Dix ans de souvenirs photographiques : regard féministe, Kintsugi et crise des opioïdes

28 juillet 2023   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Dix ans de souvenirs photographiques : regard féministe, Kintsugi et crise des opioïdes
© Margaret Lansink

À l’occasion des dix ans de Fisheye, les membres de sa rédaction reviennent, à tour de rôle, sur trois éléments qui les ont marqué·es : une rencontre, une série photo, un événement. Lumière cette semaine sur la sélection de Cassandre Thomas, journaliste.

« Actualisation d’un album de famille », 2004 © Malekeh Nayiny
© avec l’aimable autorisation de Nan Goldin
© Margaret Lansink
Pochette de CD imaginaires, série « Écoutez », 2010 © Newsha Tavakolian

La rencontre : Anahita Ghabaian Etehadieh 

En plein mois d’avril 2023, alors que le printemps se montrait fébrile, me voilà en chemin pour rejoindre les bureaux des Éditions Textuel afin de rencontrer la solaire Anahita Ghabaian Etehadieh. Fondatrice de Silk Road, la première galerie dédiée à la photographie à Téhéran, elle était de passage à Paris à l’occasion de la sortie d’Espace Vital, un imposant recueil dévoilant le regard de 23 femmes photographes iraniennes sur une société en proie à de multiples bouleversements. De la guerre, à l’environnement en passant par des projets plus intimes, la galeriste a orchestré d’une main de maître cet ouvrage d’envergure. Son implication remarquable lui permet d’hisser haut le médium et le féminisme dans un pays où l’art a du mal à se déployer. De cette double voix puissante, je retiens l’engagement inébranlable qui l’habite pour mettre en lumière de nombreuses femmes talentueuses souvent placées dans l’ombre.

© Margaret Lansink

La série : Borders of Nothingness —On the Mend, Margaret Lansink

J’ai découvert l’univers enivrant de Margaret Lansink en 2020, quelques jours seulement  après le confinement. L’allure picturale de ses clichés en noir et blanc m’avait instantanément envoûtée. Puis, son récit faisait, d’une certaine manière, écho à l’étrange période d’incertitude que nous vivions. Après cinq longues années de silence, la photographe néerlandaise a renoué contact avec sa fille. Deuxième opus d’un projet intime et autobiographique, Borders of Nothingness —On the Mend, incarne l’idée de guérison. Pour se faire, l’artiste s’est inspirée du Kintsugi, une philosophie japonaise visant à réparer des céramiques fissurées à la feuille d’or. Ses images sont alors déchirées puis rassemblées à l’aide d’une « cicatrice » dorée. Elle me confiait à l’époque : « Embrassez l’incertitude, elle est là. Elle va et vient, donc si vous pouvez vivre avec le flux de la vie, la vie elle-même deviendra plus facile. » Une façon poétique et esthétique de sublimer et d’assumer avec bienveillance les blessures de notre existence.

© avec l’aimable autorisation de Nan Goldin

L’évènement : Toute la beauté et le sang versé – Laura Poitras

Admirative de l’ensemble de l’œuvre de Nan Goldin, je n’ai pas hésité une seule seconde à répondre présente lorsque l’on m’a proposé d’assister à l’avant-première de Toute la beauté et le sang versé. Réalisé par Laura Poitras, ce film documentaire retrace avec pugnacité l’existence tumultueuse de la photographe américaine, également créatrice de l’association P.A.I.N. (Prescription Addiction Intervention Now). En entremêlant des souvenirs tourmentés de l’artiste et son engagement dans la lutte contre les opioïdes aux États-Unis, la réalisatrice offre au grand public un discours universel sur une violente pandémie coupable de plus de 500 000 décès. Lors du débat qui précédait la projection, plusieurs militant·es ont partagé les divers dispositifs mis en place en France pour venir en aide aux victimes de ces médicaments dévastateurs qui ont traversé la frontière américaine. Derrière ce cataclysme à l’envergure internationale se cache la terrible famille Sackler. Ce visionnage esquisse avec précision un portrait poignant de Nan Goldin, armée d’une hargne sans pareille afin de combattre ces riches pharmaceutiques.

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