« The moment in space » : sculpter le temps et l’espace

27 mai 2019   •  
Écrit par Julien Hory
« The moment in space » : sculpter le temps et l'espace

Du 10 mai au 25 août, le BAL propose la série The moment in space de Barbara Probst. Saisies à partir d’un dispositif singulier composé d’une douzaine d’appareils, ces photographies sculptent le temps et l’espace.

La carte n’est pas le territoire. Faire sortir la photographie de ses contraintes formelles n’est pas évident. C’est pourtant ce que Barbara Probst a brillamment mis en place au BAL dans sa série The moment in space. « [Les photographies] n’offriront jamais une image objective du réel (…) Trois facteurs de défaillance incontournables au moins s’y opposent : le photographe, le procédé d’enregistrement lui-même et le support matériel de l’image, quel qu’il soit », explique l’artiste allemande. Dans ses images, elle parvient à figurer la distance et concrétiser l’espace. Par un dispositif de plusieurs boîtiers, elle saisit un même moment sous différents angles. L’instant décisif, cher aux théories de la photographie, se trouve démultiplié.

Scènes ou portraits, extérieur et/ou intérieur, et couleur couplée au noir et blanc, tout fait sens. C’est dans cette logique imparable que le spectateur pourra apprécier ce que nous pourrions qualifier de « volumes ». La cohérence de l’idée et du geste de Barbara Probst installe une distance en même temps qu’une proximité. Elle souligne les écarts entre le réel, sa représentation et la perception : « Ce qui s’est en réalité passé ou ce qui a été photographié, c’est-à-dire la « réalité », devient une donnée hors de propos. J’envisage parfois mes images comme une façade dont la structure qui les supporte se serait évaporée.»

© Barbara Probst / ADAGP

© Barbara Probst / ADAGP

Un dialogue entre les arts

Avec The moment in the space, Barbara Probst instaure un dialogue entre les arts. Tout d’abord avec la sculpture qu’elle a étudiée à l’Académie des Beaux-Arts de Munich. « Le modèle se tenait debout sur une table que l’on faisait pivoter toutes les dix minutes d’environ 30 ou 40 degrés, afin que chaque étudiant soit capable de le voir sous tous les angles possibles. » En changeant de pratique, elle traduit par la photographie la diversité des perspectives de la sculpture. Elle nous rappelle que le regard est pluriel.

Le parallèle avec le cinéma est aussi évident. Face à ces installations de plusieurs photographies, le spectateur est sollicité. En un unique instant, une séquence est présentée. Les diverses interprétations installent la narration. Nous sommes bien dans une exposition de photographies, mais nous pouvons penser aux expressions du philosophe Gilles Deleuze parlant du cinéma : « l’image-temps » et « l’image-mouvement ». La métaphore cinématographique ne s’arrête pas là. Barbara Probst confie être intriguée par des réalisateurs comme Jean-Luc Godard ou Alain Robbe-Grillet. « Leur façon de construire un récit en introduisant des trous ou des non-dits dans l’histoire ou en changeant de manière inattendue de perspective, va à l’encontre de ce qui était anticipé par le lecteur ou le spectateur. Ils traitent l’histoire comme un peintre cubiste le ferait avec l’espace.»  Cette ultime référence à la peinture explicite les passerelles que l’artiste a voulu construire. Une démarche objectivée dans les œuvres présentées au BAL.

© Barbara Probst / ADAGP

 

© Barbara Probst / ADAGP

 

© Barbara Probst / ADAGP

 

© Barbara Probst / ADAGP

© Barbara Probst / ADAGP

Explorez
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
© Leïla Macaire
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
Bleu comme désert est un projet photographique réalisé par Leïla Macaire dans les dunes du désert du Tassili n’Ajjer, en Algérie, qui...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
© Yasmina Benabderrahmane
Festival Mondes en commun 2026 ou les empreintes en repères
Pour la 3e édition du festival Mondes en commun du musée départemental Albert-Kahn, ce sont onze photographes qui déploient leurs œuvres...
30 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
BMW ART MAKERS : les vitraux organiques de Lara Tabet et Yasmine Chemali
Les Aygalades (détail), Bactériographie, impression UV sur verre, 2026 © Lara Tabet / BMW ART MAKERS
BMW ART MAKERS : les vitraux organiques de Lara Tabet et Yasmine Chemali
Lauréates du programme de mécénat BMW ART MAKERS 2026, l’artiste Lara Tabet et la commissaire Yasmine Chemali explorent les eaux...
29 mai 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Piton Carré, massif du Vignemale, 2021, série De glace © Grégoire Eloy
Les Rencontres de Niort 2026 : nos urgences contemporaines
Jusqu’au 31 mai 2026, les Rencontres de la jeune photographie internationale de Niort 2026 dévoilent leur nouvelle édition. Cette année...
20 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
© Leïla Macaire
Bleu comme désert pour interroger notre regard sur un territoire
Bleu comme désert est un projet photographique réalisé par Leïla Macaire dans les dunes du désert du Tassili n’Ajjer, en Algérie, qui...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
La sélection Instagram #560 : du mouvement et de la danse
© heemuroo / Instagram
La sélection Instagram #560 : du mouvement et de la danse
Comme le disait Pina Bausch dans son discours d'acceptation d'un doctorat honoris causa que lui a attribué l'université de Bologne...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
Découvrez les 5 lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo !
© Shanna Warocquier / Lauréate du Mentorat #4 des Filles de la Photo.
Découvrez les 5 lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo !
Les cinq lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo ont été dévoilées. Voici le palmarès de cette édition 2026 !
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
À l’Archevêché, Fisheye n’est jamais à cour(t) d’idées !
© Claire Jaillard
À l’Archevêché, Fisheye n’est jamais à cour(t) d’idées !
Pour la troisième année consécutive, Fisheye investit la cour de l’Archevêché à l’occasion de la semaine d’ouverture des Rencontres...
29 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin