Vers un humain en version augmentée

14 décembre 2023   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Vers un humain en version augmentée
© Frederik Heyman
© Maison Autonome

Obsédé·es par l’idée de composer un humain hybridé, les artistes profitent de la démocratisation des outils numériques pour questionner notre devenir cyborg. Pur fantasme ou critique du tout technologique ? Rendez-vous à Némo, Biennale internationale des arts numériques de la région Île-de-France, pour en savoir davantage. Cet article, rédigé par Maxime Delcourt, est à retrouver dans notre dernier numéro.

« Je ne suis pas devenu un cyborg pour repousser la mort, voire même pour la vaincre, mais dans l’idée de maîtriser des éléments naturels, de pouvoir contrôler le son ou les couleurs. » Au moment de prononcer ces mots, Neil Harbisson pointe du doigt l’antenne qu’il s’est fait implanter au sommet du crâne en 2004. Une opération qui permet, selon lui, de bénéficier des mêmes facultés que les insectes et de trouver du sens dans les couleurs et les sons. Et de disposer ainsi d’une version augmentée de lui-même : « Là où les organes humains vieillissent et perdent de leur vitalité, la technologie ne cesse d’être plus performante, ajoute-t-il. Grâce à certaines mises à jour, je peux augmenter mes capacités à intervalles plus ou moins réguliers. »

Si l’artiste irlandais installé à Barcelone est probablement le premier être humain à avoir opté pour le devenir cyborg, il n’est plus le seul. Fasciné·es par la science-fiction, les romans d’anticipation ou les évolutions technologiques, de nombreux·ses artistes s’intéressent à la fusion entre l’homme et la machine, questionnant les possibilités et les limites d’une telle union. À la suite de Neil Harbisson, d’autres esprits avant-coureurs ont ainsi choisi de se définir comme des artistes cyborgs : il y a le Tchèque Dodo (à même de sentir les effets radioactifs), l’Espagnol Manel Muñoz (capable de détecter les changements de pression atmosphérique et de prédire le temps), ou encore le Barcelonnais Pol Lombarte, dont les œuvres sont produites grâce aux battements de son cœur. De là à parler du « cyborg art » comme d’un nouveau courant artistique ? Neil Harbisson veut y croire : « Le cyborg art peut devenir un mouvement de grande ampleur. À l’avenir, je suis persuadé qu’il sera possible de l’étudier, qu’il existera des musées ou des expositions dédiés à ce sujet, et qu’il sera permis de se spécialiser dans ce domaine à l’université. »

© Frederik Heyman
© Marco Brambilla
© Bill Vorn

Des liens à tisser

Si Neil Harbisson affirme un tel propos, c’est peut-être aussi parce que le corps – son augmentation, sa distorsion, sa réinvention – est l’un des sujets les plus récurrents au sein de l’histoire de l’art. Il y aurait probablement des liens à tisser entre les statuettes préhistoriques aux formes humaines et animales, reflétant une volonté d’élévation divine, et les avatars robotisés aux allures invincibles. Il serait tout autant possible de remonter le fil de l’Histoire et d’établir des correspondances entre la Renaissance, où les artistes ont placé l’humain au centre de toutes les préoccupations – réintégrant au passage les canons de la sculpture grecque –, et notre ère, où Louis- Paul Caron et Romain Gauthier (pour ne citer qu’eux) pro- longent ces visions dans des œuvres numérisées. C’est là toute la beauté de l’époque actuelle : les technologies sont si accessibles qu’elles permettent aux artistes d’aller encore plus loin dans la conception d’images humaines numériques.

Pionnier en la matière, contribuant depuis près de deux décennies au développement et à l’essor d’effets visuels pour le cinéma et les jeux vidéo, Ian Spriggs s’est par exemple spécialisé dans la figure humaine. Dans l’idée de brouiller cette éternelle frontière entre le vrai et le faux, mais surtout d’insuffler de la vie dans le monde virtuel et de redéfinir notre conception de l’être humain. Sa dernière série, Cœus, Prometheus, Ichor, Tetrad, présentée au Centquatre-Paris dans le cadre de la biennale Némo, ne dit pas autre chose : il s’agit ici de mettre en scène des portraits écorchés, de questionner la manière dont on se définit et se perçoit. La particularité de l’œuvre de Ian Spriggs est aussi de se montrer clairvoyante quant au potentiel des technologies. Ni hostile ni totalement enthousiaste quant à l’hybridation humain- machine, le Canadien entend poser des limites, avancer quelques réflexions nourries de concepts puisés dans la cybernétique, la robotique ou la culture des réseaux sociaux. Avec en creux, cette question : « Comment en est-on arrivés là ? »

Cet article est à retrouver dans son intégralité dans Fisheye #62, disponible ici.

À lire aussi
Du 22 au 25 juin, immergez-vous dans la beauté du futur avec le Palais augmenté 3
Kami’s Room © Kami
Du 22 au 25 juin, immergez-vous dans la beauté du futur avec le Palais augmenté 3
Le premier festival dédié à la création artistique en réalité augmentée et aux innovations culturelles immersives revient pour une 3e…
22 juin 2023   •  
Écrit par Fisheye Magazine
« Le voile interposé » : plongée dans des métavers futuristes
« Le voile interposé » : plongée dans des métavers futuristes
Du 4 juillet au 21 août, Le voile interposé – une exposition immersive signée Fisheye – se posera au Couvent Saint-Césaire, à Arles….
04 juillet 2022   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
Lee Miller au MAM : portrait d'une photographe aux multiples facettes
Modèle avec ampoule, Vogue studio, Londres, vers 1943 © Lee Miller Archives England 2026, All Rights Reserved
Lee Miller au MAM : portrait d’une photographe aux multiples facettes
À l’initiative de la Tate Britain et avec le soutien de l’Art Institute of Chicago, le musée d’Art moderne de Paris présente...
14 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
© Salma Abedin Prithi
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
Dans Mundane, série théâtrale aux contrastes maîtrisés, Salma Abedin Prithi met en scène la violence et ses dynamiques sociales dans son...
04 avril 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
© Birgit Jürgenssen
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
Fortes de 130 ans d'engagement auprès des artistes, les Galeries Lafayette s'associent aux quinze ans du Centre Pompidou-Metz. Le projet...
30 mars 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Lee Miller au MAM : portrait d'une photographe aux multiples facettes
Modèle avec ampoule, Vogue studio, Londres, vers 1943 © Lee Miller Archives England 2026, All Rights Reserved
Lee Miller au MAM : portrait d’une photographe aux multiples facettes
À l’initiative de la Tate Britain et avec le soutien de l’Art Institute of Chicago, le musée d’Art moderne de Paris présente...
14 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
5 coups de cœur qui explorent leur environnement
© Émilie Delhommais
5 coups de cœur qui explorent leur environnement
Tous les lundis, nous mettons en regard les travaux de deux photographes qui ont retenu notre attention. Cette semaine, la rédaction...
13 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 6 avril 2026 : d'autres mondes
© Lore Van Houte
Les images de la semaine du 6 avril 2026 : d’autres mondes
C'est l'heure du récap' ! Cette semaine, les nouvelles vont bon train, et notamment l'annonce de la programmation de la 57e édition des...
12 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Art Paris 2026, le printemps de l’art
© Sarfo Emmanuel Annor / The Bridge Gallery
Art Paris 2026, le printemps de l’art
Le très attendu rendez-vous de l’art contemporain a donné son coup d’envoi jeudi soir. Jusqu’à dimanche, 165 galeries présentent, sous la...
11 avril 2026   •  
Écrit par Jordane de Faÿ