Behind the Facade : l’étrange huis clos de Jennifer McLain

18 mai 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Behind the Facade : l’étrange huis clos de Jennifer McLain
© Jennifer McLain
© Jennifer McLain

Dans Behind the Facade, Jennifer McLain compose un monde dans lequel elle tente de se soustraire à des évènements du quotidien qui l’affectent négativement. Au fil des mises en scène de ce projet au long cours, la photographe allemande crée une tension entre l’étrange et le familier.

Dans un intérieur aux fenêtres closes se jouent des scènes singulières. Des mains tantôt gantées, tantôt vernies et parées de bijoux surgissent çà et là, sous un lit ou derrière un canapé. Ce sont celles d’une femme aux cheveux blonds. Les rares fois où elle nous fait face, son visage est dissimulé. Outre sa présence énigmatique, seuls un verre de lait, un casque et des cigarettes ponctuent ce décor tout droit venu des années 1970. « Il est important que mes tirages soient systématiquement caractérisés par une esthétique nostalgique. Les couleurs, la lumière et l’intérieur créent une certaine atmosphère, une de celles qui me plaisent toujours. Je ne pourrais pas imaginer prendre des photos dans des cuisines ou des salles de bains conçues de nos jours », explique Jennifer McLain, artiste allemande à l’origine de ces tableaux réunis dans Behind the Facade.

© Jennifer McLain
© Jennifer McLain
© Jennifer McLain

Une dimension presque délétère

« Une façade peut protéger, elle peut cacher. Nous concevons notre propre façade comme nous l’entendons. Et, généralement, nous décidons nous-mêmes de la part intérieure que nous souhaitons révéler, si tant est que nous voulions le faire », déclare Jennifer McLain. Cette série s’articule ainsi autour d’un personnage sinon d’un support à nos projections. « J’aimerais que celles et ceux qui regardent depuis l’extérieur puissent fabriquer une histoire sur la base de leurs expériences personnelles ou de leurs souvenirs », explique l’artiste. Toutefois, à mesure que nous découvrons ces images, tout ce qui pourrait sembler familier devient étrange. « Mes mises en scène se concentrent sur cette tension, précise-t-elle. Les sujets restent anonymes et, parfois, seuls un objet ou une trace laissent deviner leur présence. En cela, mes photos peuvent avoir l’air voyeuristes… Sauf que le mystère subsiste. »

L’espace dépeint revêt alors une dimension presque délétère. Malgré les couleurs vives, la faible luminosité, les cadrages serrés et les arrière-plans surchargés participent à cette ambiance anxiogène. Ici, aucune échappatoire ne s’offre à nous. « Ce lieu imaginaire – ou non – représente le monde dans lequel nous vivons, assure Jennifer McLain. J’interprète le moment qui va de la mise en scène d’une image au “clic” du boîtier comme celui où je me cache ou je me déconnecte de toutes les composantes de la vie quotidienne qui auraient un effet négatif sur moi, bien que cela soit malheureusement impossible. La réalité est trop intense pour être ignorée. »

© Jennifer McLain
© Jennifer McLain
© Jennifer McLain
© Jennifer McLain
© Jennifer McLain
© Jennifer McLain
© Jennifer McLain
© Jennifer McLain
© Jennifer McLain
À lire aussi
Kourtney Roy enquête sur les mystérieuses disparues de la Route des larmes
Kourtney Roy enquête sur les mystérieuses disparues de la Route des larmes
Depuis plus de quarante ans, des jeunes femmes disparaissent aux abords de la Highway 16, une autoroute canadienne tristement surnommée…
01 février 2023   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Quand l’étranger devient intime : les dialogues ininterrompus de Jana Sojka
© Jana Sojka
Quand l’étranger devient intime : les dialogues ininterrompus de Jana Sojka
Jana Sojka imagine des diptyques afin de donner cours à un dialogue ininterrompu. Dans un nuancier crépusculaire lui inspirant sérénité…
17 mai 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Fury, l'univers « crépusculaire » de Marie Quéau
Sans titre #90, Campus Univers Cascades, 2023, extrait de la série Fury, Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris © Marie Quéau / ADAGP, Paris, 2025
Fury, l’univers « crépusculaire » de Marie Quéau
Jusqu’au 8 février 2026, Marie Quéau, cinquième lauréate du prix Le Bal/ADAGP de la Jeune Création, présente Fury. Dans cette exposition...
29 novembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Éternel été, mémoire et masculinité : nos coups de cœur photo de novembre 2025
Red Is Over My Lover. Not Anymore Mi Amor © Laura Lafon
Éternel été, mémoire et masculinité : nos coups de cœur photo de novembre 2025
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
28 novembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Le 7 à 9 de Chanel : Viviane Sassen, l’ombre comme seconde peau
© Viviane Sassen
Le 7 à 9 de Chanel : Viviane Sassen, l’ombre comme seconde peau
Nouvelle invitée du 7 à 9 de Chanel au Jeu de Paume, Viviane Sassen a déroulé le fil intime et créatif de son œuvre au cours d’une...
25 novembre 2025   •  
Écrit par Cassandre Thomas
La sélection Instagram #534 : film noir
© Lux Corvo / Instagram
La sélection Instagram #534 : film noir
Alors que les jours s’assombrissent et que la nuit domine, les artistes de notre sélection Instagram de la semaine nous plongent dans les...
25 novembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 24 novembre 2025 : héritage, métamorphose et nature
Anish © Arhant Shrestha
Les images de la semaine du 24 novembre 2025 : héritage, métamorphose et nature
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les pages de Fisheye vous parlent d’héritage et de métamorphoses, et vous offrent même une autre...
Il y a 8 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
5 événements photo à découvrir ce week-end
Rikka, la petite Balinaise, Fernand Nathan, Paris, 1956 © Dominique Darbois, Françoise Denoyelle.
5 événements photo à découvrir ce week-end
Ça y est, le week-end est là. Si vous prévoyez une sortie culturelle, mais ne savez pas encore où aller, voici cinq événements...
29 novembre 2025   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Fury, l'univers « crépusculaire » de Marie Quéau
Sans titre #90, Campus Univers Cascades, 2023, extrait de la série Fury, Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris © Marie Quéau / ADAGP, Paris, 2025
Fury, l’univers « crépusculaire » de Marie Quéau
Jusqu’au 8 février 2026, Marie Quéau, cinquième lauréate du prix Le Bal/ADAGP de la Jeune Création, présente Fury. Dans cette exposition...
29 novembre 2025   •  
Écrit par Marie Baranger
À Chaumont-Photo-sur-Loire 2025, la nature se révèle picturale et sculpturale 
© Guillaume Barth
À Chaumont-Photo-sur-Loire 2025, la nature se révèle picturale et sculpturale 
Jusqu’au 22 février 2026, Chaumont-Photo-sur-Loire vous donne rendez-vous avec la nature. Pour sa 8e édition, l’événement accueille...
28 novembre 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet