Une Amérique figée dans son passé

10 avril 2020   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Une Amérique figée dans son passé

Inspiré par le contexte actuel, Nicolas Seurot a réalisé Washed Out, une collection d’images picturales représentant une Amérique vétuste et délavée. Un projet interrogeant la pertinence de la politique états-unienne.

Paysages déserts, voies de fer rouillées, motels abandonnés… Dans les photographies de Nicolas Seurot, les symboles américains – synonymes de liberté et de force – sombrent dans un passé lointain. Fasciné par les États-Unis, le photographe français a déjà réalisé plusieurs projets de l’autre côté de l’Atlantique. « J’en avais une vision idéalisée, inspirée par la pop culture, la modernité technologique, le rêve américain. J’ai été piqué par les séries des années 1970 et 1980, les productions d’Amblin Entertainment, et les livres photographiques d’Eggleston, Shore, ou encore Meyerowitz », explique-t-il. Au fil de ses voyages, cependant, se dessine une autre Amérique, « plus vétuste et délavée… Mais ce n’est pas pour me déplaire », précise l’auteur.

Washed Out est née à la suite d’un autre projet, Westland, publiée sous la forme d’un livre et retranscrivant sa vision de l’Ouest américain. « Mais il lui manquait un traitement plus ancré dans la notion de temps », explique l’artiste. Sensible à la mélancolie, ce dernier se plaît à créer des images intemporelles. Au cœur de ces paysages millénaires, il retrouve un certain réconfort, une joie profonde. « J’ai donc réutilisé des images de cette première série, ajouté des photos réalisées ultérieurement au Texas et je leur ai offert un rendu pictural, pour figer ce territoire dans son passé », précise-t-il.

© Nicolas Seurot

Une politique délavée

Influencé par son travail dans les Visions Passéistes, Nicolas Seurot transforme les panoramas américains en véritables peintures. « J’ai choisi cette fois de moins jouer sur les ombres et les contre-jours, et de privilégier les lumières zénithales afin d’aplanir le relief pour accentuer le côté “fané” », stipule le photographe. Un traitement révélant la matière, et nous invitant à plonger dans cette Amérique étrange, à la fois ancestrale et contemporaine, où l’Homme, absent, semble avoir abandonné le combat.

C’est durant le confinement que l’artiste a débuté le traitement de Washed Out. « Il y a un lien émotionnel évident avec cette période, mon éditing s’est fait dans cet esprit, déclare-t-il. La cohérence de cette série avec l’actualité est totale, le monde découvre la face cachée des États-Unis – celle d’un système de santé et d’une politique délavés ». Dans ce contexte, les clichés de Nicolas Seurot révèlent une nouvelle profondeur, jusqu’alors insoupçonnée. Les symboles américains, éparpillés çà et là évoquent  désormais des reliques anciennes, qui pourraient devenir, dans un futur proche, obsolètes. La palette de couleurs, aux gris dominants, invite quant à elle la solitude et la nostalgie dans la série. Les silhouettes, enfin, absentes, interrogent : que sont-elles devenues? Et quand reviendront-elles ? Un projet aux multiples lectures.

© Nicolas Seurot

© Nicolas Seurot© Nicolas Seurot

© Nicolas Seurot

© Nicolas Seurot© Nicolas Seurot

© Nicolas Seurot

© Nicolas Seurot© Nicolas Seurot

© Nicolas Seurot

© Nicolas Seurot

Explorez
Collages, expérimentations et expositions : nos coups de cœur photo d’avril 2026
© Lore Van Houte
Collages, expérimentations et expositions : nos coups de cœur photo d’avril 2026
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
29 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La sélection Instagram #554 : jardin d'été, jardin de fées
© alchemytintypestudio / Instagram
La sélection Instagram #554 : jardin d’été, jardin de fées
Alors que les rayons du soleil frappent dans l’après-midi, il est temps pour le promeneur de se reposer au pied d’un arbre. Peu à peu...
28 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
© Helena Almeida sans titre, 1975 Fundació Foto Colectania.
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, nous décomposons les images pour découvrir les processus créatifs qui se cachent derrière ce que...
26 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
La sélection Instagram #553 : la ville et ses détails
© austinprendergast / Instagram
La sélection Instagram #553 : la ville et ses détails
Le retour des beaux jours voit les rues de Paris s’animer à nouveau. D’une terrasse à l’autre, éclats de rire et cris de joie se font...
21 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
Shine Heroes, 2018 © Federico Estol
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous poussent à prendre du recul face à nos certitudes et à interroger ce que l’on...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
15 expositions photographiques à découvrir en mai 2026
Oedipus, 2021 © Linder Sterling, courtesy of the artist and Modern Art
15 expositions photographiques à découvrir en mai 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en mai 2026....
30 avril 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Yasmina Benabderrahmane : Impossible Landscape
Rokh © Yasmina Benabderrahmane
Yasmina Benabderrahmane : Impossible Landscape
Dans Impossible Landscape, Yasmina Benabderrahmane fait du médium photographique un outil pluriel de documentation du vivant. À...
30 avril 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Lena Maria : la nuit qui relie les êtres
© Lena Maria
Lena Maria : la nuit qui relie les êtres
Avec Les Nuits ouvertes, Lena Maria s’immerge dans une nature vibrante colorée d’ocres et d’argiles. À la lumière de la lune, elle...
29 avril 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas