Eneraaw : la photographie comme une invitation au songe

Eneraaw : la photographie comme une invitation au songe
© eneraaw
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Entre scènes cinématographiques et recherches de matières, la photographe et directrice artistique Lorène – connue sous le nom d’Eneraaw – fait de la rue un théâtre de songes. Sa pratique explore la porosité entre le réel et l’imaginaire. Par un travail sur la texture, elle transforme des objets du quotidien en visions oniriques. 

À travers ses images aux ambiances marquées, Eneraaw compose un univers où la photographie ne documente plus, mais raconte. Pour la jeune femme de 25 ans, le déclic vient du 7e art, notamment de David Lynch ou Wong Kar-wai. « Ce serait plus des inspirations cinéma que des inspirations photo. J’aime bien que ce soit vu comme des scènes de film quand je les prends », explique-t-elle. Elle traque la poésie d’un détail ou l’étrangeté d’un objet pour s’extraire de la banalité. Cette démarche rime avec sa personnalité d’exploratrice. Elle a ce besoin vital d’observer et de découvrir le monde. Elle projette ainsi sur les passants qu’elle croise des récits de vie imaginaires. À travers ses clichés, comme celui de ces deux femmes rousses sous un parapluie, elle transmet cette curiosité pour l’autre et pour l’instant suspendu.

Sa méthode est une ode à la lenteur et à l’immersion. Pour Lorène, l’acte de photographier est indissociable d’un état d’hyper-concentration atteint grâce à la musique, qui lui donne l’impression d’être un « inspecteur » traquant une scène. Équipée de son zoom 70-300, elle travaille à distance pour capter l’essence des moments sans les perturber. Ce temps long de l’observation est le socle de son travail. C’est le moment qu’elle préfère, une phase méditative où elle attend que le monde s’aligne enfin avec son imaginaire. Son processus repose sur un choix binaire. Soit elle repère un décor et attend qu’un sujet s’y inscrive, soit elle flashe sur un sujet qu’elle peut suivre pendant plusieurs minutes jusqu’à ce qu’il rencontre le cadre idéal. Lors d’une de ses balades parisiennes, elle aperçoit deux femmes, identiques, qui se tiennent sous un parapluie. Elle les a suivies jusqu’à ce que le fond corresponde à ce qu’elle voulait rendre. « Il y a un truc, justement, qui me fait penser à un film, je trouve qu’elles sont assez énigmatiques. Et j’aime bien imaginer des choses autour », confie-t-elle. Parfois, elle aime reprendre des anciennes séries de photo, lorsqu’elle manque d’inspiration. L’artiste évoque par exemple, une photo qui date de 2022, lors de son voyage au Maroc, où elle avait pris en photo un monsieur adossé contre un mur. Cette photo la trouble et la met mal à l’aise. Elle a l’impression de voir le « mal en personne ».

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La couleur comme une invitation au rêve 

La couleur joue un rôle vital dans cette métamorphose du réel. Née d’une volonté de contrer la grisaille parisienne, sa palette s’est construite comme une résistance chromatique au béton. Actuellement au Vietnam, Lorène vit un tournant dans cette exploration. Elle y trouve une saturation naturelle et une lumière vibrante qui décuplent son envie de créer des scènes surréelles. Ce dépaysement la pousse à explorer des territoires nouveaux, se confrontant à la faune et à la flore avec une attention portée sur les textures. Elle s’amuse désormais des formes abstraites créées par les nénuphars. Ceux-ci ressemblent à des mondes miniatures dans lesquels s’invite tout un écosystème : des gouttes d’eaux, des insectes. Elle cherche à recréer des « scènes un peu surréelles » avec les étendues de paysages « mais qui sortent de ce cadre citadin » qu’elle a l’habitude de photographier à Paris. 

Cette photographie est avant tout une « invitation ». Eneraaw ne cherche pas à imposer un sens, mais à ouvrir une porte vers le songe, une fascination qui remonte à l’enfance puisqu’elle souhaitait initialement devenir psychanalyste. « En vrai, ça tourne beaucoup autour du rêve quand même, mon univers. C’est une invitation à s’imaginer ce qu’a fait le sujet avant, ce qu’il fera après… » Dans cette approche, la postproduction reste l’étape où elle sculpte véritablement son imaginaire. C’est là qu’elle s’éloigne du rendu brut pour travailler la matière de ses images. Elle manipule les teintes et surtout la texture jusqu’à obtenir cette sensation d’images saturées qui caractérise son style. Elle cherche à ce que l’image finale possède une épaisseur visuelle qui détache le sujet de sa réalité première pour le faire entrer dans une dimension onirique. 

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