Ce rêve bleu

02 août 2018   •  
Écrit par Eric Karsenty
Ce rêve bleu

Andrea & Magda vivent en Palestine depuis 2009. Ce couple franco-italien a vu le Moyen-Orient se transformer et l’économie de ces pays se libéraliser. Un imaginaire de pacotille traduit à travers quatre de leurs séries présentées à Sète pour l’exposition Horizons occupés – Une fabrique du paysage au Moyen-Orient. Un article à lire en intégralité dans notre dernier numéro.

On a vu les choses changer progressivement : les voitures de luxe, les distributeurs automatiques de billets, les centres commerciaux, les panneaux publicitaires géants… des éléments assez loin de l’image que l’on avait de la Palestine. Et ça nous a semblé être un aspect important de la réalité du pays », expliquent Andrea & Magda sous le soleil de Sète, où était présentée leur exposition Horizons occupés – Une fabrique du paysage au Moyen-Orient, dans le cadre du festival ImageSingulières.

Si Andrea est italien, et Magda, française, c’est en Palestine qu’ils se sont rencontrés, en 2009. Très vite, ils ont abandonné leurs activités respectives – Andrea, ses cours de musique, et Magda, son travail pour des ONG – afin de se consacrer à la photographie. Le huitième art les passionne, devient le centre de leur relation, et bientôt de leur couple. Poussés par « l’envie de raconter des choses, de vivre de la photo, et sans projet précis au début », ils ont réalisé leurs premières images sur le checkpoint de Bethléem, qu’ils ont diffusées dans la presse. Ils ont enchaîné avec plusieurs commandes pour des organisations internationales (le Comité international de la Croix-Rouge, l’Agence française de développement…) sur des sujets relativement « attendus » comme les réfugiés, le mur de séparation, etc. Mais bien vite, ils ont pris conscience que les choses changeaient. Andrea se souvient avoir noté « Riches en Palestine » sur un document de travail, dès 2010.

Ville utopiques

L’arrivée massive d’argent, venant de l’aide internationale et provoquant l’émergence d’une classe moyenne, s’appuie sur « une stratégie politique qui est de libéraliser l’économie palestinienne en se disant que, “naturellement”, cela aboutira à la création d’un État palestinien, explique Magda. C’est dans la logique des accords d’Oslo (1993) et du Protocole de Paris (1994). Il y a une décision politique qui est encouragée par les pays donateurs, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, qui est facilitée par Israël – parce que leurs intérêts se rejoignent –, et qui est reprise en chœur par une grande partie de l’élite palestinienne. » C’est Salam Fayyad, Premier ministre de l’autorité palestinienne de 2007 à 2013 et ancien employé de la Banque mondiale, qui développe cette politique, qualifiée de « fayyadisme » par certains observateurs. Et c’est dans la foulée qu’est né The Palestinian Dream (2012-2013), le premier projet d’Andrea & Magda. Dans leurs images, apparaissent ainsi les centres commerciaux, les boîtes de nuit, les clubs de fitness et les immenses panneaux publicitaires promettant une vie meilleure dans des villes utopiques. Il faut préciser que, depuis la deuxième Intifada (révolte palestinienne entre 2000 et 2005), « il y a un désir de retrouver une vie normale, une liberté et une envie d’avoir un avenir pour ses enfants qui est légitime, précise Magda. Mais le développement libéral est la seule voie qu’on leur laisse espérer ». Le couple travaille « comme des anthropologues », et dans cette série, les codes esthétiques (couleur, plans larges, extérieurs…) sont en rupture avec les images habituelles. « Nous essayons de casser les stéréotypes sur la Palestine, mais nous aurions pu faire ce travail dans d’autres régions du monde. La réflexion qui est en jeu ne concerne pas que le Moyen-Orient, mais la modernité, le progrès et le monde globalisé », poursuit Magda.

Cet article est à retrouver dans Fisheye #31, en kiosque et disponible ici.© Andrea & Magda © Andrea & Magda

© Andrea & Magda© Andrea & Magda

© Andrea & Magda

© Andrea & Magda

© Andrea & Magda© Andrea & Magda

© Andrea & Magda© Andrea & Magda

© Andrea & Magda

Explorez
23 événements photographiques à découvrir en septembre 2026
Dakota Hair © Ryan McGinley
23 événements photographiques à découvrir en septembre 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en septembre...
02 septembre 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
Cette semaine les photographes capturent à travers leur objectif le sport sous toutes ses formes. Les frissons parcourent les corps, une...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
La petite Vera, Lac Baïkal, Sibérie, 1998. © Claudine Doury / Courtesy de l’artiste et de l’agence VU’
Fisheye #77, désormais en kiosque, s’immisce au cœur des festivals photo de l’été 2026
Que valent nos images ? C’est avec cette question en tête que nous avons composé Fisheye #77, que vous pouvez dès à présent retrouver en...
06 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
© Boby
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
Depuis les quatre coins de la planète, Boby a capturé des souvenirs instantanés à l’aide de deux boîtiers instax™ de la série Evo : le...
12 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Quels mondes allons-nous habiter ? Fisheye #78 scrute le paysage
© Caroline Ruffault
Quels mondes allons-nous habiter ? Fisheye #78 scrute le paysage
Disponible à compter de ce vendredi 11 septembre, Fisheye #78 s’articule autour du paysage. Portfolios et dossier s’intéressent aux...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Paris Photo a dévoilé le programme de son édition 2026 !
© AFP (Agence France-Presse), Michel Morgan, Paris, France, 9 octobre 1946, 1946, Fisheye Gallery
Paris Photo a dévoilé le programme de son édition 2026 !
La 29e édition de Paris Photo se tiendra au Grand Palais du 12 au 15 novembre 2026. À cette occasion, les œuvres de 1260 artistes...
10 septembre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Premières fois / premières photos : l'histoire de la photographie à travers les nouveautés
Extrait de Holding the Camera (2015–2019) © Alberto Vieceli
Premières fois / premières photos : l’histoire de la photographie à travers les nouveautés
Au Pavillon Populaire, à Montpellier, Premières fois / premières photos retrace l'histoire du 8e art au travers des nouveautés, qu'elles...
10 septembre 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Lueurs Fauves : l’écosystème sensible d’Eve Campestrini
© Eve Campestrini
Lueurs Fauves : l’écosystème sensible d’Eve Campestrini
C’est au cœur de la vallée occupée par le Groupe Agricole d’Exploitation Collective (GAEC) de Montlahuc qu’Eve Campestrini compose Lueurs...
08 septembre 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas