En-quête du réel

11 novembre 2020   •  
Écrit par Anaïs Viand
En-quête du réel

Sujets insolites ou tendances, faites un break avec notre curiosité de la semaine. L’artiste français Stéphane Guillaume ne cesse d’interroger, déformer et reconstruire notre réalité. Il propose à travers ses séries Décorum, Retouche, Ici, ou Looking for Bacon une réflexion fascinante sur le tangible et l’intangible. 

« L’information devrait offrir une compréhension stable du monde et constituer un progrès. Mais notre société de surinformation perturbe ma perception du réel », annonce Stéphane Guillaume. Après avoir enseigné les arts plastiques, ce dernier a renoué avec la pratique il y a quelques années. Depuis, il « papillonne d’un projet à l’autre sans trop [se] soucier de l’apparente cohérence de l’ensemble – par refus de creuser un même sillon, et pour le plaisir de l’exploration ».

Son leitmotiv ? Interroger et réécrire le réel. C’est à l’occasion de sa série Décorum, qu’il enclenche son processus de réflexion sur la notion d’intervention. « À l’époque, je modifiais directement le réel. J’essayais de faire émerger une réalité parallèle, pouvant jouer avec l’inconscient », se souvient l’artiste. Il a continué à réécrire le réel dans ses séries suivantes intitulées Retouche, Ici, et Looking for Bacon. « La capture du réel me fascine, mais je m’intéresse à sa déréalisation. J’aime le rapport de tension entre la dimension spéculaire et l’étrangeté », complète Stéphane Guillaume. Alors, il transforme, remodèle des scènes de vie ou des visages en ajoutant des formes – des masques devenus intrusions visuelles. Dans Looking for Bacon par exemple, il a photographié des débats télévisés et déconstruit des figures, dont « la voix est censée faire sens ».

© Stéphane Guillaume© Stéphane Guillaume

« Toute photographie est une fiction qui se prétend véritable », Le baiser de Judas ; Photographie et vérité,  Joan Fontcuberta.

« La perception du réel aurait-elle plus de pouvoir sur nous que la réalité elle-même ? L’artiste s’interroge et ouvre un espace de réflexions infini. Nous vivons dans un monde où le réel nous est présenté transformé, filtré. Il nous échappe. Ne faut-il pas se méfier de l’apparente proximité de la photographie avec lui ? ». Comme René Magritte, il questionne la notion de représentation d’une image. Et comme Francis Bacon, il défigure, disloque les surfaces, les visages, et in fine l’humanité. Déconcertantes, voire violentes, ses images, pourtant, captivent. « Modifier le réel, c’est créer une insécurité, quelque chose d’inconfortable. C’est peut-être une manière de questionner l’assurance et la confiance que nous voulons trouver dans le tangible », explique-t-il. Perte de sens, redéfinition de nos identités ou disparition de l’être humain ? Les images de Stéphane Guillaume offrent de multiples interprétations, et perspectives.

© Stéphane Guillaume© Stéphane Guillaume© Stéphane Guillaume© Stéphane Guillaume

© Stéphane Guillaume© Stéphane Guillaume
© Stéphane Guillaume© Stéphane Guillaume

© Stéphane Guilaume

Explorez
Laurent Lafolie : la matière et le désir
BLANK, œuvres uniques. 15 images 180 × 225 cm, gravure laser sur carton gris recyclé. © Laurent Lafolie
Laurent Lafolie : la matière et le désir
Artiste auteur, maître tireur et enseignant, Laurent Lafolie explore les limites de la matérialité photographique. Dans son atelier, il...
07 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
© Robert Charles Mann, courtesy Galerie Capazza
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
Le Domaine national de Chambord nous invite, jusqu’au 21 juin 2026, à une plongée dans l’univers de Robert Charles Mann. SOLARIS est bien...
04 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Collages, expérimentations et expositions : nos coups de cœur photo d’avril 2026
© Lore Van Houte
Collages, expérimentations et expositions : nos coups de cœur photo d’avril 2026
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
29 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La sélection Instagram #554 : jardin d'été, jardin de fées
© alchemytintypestudio / Instagram
La sélection Instagram #554 : jardin d’été, jardin de fées
Alors que les rayons du soleil frappent dans l’après-midi, il est temps pour le promeneur de se reposer au pied d’un arbre. Peu à peu...
28 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Cat Island Blues : Katherine Longly grave la mémoire d'Aoshima
Cat Island Blue © Katherine Longly
Cat Island Blues : Katherine Longly grave la mémoire d’Aoshima
Sur l’île japonaise d’Aoshima, rendue célèbre par ses centaines de chats, il ne reste aujourd’hui que trois habitant·es et une poignée de...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos coups de cœur de Photo London 2026 !
© Han Yang, courtesy of Han Yang and Bright Gallery
Nos coups de cœur de Photo London 2026 !
Jusqu’au 17 mai, Photo London investit pour la première fois le mythique Olympia de Londres, dans le quartier de Kensington. Entre...
16 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
La sélection Instagram #556 : arrêter le temps
© tarasperevarukha / Instagram
La sélection Instagram #556 : arrêter le temps
Sous ces journées pluvieuses qui enveloppent les ponts de mai, l’heure est au souvenir. Entre la contemplation de nos albums photo de...
15 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
Missingu, œuvre évolutive. 50 à 450 tirages 25 × 20 cm sur papier washi kozo 1 g. Structures suspendues, exposition NÉO-ANALOG. © Laurent Lafolie
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
C’est l’heure du récap ! Alors que les pellicules de nos smartphones se remplissent chaque jour d’innombrables images, les artistes de la...
13 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin