Chloe Sharrock : chants de bataille

07 août 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Chloe Sharrock : chants de bataille
© Chloe Sharrock / MYOP
Gros plan sur le visage d'un homme
© Chloe Sharrock / MYOP

Photojournaliste de profession, Chloe Sharrock a couvert de nombreux conflits. Dans Il hurlait encore, la membre de l’agence MYOP retravaille ses propres archives afin de constituer une nouvelle imagerie de guerre qui retient l’attention et interroge celui ou celle qui regarde.

« On ouvre Instagram et, sans réfléchir, on fait défiler sa page d’accueil. On voit des souvenirs de vacances en Italie, suivis d’adorables chatons. Tout d’un coup, ce sont des ruines à Gaza. Une publicité pour une marque de fringues apparaît, puis on retrouve des photos de vacances. Sur les réseaux sociaux, les gens publient des scènes de guerre comme des moments de leur quotidien », remarque Chloe Sharrock, l’air pantois. C’est après avoir couvert le conflit russo-ukrainien pendant plus d’un an que la photojournaliste et membre de l’agence MYOP a pris conscience de la banalisation de ce genre d’images. Ces dernières, aussi terribles soient-elles, se ressemblent toutes. Sur le terrain, elle a pu le constater, des dizaines de photographes du monde entier les ont prises. Sur Internet, la surabondance de ces témoignages visuels annihile finalement leur portée, quand ils ne sont pas déjà dénués de tout élément de contexte. « Quand on produit ce type de contenu, on a la responsabilité de faire en sorte que l’on ne s’habitue pas à la violence. Sinon, on est obligé d’aller de plus en plus loin dans ce que l’on montre, ce qui constitue un vrai danger », souligne notre interlocutrice.

Donner un second souffle aux archives

Afin de capter l’attention du public, Chloe Sharrock a imaginé Il hurlait encore, une série au long cours qui brouille aussi bien les frontières géographiques que plastiques. « Un jour, dans un geste de colère, j’ai pris une photographie que j’avais réalisée en Irak et je l’ai photocopiée à outrance. Je voulais voir à quel point je pouvais répéter l’image avant de l’altérer », explique-t-elle. À la suite de cette première expérience, elle se plonge dans ses archives composées en Irak, mais également en Ukraine, en Syrie et à Gaza, et décide de leur donner un second souffle. Pour ce faire, elle emploie notamment la photogravure et le charbon, substance qui jonche les zones de conflit. L’ensemble en noir et blanc, qui s’apparente à du dessin et se distingue de son travail en couleur pour la presse, finit par susciter l’interrogation. 

La suite de cet article est à retrouver dans Fisheye #72.

Couverture Fisheye #72
168 pages
7,50 €
Immeubles en ruine
© Chloe Sharrock / MYOP
Image d'un cadavre
© Chloe Sharrock / MYOP
À lire aussi
Pour ses vingt ans, MYOP rend hommage au passé pour mieux se tourner vers l’avenir
Militaires russes en visite sur le site de Chersonèse, Ukraine, 2005 © Julien Daniel / MYOP
Pour ses vingt ans, MYOP rend hommage au passé pour mieux se tourner vers l’avenir
Cette année, MYOP fête ses vingt ans. À cette occasion et dans le cadre des Rencontres d’Arles, les photographes de l’agence…
09 juillet 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Orianne Ciantar Olive : lumières de résistance
© Orianne Ciantar Olive
Orianne Ciantar Olive : lumières de résistance
Dans After War Parallax, Orianne Ciantar Olive esquisse les contours de Sarajevo et de Beyrouth, deux villes distinctes dont la…
22 février 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Explorez
Adam Rouhana et Moayed Abu Ammouna : les silences de la violence
Tarqumiya, Palestine, 2022 © Adam Rouhana
Adam Rouhana et Moayed Abu Ammouna : les silences de la violence
Adam Rouhana et Moayed Abu Ammouna, refusant les récits dominants, photographient une Palestine pleine de vie. Leurs images agissent...
28 août 2025   •  
Écrit par Anaïs Viand
Les coups de cœur #556 : Leticia Pérez et Thomas Guillin
Pórtico © Leticia Pérez
Les coups de cœur #556 : Leticia Pérez et Thomas Guillin
Leticia Pérez et Thomas Guillin, nos coups de cœur de la semaine, s’intéressent à l’espace, aux lieux et aux individus qui l’habitent. Si...
25 août 2025   •  
Écrit par Lucie Donzelot
Marcin Kruk :(Des)armées
No Tears Left to Cry © Marcin Kruk
Marcin Kruk :(Des)armées
Marcin Kruk documente, à l'aide de son flash, les territoires marqués par l'absence ainsi que la vie dans les ruines des villes...
21 août 2025   •  
Écrit par Ana Corderot
Prix pour la photographie du quai Branly : deux regards sur un monde en mutation
© Emmanuelle Andrianjafy
Prix pour la photographie du quai Branly : deux regards sur un monde en mutation
Le prix pour la Photographie du musée du quai Branly – Jacques Chirac 2025 distingue Kurt Tong et Emmanuelle Andrianjafy. Deux démarches...
16 août 2025   •  
Écrit par Costanza Spina
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Inuuteq Storch : une photographie inuit décoloniale
Keepers of the Ocean © Inuuteq Storch
Inuuteq Storch : une photographie inuit décoloniale
Photographe inuit originaire de Sisimiut, Inuuteq Storch déconstruit les récits figés sur le Groenland à travers une œuvre sensible et...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Costanza Spina
Volcan, clip musical et collages : nos coups de cœur photo d’août 2025
© Vanessa Stevens
Volcan, clip musical et collages : nos coups de cœur photo d’août 2025
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
29 août 2025   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Sous le soleil d'Italie avec Valentina Luraghi
Mediterraneo © Valentina Luraghi
Sous le soleil d’Italie avec Valentina Luraghi
À travers sa série Mediterraneo, Valentina Luraghi nous transporte dans ses souvenirs d’été. Le·la spectateur·ice y découvre le...
29 août 2025   •  
Écrit par Lucie Donzelot
Adam Rouhana et Moayed Abu Ammouna : les silences de la violence
Tarqumiya, Palestine, 2022 © Adam Rouhana
Adam Rouhana et Moayed Abu Ammouna : les silences de la violence
Adam Rouhana et Moayed Abu Ammouna, refusant les récits dominants, photographient une Palestine pleine de vie. Leurs images agissent...
28 août 2025   •  
Écrit par Anaïs Viand