Donner du sens à l’insensé

05 novembre 2019   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Donner du sens à l’insensé

Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité de la semaine. Mohanad Shuraideh, alias Vertigo Artography réalise des collages surréalistes, influencé par l’art et la confusion de notre monde. Une collection délirante.

 « Décalée, amusante, kitsch, avant-gardiste, sinistre tout en étant comique »,

c’est ainsi que Mohanad Shuraideh décrit son approche du médium photographique. Cet artiste originaire de Jordanie a commencé sa carrière dans la publicité, en tant que directeur artistique, avant de créer son propre studio, Vertigo Artography, en 2016. « Dans mon ancien travail, je réalisais de nombreuses illustrations, et le processus créatif me plaisait énormément. J’adorais mélanger des designs, des textures et même des médiums différents, en utilisant à la fois la photographie argentique et numérique », explique-t-il.

À travers ses compositions pop, l’auteur cherche à « exprimer des émotions complexes et conflictuelles, et à accéder à une certaine harmonie ». Fasciné par l’humour noir, il expérimente sans cesse de nouvelles manières d’interpréter les tendances sociales. Une collection de collages surréalistes mêlant icônes du cinéma, images historiques et mises en scène absurdes.

Une vision délirante de notre époque

Influencé par le vintage, Mohanad Shuraideh incorpore dans son travail des images emblématiques d’une époque passée. « J’aime son extraversion, ses couleurs vives et ses histoires – elles évoquent à la fois la nostalgie et la naïveté », précise-t-il. Pour l’artiste, nous vivons dans un monde où l’absurde est devenu synonyme de normalité. Une dichotomie que l’on retrouve dans les arts de tout temps. « Le nouveau réalisme français essayait par exemple d’imaginer des moyens d’expression avant-gardistes. Moi ? Je suis plus attiré par la pop culture, les paysages déconstruits, l’espace et l’environnement », confie le photographe. Dans un joyeux désordre, ses collages réunissent passé et présent, emblèmes anciens et récits futuristes.

Une cacophonie colorée illustrant, d’après lui, « la confusion de notre époque ». Une œuvre puisant son inspiration dans les créations dada, elles aussi, jadis, réalisées en réponse à un monde que les artistes n’arrivaient pas à saisir. Monstrueuses, fabuleuses, ou tout simplement drôles les illustrations de Mohanad Shuradeih délaissent le réalisme au profit d’une vision délirante de notre société. Un avion militaire menaçant lançant sur une ville des likes Instagram aux allures de bombes, ou une main enfantine se servant une part de gâteau transformé en falaise… Doit-on voir, dans ses créations, une simple plaisanterie ? Ou l’artiste évoque-t-il, à travers ses images énigmatiques le culte de l’apparence et les enjeux environnementaux ? « Je souhaite que mes images incitent à la réflexion, tout en restant belles et légères », répond simplement l’artiste. Une belle manière de donner du sens à l’insensé.

© Mohanad Shuradeih / Vertigo Artography© Mohanad Shuradeih / Vertigo Artography
© Mohanad Shuradeih / Vertigo Artography© Mohanad Shuradeih / Vertigo Artography
© Mohanad Shuradeih / Vertigo Artography© Mohanad Shuradeih / Vertigo Artography
© Mohanad Shuradeih / Vertigo Artography© Mohanad Shuradeih / Vertigo Artography

© Mohanad Shuradeih, alias Vertigo Artography

Explorez
Eneraaw : la photographie comme une invitation au songe
© eneraaw
Eneraaw : la photographie comme une invitation au songe
Entre scènes cinématographiques et recherches de matières, la photographe et directrice artistique Lorène – connue sous le nom d’Eneraaw...
Il y a 5 heures   •  
La Mode du 18e siècle : quand les images populaires démocratisent la mode
Jean Paul Gaultier, coiffure à la Belle-Poule, PE 1998, look porté par Chrystelle Saint-Louis Augustin © Don Ashby
La Mode du 18e siècle : quand les images populaires démocratisent la mode
Entre effervescence créative et nouvelle conception du corps, le XVIIIe siècle a marqué un tournant dans l’histoire de la mode auquel le...
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Le centre photographique de Rouen Normandie annonce le nom des quatre lauréats
© Emma Tholot
Le centre photographique de Rouen Normandie annonce le nom des quatre lauréats
Le centre photographique de Rouen Normandie a annoncé le nom des quatre personnes lauréates du programme FRUTESCENS 2026. 
13 mars 2026   •  
L'agenda de la semaine : 5 expositions à ne pas rater !
© Irène Jonas
L’agenda de la semaine : 5 expositions à ne pas rater !
Cette semaine, les photographes nous invitent à repenser notre lien sensible et poétique avec les espaces et les éléments qui nous...
11 mars 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Eneraaw : la photographie comme une invitation au songe
© eneraaw
Eneraaw : la photographie comme une invitation au songe
Entre scènes cinématographiques et recherches de matières, la photographe et directrice artistique Lorène – connue sous le nom d’Eneraaw...
Il y a 5 heures   •  
La Mode du 18e siècle : quand les images populaires démocratisent la mode
Jean Paul Gaultier, coiffure à la Belle-Poule, PE 1998, look porté par Chrystelle Saint-Louis Augustin © Don Ashby
La Mode du 18e siècle : quand les images populaires démocratisent la mode
Entre effervescence créative et nouvelle conception du corps, le XVIIIe siècle a marqué un tournant dans l’histoire de la mode auquel le...
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Little Trouble Girls : de l'éveil du désir
Image issue de Little Trouble Girls © Urška Djukić
Little Trouble Girls : de l’éveil du désir
Avec Little Trouble Girls, son premier long métrage, la réalisatrice Urška Djukić signe une fresque d’une grande intensité sensorielle...
18 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Laetitia Guillemin et Emmanuelle Halkin : de la circulation des idées
"The Stage", São Paulo, Brazil, 2018 © Rafael Roncato
Laetitia Guillemin et Emmanuelle Halkin : de la circulation des idées
À l’occasion de la 16e édition de Circulation(s), Laetitia Guillemin, iconographe et enseignante aux Gobelins, et Emmanuelle...
18 mars 2026   •  
Écrit par Ana Corderot