Travail, photo, patrie

16 novembre 2017   •  
Écrit par Anaïs Viand
Travail, photo, patrie

C’est à Bologne, une ville marquée par l’industrie, que se tient la 3ème édition de la biennale Foto/Industria. Parmi les 14 expositions réparties dans plusieurs lieux symboliques de la ville, deux photographes ont particulièrement retenu notre attention. Tous deux sont italiens et ont photographié leur pays à travers le prisme du travail

« La société allait mal et nous avions besoin de dénoncer ce mal-être ». Dans les années 1970, Mimmo Jodice arpente les rues de Naples et dénonce le travail des enfants. Dans ces mêmes rues, il couvre les rassemblements populaires tel que le festival dell’Unità. Le portrait qu’il dresse de la péninsule est poignant en même temps que militant. L’Homme, qu’il soit seul ou au milieu d’une foule, occupe toujours une place centrale dans ses clichés noir et blanc. C’est à travers un regard sévère et réaliste qu’il questionne les dérives de l’humanité. L’Église de Santa Maria della Vitta – lieu où sont exposées les images de Mimmo – immortalise parfaitement les années 1970 près de 50 ans plus tard. 

Naples, 1973 © Mimmo Jodice

Naples, 1973 © Mimmo Jodice

« Work hard, have fun, make history »

Travail. Machine. Productivité. Concurrence. Au palais Pepol, la thématique du travail fait écho à Chaplin et à la cadence des anciennes chaînes de production. Michele Borzoni a lui aussi choisi de partager sa vision contemporaine du travail à travers un diaporama de photo en couleur. 14 minutes de diaporama durant lesquelles il montre au visiteur des lieux hautement symboliques de notre société consumériste : un bureau de call centers, un entrepôt d’Amazon ou encore une salle d’examen aux concours de la fonction publique. « Work hard, have fun, make history » peut-on lire sur l’un des murs Amazon photographié par Borzoni. On rit jaune. Là est la force du jeune photographe : il est parvenu à trouver la distance adéquate. Les grands espaces vides, blancs et parfois aseptisés l’empêchent de verser dans le sociodramatique du sujet. Il se livre à un reportage neutre en présentant des espaces qui lui évoquent le travail et la production. En sortant du lieu, on ne peut s’empêcher de se demander : que reste-t-il donc d’humain dans le monde du travail ?

 

Un atelier textile chinois saisi par la police italienne à Prato, près de Florence © Michele Borzoni/TerraProject

Un atelier textile chinois saisi par la police italienne à Prato, près de Florence © Michele Borzoni/TerraProject

Concours pour le recrutement de 40 historiens de l'art par le ministère italien du patrimoine culturel. 1550 candidats ont participé à l'examen dans le palais des congrès de Rome © Michele Borzoni/TerraProject

Concours pour le recrutement de 40 historiens de l’art par le ministère italien du patrimoine culturel. 1550 candidats ont participé à l’examen dans le palais des congrès de Rome © Michele Borzoni/TerraProject

Image d’ouverture : festival dell’Unità, Naples, 1976 © Mimmo Jodice

Explorez
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
Cette semaine les photographes capturent à travers leur objectif le sport sous toutes ses formes. Les frissons parcourent les corps, une...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Hélène David : les voix du vivant
© Hélène David
Hélène David : les voix du vivant
Pendant quatre ans, Hélène David a arpenté le Pays basque à la rencontre de celles et ceux qui l'habitent – humains, animaux, montagnes...
20 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
© Lys Arango / La Kabine
L’exposition, Au bord des mondes, pour les 5 ans de La Kabine 
Au bord des mondes : Habiter les territoires, survivre aux fractures, du 27 juin au 20 septembre, une exposition qui invite à repenser...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Justine Tjallinks : renverser les codes de beauté 
© Justine Tjallinks
Justine Tjallinks : renverser les codes de beauté 
Dans Vision, Justine Tjallinks capture avec singularité la différence, en prenant son inspiration dans la peinture ancienne du siècle...
31 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Thato Toeba : matérialiser les fractures
© Thato Toeba
Thato Toeba : matérialiser les fractures
Dans l'exposition Anyone Can Be Lucifer, aux Rencontres d'Arles, Thato Toeba dévoile un corpus artistique engagé, déboulonnant des...
30 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen
Le 7 à 9 Chanel : Aïda Muluneh, et les créations comme des messages sur le monde
This Bloom I Borrow, 2026. © Aïda Muluneh
Le 7 à 9 Chanel : Aïda Muluneh, et les créations comme des messages sur le monde
Pour l'édition estivale des 7 à 9, des rencontres organisées par Chanel au Jeu de Paume, la photographe et curatrice éthiopienne Aïda...
29 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Vigilance : une histoire de la prévention et de la sécurité en entreprise
© Couverture du magazine Vigilance, n°41, un monteur et ses gants isolants, Michel Crépin, septembre 1971. Avec l’aimable autorisation des archives EDF.
Vigilance : une histoire de la prévention et de la sécurité en entreprise
Comme chaque année, les Rencontres d’Arles proposent des expositions faisant la part belle aux archives. En 2026, nous retrouvons...
29 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet