Boby : Odieux ! Ô rage ! Ô désespoir !

07 septembre 2023   •  
Écrit par Benoît Baume
Boby : Odieux ! Ô rage ! Ô désespoir !
© Boby

La première fois qu’il a entendu parler de Fisheye, Boris Allin, alias Odieux Boby, n’avait pas loupé beaucoup de numéros, car il s’agissait de la couverture de son copain Théo Gosselin qui signait le n°1. « Le hors-série de Théo, Bande de photographes !, a longtemps servi de décoration dans mon appartement. Je vivais un peu avec vous », précise-t-il. S’en suivra une vidéo réalisée par Fisheye lors des manifestations de la loi Travail, puis une couverture (Fisheye n°30, mai 2018) toujours sur un sujet social. « Fisheye m’a plu car cela ne parlait pas de matos, et la forme était soignée, ce qui me semble essentiel lorsqu’on publie des images », poursuit le photographe.

Lorsque je me demande pourquoi je ne suis pas photographe mais commentateur de la photographie, je regarde les photos d’Odieux Boby, et j’ai la réponse. Il perçoit ce que je ne vois pas, il rend compte d’une réalité qui me semble abstraite avant de la voir émerger dans ses images. Il a tout simplement du talent. Car si la photographie est accessible à tous, en sortir ce que l’on appelle dans le jargon, des « plaques », reste l’apanage de très peu de gens. Boby couvre les manifestations depuis de nombreuses années pour Libération, et la dernière séquence sur la réforme des retraites ne lui a évidemment pas échappée. « Mon but en arrivant en manif reste de ne pas ramener les mêmes images que les 150 photographes qui sont là. Cela m’oblige à ne pas regarder dans le même sens », précise-t-il. Et pour le coup, le bougre sait être différent et créer des icônes modernes, comme cette photo du bouclier avec le coeur bleu. « Il y a trois choses étonnantes sur cette image. Déjà, elle se présente à moi de manière très claire, alors même que personne autour de moi ne l’a faite. Ensuite, beaucoup de gens ont pensé que je l’avais bidouillée, alors que je ne ferai jamais cela. Enfin, j’ai appris que c’est un autre membre des forces de l’ordre qui avait dessiné ce coeur. »

Pour Boby, la manifestation est forcément un terreau fertile en scènes et en paysages, mais dans l’improvisation la plus totale. « Je pourrais dire que je me sens comme un chef cuistot en arrivant. J’ai une certaine pratique et des recettes, mais je n’ai aucune idée des ingrédients. En fonction de ce que je trouve, je vais élaborer mes images comme un plat. Je vois les choses venir de loin et, à un moment cela devient une évidence. Il ne reste plus qu’à bien assaisonner. » Une mécanique qui fonctionne pour celui qui soutient inconditionnellement l’Olympique de Marseille, et qui a l’amour de la photo chevillé au corps. D’ailleurs la question de l’engagement est liée à ses images, même si Boby y pose un regard de journaliste et ne déformera jamais volontairement la réalité. « Dans chaque situation, il faut savoir garder son calme et trouver la bonne attitude. Place de la Nation, je me suis retrouvé dans un immeuble en feu. Je savais que rien m’arriverait si je ne paniquais pas. » Ce calme, ce recul par rapport à cette matière vivante de la manifestation, il l’a acquis avec le temps. « Mon principal enseignement avec l’expérience reste de savoir louper une image. Je ne suis plus hanté par les images que je manque. Je le prends avec du recul et je me focalise sur la suivante. » Une philosophie qui porte ses fruits tant Boby réalise ce qui se fait de mieux en termes d’images lors des manifestations, et sur toutes ces dernières années. La révolte a trouvé son oeil. D’ailleurs une pancarte est apparue lors de la dernière manifestation : « Boby, montre-leur. » Tout un programme !

À lire aussi
Fisheye Magazine #60 10 ans
Fisheye Magazine #60 10 ans
« Nous y voilà. 10 ans. 60 numéros. 9 000 pages – sans compter les hors-séries et les livres. Plus…
Juillet 2023
Explorez
Au BAL, La Fabrique du Regard donne la parole aux jeunes
Journal de nos adolescences © Iris Millot
Au BAL, La Fabrique du Regard donne la parole aux jeunes
Le festival La Fabrique du Regard fait son grand retour au BAL pour une quatrième édition, présentée jusqu'au 7 juin 2026. Il s’agit...
04 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
L’âme de la chambre noire : entretien avec Thomas Consani, Maître d’Art
Portrait de Thomas Consani. © Matthieu Quatravaux / Tirage par Thomas Consani
L’âme de la chambre noire : entretien avec Thomas Consani, Maître d’Art
Dans le laboratoire Picto, véritable institution de la photographie, au milieu des odeurs de chimie, des ampoules rouges et des échos de...
04 juin 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
La sélection Instagram #558 : rêver d'été
© lalieblanck / Instagram
La sélection Instagram #558 : rêver d’été
Alors que les températures caniculaires qui ont clôturé ce mois de mai nous ont directement plongé dans nos rêves d’été, les photographes...
02 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Kazuo Kitai, photographe du quotidien japonais
© Kazuo Kitai
Kazuo Kitai, photographe du quotidien japonais
À travers plus de soixante ans de photographie, Kazuo Kitai documente les bouleversements sociaux, urbains et intimes du Japon...
01 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Nos derniers articles
Voir tous les articles
SMITH établit son laboratoire expérimental au MAC VAL
Sans titre, in "Dami (Fulmen)", 2023. Thermogramme sur aluminium brossé. Courtesy Galerie Christophe Gaillard © SMITH
SMITH établit son laboratoire expérimental au MAC VAL
Dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie, le MAC VAL met à l’honneur le travail de SMITH à travers une exposition intitulée Ici...
Il y a 3 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
Adama et Awa 3, Eboro, 2026 © Nuits Balnéaires
Eboro de Nuits Balnéaires, un retour poétique aux ancêtres
En descendant les marches qui mènent au sous-sol de la Fondation Henri-Cartier Bresson, l'on découvre Eboro. Cette série de photographies...
05 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Youssef Nabil : dans les rêves, notre réalité
Youssef Nabil (1972) The Dream, self-portrait, 2021 Tirage argentique coloré à la main, 50 x 75 cm Collection particulière © Youssef Nabil.
Youssef Nabil : dans les rêves, notre réalité
Jusqu’au 13 septembre 2026, le musée d’Orsay présente Youssef Nabil. De rêver encore. Une exposition qui déploie l’œuvre polymorphe de...
04 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Au BAL, La Fabrique du Regard donne la parole aux jeunes
Journal de nos adolescences © Iris Millot
Au BAL, La Fabrique du Regard donne la parole aux jeunes
Le festival La Fabrique du Regard fait son grand retour au BAL pour une quatrième édition, présentée jusqu'au 7 juin 2026. Il s’agit...
04 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin