Danse son rêve

13 janvier 2022   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Danse son rêve
© Delfina Carmona

Dans un jeu d’ombre et de lumière poétique, Delfina Carmona capture les subtiles nuances de notre monde. Une introspection colorée où se croisent autoportraits et explorations oniriques. Cet article est à retrouver dans notre dernier numéro.

Les objets qu’elle perçoit, les personnes qui l’entourent ou encore les endroits qu’elle traverse sont autant de moments ordinaires que d’éléments qui inspirent Delfina Carmona. Il faut dire que, au gré de ses pérégrinations visuelles, la photographe argentine cultive une certaine poésie du quotidien. Bercée par les moindres nuances de l’existence, elle capture toutes les mises en scène qui éveillent son processus créatif. « Ce sont de petites expériences optiques dans lesquelles, par exemple, un simple verre éclairé par les rayons du soleil peut se transformer en quelque chose de complètement différent », déclare-t-elle amusée. La lumière et ses jeux d’ombre cristallisent cette célébration d’un instant volatil au charme discret. « Les deux sont tellement complémentaires… Il faut garder à l’esprit que la couleur suscite forcément une émotion chez celui ou celle qui l’observe. Selon les époques et les sociétés, ses significations varieront, mais celle-ci aura toujours un sens bien précis. S’approprier l’éclairage est donc d’autant plus important qu’il entraîne la création de nouvelles tonalités. Ces dernières génèrent à leur tour d’autres façons d’appréhender un coloris et, par extension, une œuvre. C’est un schéma, presque magique, qui se répète inlassablement », explique-t-elle.

Mais la clarté de ses clichés s’exprime également d’un point de vue formel. Inspirée par les écoles de design modernes – qui prônent des compositions simples, dépouillées de toutes fioritures –, le minimalisme dont elle fait preuve se teinte d’un onirisme surréaliste. Car si l’artiste se plaît à dispenser de multiples récits, elle se laisse tout autant porter par l’absurdité d’une scène qu’elle entrevoit. Elle donne alors la liberté à tout un chacun de livrer sa propre interprétation de ses histoires floues. Aussi les autoportraits qui ponctuent sa galerie, en invitant celles et ceux qui les regardent à s’y confondre, s’inscrivent-ils dans cette démarche. À cet effet, lorsque Delfina Carmona n’immortalise pas son ombre, elle dissimule son visage et s’efface en partie pour laisser les autres s’y projeter. Un soupçon de mystère découle ainsi de ce langage intime. Celui-ci s’impose d’ailleurs comme une véritable ode à la féminité, une thématique dont elle souhaite poursuivre l’exploration. « Mon écriture photographique est profondément liée à cela. Elle correspond même à la manière dont je conçois ma propre féminité. Mon travail est comparable à une trace que je laisse dans le sillage du temps et témoigne de mon évolution personnelle ou professionnelle. Il y a également une intention latente, ou peut-être inconsciente, d’asseoir ma position de femme à la fois muse et artiste dans mes images », conclut-elle. Une jolie façon d’incarner de manière plus politique un quotidien devenu poétique. 

 

Cet article est à retrouver dans Fisheye #51, disponible ici

 

© Delfina Carmona

© Delfina Carmona© Delfina Carmona
© Delfina Carmona© Delfina Carmona

© Delfina Carmona

 

© Delfina Carmona© Delfina Carmona
© Delfina Carmona© Delfina Carmona

© Delfina Carmona

© Delfina Carmona

Explorez
Les coups de cœur #581 : Angèle Antonot et Selma Beaufils
© Selma Beaufils
Les coups de cœur #581 : Angèle Antonot et Selma Beaufils
Selma Beaufils et Angèle Antonot, nos coups de cœur de cette semaine, s’inspirent de l’aspect cinématographique du quotidien. Toutes deux...
27 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
© Helena Almeida sans titre, 1975 Fundació Foto Colectania.
Les images de la semaine du 20 avril 2026 : décomposer pour redécouvrir
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, nous décomposons les images pour découvrir les processus créatifs qui se cachent derrière ce que...
26 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Diseños habitados au Château d'Eau : dans le dessin, le dessein
© Helena Almeida sans titre, 2001 Fundació Foto Colectania.
Diseños habitados au Château d’Eau : dans le dessin, le dessein
Jusqu’au 23 août 2026, la Tour du Château d'Eau accueille Diseños habitados, une exposition en collaboration avec le Fundació Foto...
24 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #580 :  Lili Leboch et Adèle Berthelin
© Adèle Berthelin
Les coups de cœur #580 : Lili Leboch et Adèle Berthelin
Cette semaine, Lili Leboch et Adèle Berthelin, nos coups de cœur, révèlent ce qui gravite autour d'elles, ou ce qui vit aux marges....
20 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
Missingu, œuvre évolutive. 50 à 450 tirages 25 × 20 cm sur papier washi kozo 1 g. Structures suspendues, exposition NÉO-ANALOG. © Laurent Lafolie
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
C’est l’heure du récap ! Alors que les pellicules de nos smartphones se remplissent chaque jour d’innombrables images, les artistes de la...
13 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Strange Place for Sunrise #04 © Dana Cojbuc
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Le parcours Art et Patrimoine en Perche revient pour une 7e édition. Jusqu’au 14 juin 2026, quinze lieux d’exception présentent des...
08 mai 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Laurent Lafolie : la matière et le désir
BLANK, œuvres uniques. 15 images 180 × 225 cm, gravure laser sur carton gris recyclé. © Laurent Lafolie
Laurent Lafolie : la matière et le désir
Artiste auteur, maître tireur et enseignant, Laurent Lafolie explore les limites de la matérialité photographique. Dans son atelier, il...
07 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
La sélection Instagram #555 : manifestons !
© satch3l__ / Instagram
La sélection Instagram #555 : manifestons !
Ce jeudi 1er mai, manifestants et manifestantes élevaient leur voix pour revendiquer leurs droits en cette fête des travailleur·euses....
05 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin