
L’artiste australien Bailey McDermott transforme images fixes et vidéos en délicates estampes monochromes qui contiennent de véritables mondes narratifs. Attentif au processus créatif, il se nourrit de mots, de graffitis, de musique ou encore du 7e art pour composer des nouvelles visuelles, telles que BUZO OR COKE?.
« J’ai toujours aimé la photographie, mais je suis davantage attiré par les procédés de tirage manuels », confie Bailey McDermott. D’abord adepte du cyanotype, l’artiste installé à Melbourne découvre ensuite la gravure laser sur bois. C’est tout naturellement qu’il transpose cette technique à ses photographies et ses vidéos. « C’est un processus initialement très numérique, car je dois traduire l’image en un jeu de contrastes entre les zones noires et les réserves blanches du bois. Une fois numérisée et zoomée à l’extrême, on distingue alors tous les demi-tons et les points qui la composent », explique-t-il. Dès lors que le le bloc est gravé d’une image fixe ou de séquences vidéo, l’artiste y applique une encre noire avant de presser l’ensemble sur un papier de mûrier délicat. C’est ainsi que ses estampes prennent vie, sous la forme de petites vignettes narratives dont l’interprétation est laissée libre pour les spectateur·ices. « Je puise mon inspiration dans mon vécu et mon quotidien, mais je refuse que cela soit trop explicite. Je préfère créer un espace où celle ou celui qui regarde l’œuvre peut projeter ses propres expériences. Mon but n’est pas d’imposer un point de vue », précise-t-il.


« J’aimerais illustrer cela par l’épuisement du personnage de Buzo. À mesure qu’il s’enfonce, cela transparaît dans sa posture et dans les compositions que je crée. »
BUZO OR COKE? du graffiti à l’estampe
Un jour, Bailey McDermott aperçoit un graffiti intrigant derrière chez lui où il est écrit « Buzo and Coke ». Ces quelques mots à la signification mystérieuse l’interpellent immédiatement. « Je n’ai pas tout de suite cherché à savoir ce que cela voulait dire. Je l’ai simplement ajouté à la liste de mots qui me servent de point de départ dans ma création artistique », explique-t-il. Lorsqu’il se replonge dans ses notes quelque temps plus tard, il commence à imaginer une histoire. « Le graffiti était en réalité le nom d’une personne qui s’était produite sur la scène du théâtre voisin. Mais j’ai préféré l’interpréter différemment », avoue l’artiste. Sous son impulsion, Buzo et Coke deviennent deux personnages, un duo rappelant Jack et Jill ou Bonnie et Clyde, que Bailey McDermott commence à explorer. « Parallèlement, j’ai aussi envisagé Buzo et Coke à travers le prisme de la substance, en les imaginant peut-être au cœur d’une relation abusive », poursuit-il.
L’artiste se glisse alors dans la peau de Buzo, se laissant prendre au jeu théâtral. Le visage occulté par un tissu, Buzo devient une figure universelle. Il précise : « Je pense qu’il est essentiel que cela puisse s’appliquer à n’importe qui, qu’il s’agisse d’une toxicomanie, d’une relation toxique ou de toute situation abusive affectant un individu. » Au fil des gravures, le personnage de Buzo évolue. Si Coke demeure invisible à l’image, sa présence s’immisce dans l’œuvre à travers les traits de son compagnon : « J’aimerais illustrer cela par l’épuisement du personnage de Buzo. À mesure qu’il s’enfonce, cela transparaît dans sa posture et dans les compositions que je crée. » Bailey McDermott poursuit ainsi son exploration narrative par la gravure. Si l’estampe constitue la finalité de son travail, il n’hésite pas à animer ses séquences pour leur insuffler une dimension plus organique. Aujourd’hui, sa quête artistique s’oriente vers la peinture. Sa dernière œuvre, ONE PURPOSE: PLAY THAT GLOCKENSPIEL, évoque son affection première pour le cyanotype, marquant le retour progressif de la couleur dans sa pratique.



