« We came from fire » : se battre pour exister

08 juillet 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
« We came from fire » : se battre pour exister

Le livreWe came from fire retrace les quatre voyages du photographe Joey Lawrence aux côtés des militants kurdes se battant contre Daesh. Un récit intime et poignant.

« Je ne connais pas d’autre mode de vie que celui de photographe »,

déclare Joey Lawrence. Cet auteur canadien, installé à Brooklyn s’est intéressé au 8e art dès son enfance, et a commencé à réaliser des images pour des musiciens à l’adolescence. Aujourd’hui, il partage son temps entre commandes et projets personnels. Fasciné par l’humain, il ne cesse de travailler le portrait. « Je place souvent mes modèles dans leur environnement, et je joue avec certains éléments, notamment la lumière, pour les sublimer », explique-t-il. Une approche qu’il développe également dans ses projets documentaires.

C’est la complexité du conflit entre les Kurdes et Daesh qui a poussé Joey Lawrence à s’envoler à quatre reprises vers le chaos de la guerre pour réaliser We came from fire. Dans ce conflit sanguinaire, l’ancien territoire des Kurdes s’est morcelé, éparpillé entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. Fragilisé, le peuple a appris à se défendre contre des armées plus nombreuses et mieux équipées. Depuis 2011, ils font face, seuls, à Daesh – les territoires voisins ne disposant pas de moyens suffisants pour les défendre. Se battre devient alors un besoin, la seule manière de continuer à exister. C’est aux côtés des armées kurdes, en pleine lutte, que le photographe s’est rendu. « J’ai travaillé avec deux journalistes locaux, Jan et Ipek Ezidxelo. Sans eux, je n’aurais jamais pu prendre la moindre photo », précise-t-il. Une immersion dans le quotidien tumultueux des troupes.

Un respect mutuel

« Mon voyage le plus court a duré deux semaines, et le plus long, quarante jours. Si nous nous joignions parfois à des opérations militaires contre Daesh, la plupart de mes images ont été shootées durant les périodes de calme, loin des combats »,

raconte Joey Lawrence. Entre quelques clichés spectaculaires de territoires enflammés, les portraits du photographe témoignent d’une confiance et d’un respect mutuels. « Ces guerriers ne luttaient pas simplement contre Daesh, ils se battaient pour préserver une identité perdue, précise l’auteur. La photographie me permet d’humaniser des sujets qui sont perçus comme lointains par les Occidentaux. »

Au cours de ses séjours, Joey Lawrence a connu l’hospitalité des Kurdes, et leur gentillesse. Des sentiments étranges, au cœur de la violence ambiante. Sur les images, des moments d’intimité se dévoilent, et les émotions passent sur les visages : soulagement, fatigue, mais aussi joie. Une mosaïque humaine donnant une nouvelle dimension à ce conflit. Immergé dans la communauté kurde, le photographe fait alors le récit d’une autre lutte. Celle d’un peuple se battant pour ne pas tomber dans l’oubli. « Je souhaitais avant tout mettre en lumière le point de vue des Kurdes, et leur rôle dans cette guerre complexe et compliqué », ajoute-t-il. Un bel hommage à leur résilience.

 

We came from fire, Éditions powerHouse Books, 52, 77€, 150 p.

© Joey Lawrence

© Joey Lawrence

© Joey Lawrence

© Joey Lawrence

© Joey Lawrence© Joey Lawrence

© Joey Lawrence© Joey Lawrence© Joey Lawrence© Joey Lawrence

© Joey Lawrence

Explorez
Malick Sidibé célébré par Reporters sans frontières
© Malick Sidibé
Malick Sidibé célébré par Reporters sans frontières
Pour son 81e album photographique, Reporters sans frontières, l’association pour la liberté de la presse, met à l’honneur l’ouvrage de...
05 mars 2026   •  
Sélection Instagram #547 : sororité, joie et liberté
© maximeimbert / Instagram
Sélection Instagram #547 : sororité, joie et liberté
À l'approche du 8 mars, notre sélection Instagram célèbre les femmes par le prisme de l'amitié, de l'insouciance et de la...
04 mars 2026   •  
Les coups de cœur #576 : Paulina Korobkiewicz et Andreas Hammer
© Paulina Korobkiewicz
Les coups de cœur #576 : Paulina Korobkiewicz et Andreas Hammer
Paulina Korobkiewicz et Andreas Hammer, nos coups de cœur de la semaine, documentent des aspects du monde dans des approches distinctes....
02 mars 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Robert Capa : au plus près
© Robert Capa / Italie — Près de Troina. Août 1943. Un paysan sicilien indique à un officier américain la direction prise par les Allemands.
Robert Capa : au plus près
Le musée de la Libération de Paris consacre, jusqu’au 20 décembre 2026, une exposition en hommage à Robert Capa, figure majeure de la...
28 février 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
L'agenda de la semaine : 5 expositions à ne pas rater !
© Irène Jonas
L’agenda de la semaine : 5 expositions à ne pas rater !
Cette semaine, les photographes nous invitent à repenser notre lien sensible et poétique avec les espaces et les éléments qui nous...
11 mars 2026   •  
La sélection Instagram #548 : natures mortes
© celinesaby
La sélection Instagram #548 : natures mortes
Cette semaine, nos photographes de la sélection Instagram s’emparent du genre classique de la nature morte pour le réinventer de fond en...
10 mars 2026   •  
Rafaelle Lorgeril : dans le brouillard du réel
© Rafaelle Lorgeril
Rafaelle Lorgeril : dans le brouillard du réel
Entre flous et lumières presque picturales, la photographe et directrice artistique Rafaelle Lorgeril construit un univers d’images...
09 mars 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les images de la semaine du 2 mars 2026: un besoin de liberté
© Larasomo / Instagram
Les images de la semaine du 2 mars 2026: un besoin de liberté
C’est l’heure du récap’ ! Cette semaine, le soleil s’est immiscé dans nos journées et les images dévoilées insufflent un vent de liberté...
08 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot