« C’est si puissant que je me surprends à prononcer “whaou” à voix haute. Je me dis : ici, il y a eu une force géologique incroyable. Je veux en garder une trace. »
Cette semaine, nous vous plongeons dans l’œil de Cloé Harent, dont l’œuvre a fait l’objet d’un accrochage lors de l’édition 2025 du festival InCadaqués. Pour Fisheye, elle revient sur l’une de ses images de paysage, réalisée dans la région catalane.
En 2024, Cloé Harent a remporté le grand prix Tremplin jeunes talents de Planches Contact pour Bruit rose, une série qui donne à voir la biodiversité présente sur les estrans normands. Sa dotation comprenait une résidence à Cadaqués permettant de poursuivre ce projet et d’exposer lors du festival accueilli chaque année par le village catalan. Parmi les tirages présentés sur les cimaises de la galerie Santa Rita se trouvait notamment « L’Écho du Cap ». Ce paysage en clair-obscur dévoile un ciel doré et une mer aux reflets semblables, cachés derrière une falaise sombre. Aujourd’hui, l’artiste nous révèle les dessous de cette image.
Une impression de peinture
« “L’Écho du Cap”. C’est de cette photographie-là que j’ai envie de parler. Elle est née pendant un moment fort de mon périple dans le parc naturel du Cap de Creus, à Cadaqués. C’était ma deuxième venue, car la première semaine de résidence, en mars, avait été mouvementée : vent, pluie, tempête, très peu de soleil…
Ce jour-là, une éclaircie se fait. On part, avec Antoine De Winter, mon collègue photographe. On veut voir la fameuse grotte au bord de l’eau. On photographie un peu ensemble, puis la lumière devient dorée. À ce moment-là, nos chemins se séparent. Je me dis : “C’est maintenant !”
Je marche vite, la lumière se cache à l’ombre des rochers, et soudain, le paysage, d’un équilibre parfait, apparaît : un arbre pousse seul en haut d’un rocher. Je suis à contre-jour. J’y ressens quelque chose de fort, d’ancien.
Je continue à grimper et découvre une immense vague de roche. C’est si puissant que je me surprends à prononcer “whaou” à voix haute. Je me dis : ici, il y a eu une force géologique incroyable. Je veux en garder une trace.
Je fais peu d’images, prise entre l’émerveillement, pressée par la lumière qui s’en va et la peur de rater. En rentrant, c’est la déception : trop “carte postale”, trop lisse, trop parfait. Je les oublie, presque vexée. Puis, quelques semaines plus tard, en retravaillant l’editing pour montrer à Olivia et Valmont [le fondateur du festival InCadaqués, ndlr], je retombe sur cette photo. Et là, je comprends qu’elle a sa place tout de même. On y ressent une impression de peinture : la lumière sculpte avec nuance la roche sombre, qui occupe presque tout le cadre, et derrière la falaise se trouve la lumière. Un partage entre espoir et désespoir. »