Je me concentre sur l’atmosphère, l’environnement qui m’entoure, et les récits sous-jacents qui se tissent dans mon cadre et hors champ. Je permets à l’imprévisible d’intervenir dans la réalisation de mes images »,

déclare Yolanda Y. Liou. Cette photographe taïwanaise est tombée amoureuse du 8e art à 21 ans, alors qu’elle documentait son périple en Europe. Aujourd’hui installée à Londres, elle vit de ses commandes et développe un univers délicat, au sein duquel la femme occupe une place importante.

Invitée par l’une des commissaires de l’exposition Neo Hua Ren – regroupant des artistes londoniens d’origine chinoise, taïwanaise et hongkongaise – à participer à l’événement, la photographe s’est lancée dans un nouveau projet. « Neo Huan Ren interroge la notion d’identité ethnique au cœur de la mondialisation : de quelle manière mes racines asiatiques et la culture occidentale m’affectent-elles ? », explique-t-elle. Au même moment, elle découvre le compte Instagram d’Enam Asiam une modèle grande taille qui la fascine. « Je souhaitais réaliser un projet autour du corps, et j’ai été conquise par sa confiance et son charisme », précise l’artiste. Après avoir invité son amie Vanessa Russel à participer au shooting, l’influenceuse accepte de se livrer devant l’objectif de Yolanda Y. Liou. Un moment profondément intime qui marque la photographe. « J’ai choisi de ne pas engager de styliste, ou de maquilleur. Je voulais qu’elles soient à l’aise. À la fin de la séance, je leur ai dit : “merci d’avoir joué avec moi”. J’avais l’impression d’avoir passé un moment avec ma petite sœur », confie-t-elle.

© Yolanda Y. Liou© Yolanda Y. Liou

Une thérapie visuelle décomplexée

Scènes urbaines et intimes, tons pastel ou tranchés, les deux modèles posent avec fierté. Leurs corps libres s’exposent sans timidité. Des formes souvent diabolisées par l’esthétique mode et la publicité. « Il s’agit d’une série très personnelle. Être maigre est considéré comme un standard de la culture asiatique – une pression que j’ai ressentie dès mon plus jeune âge. Je me souviens avoir répété inlassablement devant le miroir “je veux être mince, je veux être grande” lorsque j’étais au collège… Les conséquences physiques et psychologiques d’une telle éducation sont désastreuses », raconte Yolanda Y. Liou. Véritable éloge de la diversité des formes féminines, Thank you for playing with me s’adresse aux jeunes filles mal dans leur peau. Une manière pour l’artiste de dénoncer des standards de beauté devenus dictats au sein de notre société.

En s’appropriant les codes de la mode, la photographe donne à voir une autre vision du corps, une thérapie visuelle décomplexée. Les deux modèles, capturées dans des mises en scène picturales, semblent défier le regardeur, et l’inviter à repenser sa notion du beau. Accessoires, postures et regards évoquent les muses des grands peintres et soulignent le charme des jeunes femmes. Une collection d’images sublimes, dans laquelle se mêlent complicité et intimité. « J’espère que celles qui vivent la même chose que moi pourront se sentir mieux. Je veux qu’elles sachent qu’être soi-même est suffisant, qu’elles méritent de s’aimer et d’être aimées », conclut-elle.

© Yolanda Y. Liou© Yolanda Y. Liou
© Yolanda Y. Liou© Yolanda Y. Liou
© Yolanda Y. Liou© Yolanda Y. Liou
© Yolanda Y. Liou© Yolanda Y. Liou
© Yolanda Y. Liou© Yolanda Y. Liou
© Yolanda Y. Liou© Yolanda Y. Liou

© Yolanda Y. Liou

Explorez
Dans l’œil de Kin Coedel : l'effet de la mondialisation sur les regards
© Kin Coedel
Dans l’œil de Kin Coedel : l’effet de la mondialisation sur les regards
Aujourd’hui, plongée dans l’œil de Kin Coedel, à l’origine de la série Dyal Thak. Dans ce projet poétique, dont nous vous parlions déjà...
22 avril 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Quand la photographie s’inspire de la mode pour expérimenter
© Hugo Mapelli
Quand la photographie s’inspire de la mode pour expérimenter
Parmi les thématiques abordées sur les pages de notre site comme dans celles de notre magazine se trouve la mode. Par l’intermédiaire de...
17 avril 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Dans l’œil de J.A. Young : l’hydre monstrueuse qui domine les États-Unis
© J.A. Young
Dans l’œil de J.A. Young : l’hydre monstrueuse qui domine les États-Unis
Cette semaine, plongée dans l’œil de J.A. Young. Aussi fasciné·e que terrifié·e par les horreurs que le gouvernement américain dissimule...
15 avril 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Les images de la semaine du 08.04.24 au 14.04.24 : du bodybuilding au réalisme magique
© Kin Coedel
Les images de la semaine du 08.04.24 au 14.04.24 : du bodybuilding au réalisme magique
C’est l’heure du récap‘ ! Les photographes de la semaine s'immergent en profondeur dans diverses communautés, avec lesquelles iels...
14 avril 2024   •  
Écrit par Milena Ill
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Necromancer : Inuuteq Storch, mage noir au service des mythes groenlandais
© Inuuteq Storch
Necromancer : Inuuteq Storch, mage noir au service des mythes groenlandais
Dans Necromancer, un récit monochrome aux frontières du monde spirituel, Inuuteq Storch illustre les coutumes de ses ancêtres, tout en...
Il y a 3 heures   •  
Écrit par Lou Tsatsas
La sélection Instagram #451 : la vie simple
© Melissa Alcena / Instagram
La sélection Instagram #451 : la vie simple
De la photographie de paysage à la nature morte en passant par l'autoportrait, notre sélection Instagram de la semaine est une ode...
Il y a 7 heures   •  
Écrit par Milena Ill
Fièvre : les remous intimes de Lorenzo Castore
© Lorenzo Castore
Fièvre : les remous intimes de Lorenzo Castore
Jusqu’au 11 mai, la galerie parisienne S. accueille le photographe Lorenzo Castore, l’un des pionniers de la nouvelle photographie...
22 avril 2024   •  
Écrit par Costanza Spina
Dans l’œil de Kin Coedel : l'effet de la mondialisation sur les regards
© Kin Coedel
Dans l’œil de Kin Coedel : l’effet de la mondialisation sur les regards
Aujourd’hui, plongée dans l’œil de Kin Coedel, à l’origine de la série Dyal Thak. Dans ce projet poétique, dont nous vous parlions déjà...
22 avril 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet