
Ninon Boissaye et Guillaume Millet, nos coups de cœur de la semaine, s’intéressent à des sujets engagés et à des moments de flottement. La première utilise l’autoportrait comme moyen de dévoiler un passé douloureux fait de violence. Tandis que le second donne à voir la jeunesse parisienne en tension entre la fin de l’été et le retour au quotidien.
Ninon Boissaye
« Les mots étant impossibles à poser, le filtre de l’objectif permet de faire entendre la voix de l’enfant à travers le corps de l’adulte », explique Ninon Boissaye. L’artiste pluridisciplinaire évoque ainsi sa série (Ni) Non, qui dénonce les violences sexuelles et incestueuses subies durant son enfance. Les autoportraits monochromes et vaporeux « retranscrivent les souvenirs qui encombrent [s]on esprit et imagent les reviviscences qui envahissent [s]on corps ». Sur le papier, les cris et les blessures se révèlent sans artifice ni mise en scène. Ces photographies témoignent du réveil de l’amnésie, de la sortie du silence et de la résilience et de la force de son autrice. « Chaque image est datée (jour/mois/année – heure:seconde) pour accentuer l’obsession identitaire et la quête de souvenirs, tout en préservant mon intimité », confie l’artiste. Ninon Boissaye se sert par ailleurs de son art comme acte de résistance pour la protection de l’enfance. Après avoir été exposée en novembre 2024 lors du festival 160 000 enfants, organisé par le collectif Soutien Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux Enfants), sa série est présentée jusqu’au 31 janvier 2026 à La Communale de Saint-Ouen, dans le cadre de la seconde édition du festival.





Guillaume Millet
Le soleil couchant de septembre illumine les visages de jeunes gens traversant la route, ou marchant sur les trottoirs. C’est la rentrée. C’est à cet instant précis, en 2024, que le photographe Guillaume Millet, dont la pratique oscille entre mode et documentaire, a saisi la jeunesse aux abords de Bastille et de République, à Paris. « Je me suis intéressé à la fin de la parenthèse estivale, ce moment hors du temps. Cette temporalité est singulière, l’esprit navigue souvent vers le passé alors que le corps, lui, doit avancer pour renouer avec le quotidien », confie-t-il. Dans la rue ou sur les quais, cette jeunesse déambule, s’accorde une pause, se rencontre ou se sépare. De ces fragments de vie naît son projet Youth.
Ce n’est pas un hasard si les recherches visuelles de l’artiste s’ancrent au cœur de la capitale : il aime se confronter avec l’espace urbain. « Je trouve que toutes les mythologies se rejoignent dans la ville. Je suis sensible à l’ambiguïté de ces territoires, qui sont autant des espaces de solitude que des lieux de rencontres », poursuit le photographe. Ces environnements lui permettent de mettre en tension la représentation et le réel, tout en interrogeant le regard de celle ou celui qui observe. Cette démarche habite la plupart de ses travaux personnels : Kurai, le portrait d’un Tokyo fantasmé et nourri de littérature contemporaine, ou encore Topologie 19.13, où il explore la relation corporelle des passant·es à leur environnement urbain.




