« Exils / Réminiscences » : une trilogie poétique

04 juillet 2019   •  
Écrit par Anaïs Viand
« Exils / Réminiscences » : une trilogie poétique

Dans son élégant coffret Exils / Réminiscences, Christine Delory-Momberger raconte une histoire familiale d’émigrations sur quatre générations. Une quête personnelle et pourtant collective, à découvrir durant les Rencontres de la Photographie d’Arles dans le cadre de « Summertime », le rendez-vous des éditeurs indépendants.

Archives collectives ou souvenirs personnels ? La frontière est fine dans le superbe coffret Exils / Réminiscences signé Christine Delory-Momberger. Dans sa trilogie, la photographe, essayiste et universitaire dans le domaine de la « recherche biographique », nous emporte dans des territoires marqués par une histoire d’émigrations sur quatre générations. Un récit, ou plutôt une quête entre-mêlant exils et réminiscences, passé et présent, réel et fictions.

La France, l’Allemagne, et l’Italie. C’est dans ces lieux que Christine Delory-Momberge développe une quête introspective et pourtant universelle. Car finalement, le territoire importe peu. En parcourant l’ouvrage, il est difficile de se géolocaliser, et les rencontres comptent plus que les repères spatio-temporels. Une silhouette apparaît et disparaît aussi tôt pour laisser place à un paysage flou, comme suspendu dans le temps. Autant de traces qui symbolisent les notions de mémoire et d’identité et brouillent la narration. Qui sont ces fantômes qui hantent ces trois opus – tendre les bras au-dessus des abimes / dans le souffle du labyrinthe / des disparus des vivants ? Si l’auteure a composé cette œuvre à partir de son histoire personnelle, force est de constater qu’elle partage ici un récit universel. Les sujets que nous apercevons pourraient être nos grands-mères, nos enfants ou nos amis.

© Christine Delory Momberger / agence révélateur

Exister comme individu à part entière

« L’exilé s’en va, soit parce qu’il y est obligé, soit parce qu’il se promet un avenir meilleur. Il est en tous cas dans un dépassement de soi. C’est très angoissant de se libérer de tout ce qui nous a construit, on perd des appuis, des repères familiers qui, même s’ils n’aidaient pas, rassuraient. La personne en exil est comme un rat, le lieu où elle habite ne lui donne aucune possibilité d’exister comme individu à part entière. Un mur invisible lui obstrue toute réelle reconstruction », commente Stéphane Duroy dans le deuxième opus de la trilogie. Avec cet ouvrage, Christine Delory-Momberger invite non seulement à réfléchir sur la notion d’exil, mais prouve que la création artistique participe à la reconstruction. Une construction éperdument poétique. Car l’artiste ponctue ses images par de sublimes vers, qu’on ne se lasse pas de lire et relire…

“jaillissantes

furtives

lancinantes

des figures reviennent 

le temps de les saisir 

du souvenir

disparaissent 

reste leur empreinte

dans la chair de l’âme.”

Signature de livre par Christine Delory-Momberger, à Arles, dans le cadre de « Summertime », le 4 juillet à partir de 18h.

Exils / Réminiscences, éditions arnaud bizalion éditeur, 32 €, 3 livres de 64 p, 700 exemplaires.

© Christine Delory Momberger / agence révélateur

© Christine Delory Momberger / agence révélateur

© Christine Delory Momberger / agence révélateur

© Christine Delory Momberger / agence révélateur© Christine Delory Momberger / agence révélateur

© Christine Delory Momberger / agence révélateur© Christine Delory Momberger / agence révélateur© Christine Delory Momberger / agence révélateur

© Christine Delory Momberger / agence révélateur

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