Dans la bibliothèque de Jean-Christophe Béchet #9

09 novembre 2017   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Dans la bibliothèque de Jean-Christophe Béchet #9

Deuxième livre de Bernard Cantié, toujours aux éditions Contrejour, ce BastiRaiso s’appuie sur l’héritage du Valparaiso de Sergio Larrain pour nous faire découvrir en noir et blanc un autre aspect de la ville de Bastia. 

Dés le titre, le ton est donné, du moins pour les amateurs de livres photos : ce portrait noir & blanc, intimiste et sombre de Bastia s’inscrit dans un hommage direct au photographe chilien Sergio Larrain, auteur d’un ouvrage mythique sur la ville portuaire de Valparaiso. Ce fil conducteur pourrait conduire le lecteur sur la piste d’un inutile plagiat. Il n’en est rien. Bernard Cantié vit en Corse, en Castagniccia (Haute-Corse), à quelques dizaines de kilomètres de Bastia. Son premier livre In Paese (également aux éditions Contrejour) nous avait déjà fait découvrir sa vision singulière de l’Île de Beauté. Son style fragmentaire et symbolique avait alors retenu l’attention. On le retrouve ici, tout comme son intérêt pour les diagonales qui coupent le cadre, pour les ombres floues qui surgissent au premier ou pour ces mains ridées qui s’agrippent au bastingage. Les ambiances de nuit et de jour cohabitent joliment dans un contraste extrême qui rappelle davantage l’œuvre de Mario Giacomelli que celle de Sergio Larrain. D’autant que comme le génial poète italien, Bernard Cantié flirte souvent avec la sortie de route photographique ; en effet, ses images fragiles et « volées » au cœur de l’obscurité n’hésitent pas à maltraiter la matière argentique et à bousculer les règles d’exposition.

© Bernard Cantié, Polka

De petite taille, vendu 15 euros, ce livre se veut modeste et délicat : il en raconte finalement plus sur l’auteur lui-même que sur la ville de Bastia. La ville qui est ici le décor obscur d’un théâtre poétique où se joue un jeu de cache-cache sentimental. De façon peut-être un peu trop évidente, le livre s’ouvre et se clôt sur le bateau qui rattache l’île au continent. Comme si l’auteur voulait nous inviter à visiter son territoire intime. Là où il demeure, lui, ancré avec ses fantômes et où nous, les passants en transit, nous faisons une escale silencieuse et énigmatique. Un soir de nuit étoilée…

BastiaRaiso, Bernard Cantié, Contrejour, collection « Cahier d’images »,15 euros, 80 pages.

© Bernard Cantié, Polka

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