This Much Is True d’Albert Elm : des épopées ordinaires

26 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
This Much Is True d'Albert Elm : des épopées ordinaires
© Albert Elm / This Much Is True, Disko Bay
Mains traçant une rail de cocaïne
© Albert Elm

Voyage déluré dans des paysages traversés, le livre This Much Is True d’Albert Elm – édité chez Disko Bay – nous convie à ce qui nous paraît commun. Ses images, d’une fugacité bienvenue, révèlent un monde profondément actuel, avide de découvertes, de jeux, de pierres précieuses et de faux-semblants.

« Introverti, mais on me prend souvent pour un extraverti à cause de mon énergie vive. Je suis curieux et un peu geek », c’est ainsi que se définit Albert Elm, photographe danois. Deuxième tome d’une série de livres – le premier étant The Ice Plant (2017) –, This Much Is True regroupe des images glanées à travers le monde par l’artiste : des carrières de marbre à Carrare aux canalisations industrielles près de Mumbai, en passant par les rues bondées de touristes à Venise… Cet opuscule déploie autant de choses vues ou vécues par l’auteur, et dont l’ensemble se révèle homogène. « J’ai tendance à me fixer des dogmes et des cadres stricts, mais je finis toujours par tout mélanger pour créer une œuvre cohérente. Je suppose que c’est un peu comme ma façon de vivre, explique-t-il. J’essaie de planifier, d’organiser, de garder le contrôle. Mais souvent, je m’égare. J’emporte la photographie partout avec moi, enrichissant ainsi les archives photographiques que je constitue depuis 2008. Je dirais que c’est de la photographie de journal intime, un documentaire personnel, même si j’évite de la catégoriser. »

double page livre Albert Elm
© Albert Elm / This Much Is True, Disko Bay
Femme au parapluie
© Albert Elm

Toucher du doigt le réel

L’objet en lui-même n’est pas clinquant, même si sa conception est extrêmement bien maîtrisée : il est témoin d’une justesse, tant dans le fond que dans la forme. Le toilage présent sur la quatrième de couverture ainsi que sur le dos et une partie de la couverture rappelle une nappe. Au toucher, nous décelons trois différentes textures avec des lettres en relief, comme une volonté de rapporter de la matière, du concret dans ce flux d’images. Une manière de dire que tout cela est bien réel, bien tangible. Les rabats intérieurs cachent quelques surprises, quelques petites anomalies visuelles et invitent à d’autres interprétations ou assemblages. Le message derrière l’ouvrage est simple et c’est volontaire, car on ne veut prendre personne de haut.

Albert Elm se positionne ici en regardeur et ne juge pas, il observe seulement et fait circuler ce que son œil capte. Les paysages à l’intérieur n’y sont pas hostiles, ou du moins, au premier regard, car les couleurs sont enveloppantes. Et parfois, elles révèlent des choses plus profondes, des pieds esquintés par la dure précarité, des mains aux plaies béantes, des dentiers, des yeux au beurre noir. L’on navigue dans une sorte d’autobiographie illustrée, et l’on touche du doigt le lien qu’entretient son auteur au monde, aux autres. C’est un livre qui parle de lui, de ce qui l’entoure, mais qui appartient surtout à toutes celles et ceux qui le feuillèteraient. « J’y vois quelques années de vie. Des souvenirs, des expériences et des sentiments abordés, mis en ordre pour ouvrir la voie et aller de l’avant. Écrire une “liste de choses à faire” peut être libérateur pour structurer ses pensées, qu’on la réalise ou non. D’où le titre qui me permet d’acter que maintenant, je sais que tout cela est vrai et que ces choses se sont réellement produites. Je peux passer à autre chose. »

double page livre Albert Elm
© Albert Elm / This Much Is True, Disko Bay
Mains aux doigts coupés
© Albert Elm
Étoiles de mer
© Albert Elm
Canyons
© Albert Elm
Deux personnes sur un scooter
© Albert Elm
Iceberg
© Albert Elm
Crâne avec un tattoo
© Albert Elm
double page livre Albert Elm
© Albert Elm / This Much Is True, Disko Bay
couverture de This Much Is True
Disko Bay
164 pages
40 €
À lire aussi
La sélection Instagram #549 : doux printemps
© crisjrey / Instagram
La sélection Instagram #549 : doux printemps
Cette semaine, la nature s’éveille en douceur dans notre sélection Instagram. Nos photographes capturent la poésie indicible des premiers…
17 mars 2026   •  
Au BAL, Guido Guidi compose avec le temps
Cervia, 1968 © Guido Guidi
Au BAL, Guido Guidi compose avec le temps
Jusqu’au 24 mai 2026, l’œuvre du photographe et théoricien Guido Guidi prend ses quartiers au BAL. Articulée en dix-huit séquences…
24 février 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Explorez
5 coups de cœur qui explorent leur environnement
© Émilie Delhommais
5 coups de cœur qui explorent leur environnement
Tous les lundis, nous mettons en regard les travaux de deux photographes qui ont retenu notre attention. Cette semaine, la rédaction...
13 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
mini EPIC : des petits livres qui disent grand
© Cedric Roux
mini EPIC : des petits livres qui disent grand
Pensés comme une « petite bibliothèque de voyages » , les livres mini EPIC déploient la série d’un·e artiste sur 48 pages. De petits...
08 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
15 expositions photographiques à découvrir en avril 2026
© Alžběta Drcmánková
15 expositions photographiques à découvrir en avril 2026
La rédaction de Fisheye a relevé une série d'événements photographiques à découvrir à Paris et dans le reste de la France en avril 2026....
01 avril 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
5 coups de cœur qui infusent de la magie
© Aziyadé Abauzit
5 coups de cœur qui infusent de la magie
Chaque lundi, nous mettons en regard les travaux de deux photographes qui ont retenu notre attention. Cette semaine, la rédaction...
30 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Chloé Lefebvre-Lamidey, là où sommeillent les oiseaux
© Chloé Lamidey
Chloé Lefebvre-Lamidey, là où sommeillent les oiseaux
Photographe indépendante installée à Paris, Chloé Lefebvre-Lamidey s’intéresse aux liens que peuvent entretenir les humain·es et les...
Il y a 11 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Lee Miller au MAM : portrait d'une photographe aux multiples facettes
Modèle avec ampoule, Vogue studio, Londres, vers 1943 © Lee Miller Archives England 2026, All Rights Reserved
Lee Miller au MAM : portrait d’une photographe aux multiples facettes
À l’initiative de la Tate Britain et avec le soutien de l’Art Institute of Chicago, le musée d’Art moderne de Paris présente...
14 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
5 coups de cœur qui explorent leur environnement
© Émilie Delhommais
5 coups de cœur qui explorent leur environnement
Tous les lundis, nous mettons en regard les travaux de deux photographes qui ont retenu notre attention. Cette semaine, la rédaction...
13 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 6 avril 2026 : d'autres mondes
© Lore Van Houte
Les images de la semaine du 6 avril 2026 : d’autres mondes
C'est l'heure du récap' ! Cette semaine, les nouvelles vont bon train, et notamment l'annonce de la programmation de la 57e édition des...
12 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot