Alexandre Bagdassarian raconte les cicatrices d’une jeunesse arménienne

24 octobre 2023   •  
Écrit par Costanza Spina
Alexandre Bagdassarian raconte les cicatrices d’une jeunesse arménienne
© Alexandre Bagdassarian
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© Alexandre Bagdassarian
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© Alexandre Bagdassarian

Jusqu’au 2 décembre, Le Bleu du ciel présente La couleur de la grenade, une exposition d’Alexandre Bagdassarian. Par ce projet documentaire au long cours, le photographe s’interroge sur l’avenir d’une jeunesse arménienne confrontée à l’héritage de la violence et d’un terrible « conflit sans témoins ».

« La couleur de la grenade » est un clin d’œil au poète arménien Sayat Nova (1712-1792), qui de son temps écrivait dans toutes les langues du Caucase, Russe, Arménien, Géorgien et Azerbaïdjannais, tel un pont entre les peuples. Près de deux-cents ans après, le photographe arménien Alexandre Bagdassarian met ces mots en images à travers une série qui interroge l’avenir de la jeunesse arménienne. Ce projet documentaire au long cours pose une question cruciale pour toute une génération qui a hérité d’une histoire de violence profonde comme un gouffre : y a-t-il un demain au demain ? En contemplant cette histoire aux allures de rêve flou, et pourtant bien réelle, l’artiste se demande vers où diriger ses espoirs de futur : l’Orient ? L’Occident ? La Russie ? « À travers les cicatrices des territoires, j’ai aussi entrevu un invisible : d’un conflit sans témoin, d’un pays face à ses voisins mais aussi face à lui-même et son propre regard » explique Alexandre. La grenade n’est pas un symbole choisi au hasard au sein de cette réflexion sur le temps et l’espace. Selon les légendes arméniennes, le « fruit du paradis » contient 365 pépins, un pour chaque jour de l’année, tel un gage d’éternité.

Alexandre Bagdassarian : un documentaire intime en quête de ses racines

La jeunesse arménienne immortalisée par Alexandre Bagdassarian est celle qui hérite à la fois du processus d’indépendance, et de la fin de l’URSS trente ans plus tôt. Une situation chaotique où, comme l’explique le photographe, les ami·es se transforment soudainement en ennemi·e. Les Azerbaïdjanais·es furent chassé·es d’Arménie et les Arménien·nes chassé·es d’Azerbaïdjan. Une guerre se déclenche pour le contrôle du Haut-Karabakh (1988- 1994), une plaie jamais complètement fermée, qui s’ouvre à nouveau en 2020 avec l’explosion d’un nouveau conflit. Une paix fragile s’est depuis installée, rythmée par les coups de feu constants aux frontières, laissant redouter une nouvelle confrontation à venir. L’omniprésence de la Russie dans la région constitue une énième menace, alors que les mouvements sociaux et féministes s’essoufflent à mesure que la jeunesse s’en va vers l’ouest, en espérant construire un avenir meilleur. Enfant de cette diaspora, Alexandre Bagdassarian se lance dans ce reportage de l’intime à la découverte d’une culture dont, comme il l’explique, il ignorait presque tout. « Quelques souvenirs d’enfance, comme un mélange d’odeurs, d’épices, de visages, et aujourd’hui l’envie de remonter la piste de mes ancêtres et de leurs histoire, écrit-il. De leurs Cilicie natale (province sud de l’Anatolie), puis partis travailler dans le textile des quartiers arméniens de Bursa dans la province de Constantinople, jusqu’aux événements de 1915 qui les conduisirent d’abord vers le Liban avant de rejoindre la France. Aujourd’hui, j’ai seulement un nom et une adresse posée sur une enveloppe et destinés à mon grand-père. Cette rue, et ce numéro, d’Erevan ont été le point de départ de mon projet. »

© Alexandre Bagdassarian
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