Comment le patriarcat transforme le sexisme en mignonnerie

03 mars 2021   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Comment le patriarcat transforme le sexisme en mignonnerie

Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité de la semaine. Dans Blade for Babes, Margaux Corda déconstruit les clichés liés à la féminité pour en révéler leur profonde violence.

« En tant que femme, je m’interroge constamment sur les symboles et les représentations du genre, de nos jours, ainsi que sur le bagage historique, émotionnel et familial que nous recevons »,

déclare la photographe suisse Margaux Corda. Diplômée de l’ECAL, l’artiste travaille aujourd’hui entre Lausanne et Paris sur les notions d’identités, de beauté et d’héritage, qu’elle s’amuse à déconstruire dans des mises en scène hors du temps. Attirée par la lumière et sa brillance, elle réalise des portraits et natures mortes à l’esthétique rétro, et fait de l’humour une arme permettant d’interroger des thématiques taboues. « La forme influence toujours mon sujet, il est très important pour moi qu’elle soit le moteur de réflexion de mes créations », précise-t-elle.

Blade for Babes ne déroge pas à cette règle. Fonds roses, accessoires girly, strass à outrance… Les créations de Margaux Corda attirent l’œil et évoquent les publicités genrées des dernières décennies. « Le titre de la série vient d’un site sur lequel j’ai trouvé un peigne-couteau rose. Cette plateforme vend des armes de défense dédiées aux femmes. Ils proposent de nombreux produits déguisés en accessoires féminins. Je trouvais que cela représentait particulièrement bien mon propos : quelque chose de fondamentalement violent, rendu mignon et anodin », explique-t-elle.

© Margaux Corda© Margaux Corda

Une résistance est possible

D’apparence légère, la série se lit comme une réflexion sur la beauté et l’innocence. « Elle vise à questionner notre vision du genre et les diktats que l’on impose aux femmes et aux hommes dans notre société moderne occidentale », précise la photographe. Une collection d’images – ou plutôt de symboles – dénonçant la superficialité des injonctions dictées par la société. « Comment les femmes se construisent-elles, à travers les images de figures féminines ? Et celles des médias, du commerce ? Influencent-elles notre identité ? Comment cela nous affecte-t-il psychologiquement ? », s’interroge l’autrice. Un couteau de cuisine – objet faisant écho aux féminicides, ainsi qu’à la « place » de la femme au sein du foyer – orné de paillette, un gloss Hello Kitty, évoquant la sexualisation prématurée des adolescentes, le corps d’un serpent, représentant la peur, la manipulation, mais aussi l’homme, à travers sa forme phallique… Dans Blade for Babes, les allégories ne manquent pas. Elles saturent les clichés, et transforment le « joli » en politique.

Car avec ce projet, Margaux Corda entend « montrer qu’une résistance est possible ». Avec une ironie soutenue, l’artiste veille à révéler les injustices ordinaires, tout comme un mal-être plus profond, conditionné par le patriarcat. « L’image “Le Poignet” (The Wrist) est notamment une critique du silence autour des maladies psychiques chez les jeunes. Elle évoque les cicatrices d’automutilations », confie-t-elle. Avec Blade for Babes, elle met en lumière les incompréhensions, les frustrations, les douleurs physiques et psychiques ressenties par tous.tes. Une manière de prendre part au combat « qui commence enfin à prendre vie, à travers les mouvements féministes du monde entier, à travers les grèves, les manifestations et autres actes de force face à notre monde patriarcal », conclut-elle.

© Margaux Corda© Margaux Corda
© Margaux Corda© Margaux Corda
© Margaux Corda© Margaux Corda

© Margaux Corda

Explorez
Dirigível : la beauté trompeuse des archives militaires
© Breno Rotatori
Dirigível : la beauté trompeuse des archives militaires
Dans Dirigível, Breno Rotatori s’empare d’images trouvées dans ses archives familiales issues de projets militaires. En les...
27 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
La jeunesse syrienne en exil dans l'œuvre d'Ameen Abo Kaseem
© Ameen Abu Kaseem
La jeunesse syrienne en exil dans l’œuvre d'Ameen Abo Kaseem
Ameen Abo Kaseem explore, à travers la photographie, les traces laissées par l'exil, la guerre et les déplacements forcés. Né entre...
26 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
David Hockney, l’appareil photo comme pinceau
David Hockney and his dachshunds Stanley and Boodgie, Los Angeles, 1995 © David Hockney Photo Credit: Richard Schmidt
David Hockney, l’appareil photo comme pinceau
Décédé le 11 juin 2026 à l’âge de 88 ans, David Hockney laisse derrière lui une œuvre monumentale où la peinture, le dessin et les...
22 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Watching TV : Olivier Culmann et l'histoire des regards perdus
Watching TV © Olivier Culmann
Watching TV : Olivier Culmann et l’histoire des regards perdus
Dans Watching TV, Olivier Culmann montre différents regards, ceux hypnotisés, et l’histoire qui émerge à travers les téléviseurs. 
19 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Dirigível : la beauté trompeuse des archives militaires
© Breno Rotatori
Dirigível : la beauté trompeuse des archives militaires
Dans Dirigível, Breno Rotatori s’empare d’images trouvées dans ses archives familiales issues de projets militaires. En les...
27 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
La jeunesse syrienne en exil dans l'œuvre d'Ameen Abo Kaseem
© Ameen Abu Kaseem
La jeunesse syrienne en exil dans l’œuvre d'Ameen Abo Kaseem
Ameen Abo Kaseem explore, à travers la photographie, les traces laissées par l'exil, la guerre et les déplacements forcés. Né entre...
26 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
This is my house, New York, 1997 © David LaChapelle
Portrait(s) 2026 : David LaChapelle en majesté à Vichy
Jusqu'au 4 octobre 2026, le festival Portrait(s) investit la ville de Vichy pour sa quatorzième édition. Cette année, le photographe...
25 juin 2026   •  
David Hockney, l’appareil photo comme pinceau
David Hockney and his dachshunds Stanley and Boodgie, Los Angeles, 1995 © David Hockney Photo Credit: Richard Schmidt
David Hockney, l’appareil photo comme pinceau
Décédé le 11 juin 2026 à l’âge de 88 ans, David Hockney laisse derrière lui une œuvre monumentale où la peinture, le dessin et les...
22 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas