
L’Institut pour la photographie de Lille poursuit sa collaboration avec le Théâtre du Nord en y dévoilant Les Corps élastiques de Lucie Pastureau jusqu’au 4 juillet 2026. Oscillant entre le noir et blanc et la couleur vive, le portrait et le paysage, l’artiste expose les prémices d’un projet au long cours tourné vers les expériences qui s’ancrent dans la chair.
« Le corps n’est qu’un prétexte pour parler de ce qui nous meut », confie Lucie Pastureau. Sur les murs du Théâtre du Nord, recouverts d’un tissu doux et violet pour l’occasion, l’artiste présente une déclinaison de portraits, de ces corps élastiques qui n’ont de cesse de se transformer avec le temps. À notre arrivée, le premier, résultat d’une solarisation, apparaît sur notre droite. Il s’agit d’une femme perdue dans ses pensées, le regard rivé sur le lointain. Elle dissimule partiellement son visage avec ce qui ressemble à un papier noir percé en trois points. En descendant les escaliers, nous rencontrons d’autres figures. Des êtres en mouvement, au sortir de l’enfance ou de l’adolescence, contraignant leur chair, repoussant leurs limites, portant la vie… L’ensemble se conjugue avec des paysages métaphoriques et des lettres manuscrites, rédigées à l’encre mauve et fixées par de simples clous. Il nous force à faire des allers-retours entre textes et images, à circuler dans cette boucle. « Je veux montrer la photographie comme une énigme », assure l’autrice dont la voix résonne également dans des douches sonores.



La dissonance du monde
Lucie Pastureau a eu l’idée des Corps élastiques à la suite de sa propre expérience de la maternité. « J’avais besoin de me mesurer moi-même aux autres possibles », explique-t-elle. Pour ce faire, elle s’est intéressée à la manière dont « les autres se débrouillaient avec leur corporalité et les histoires intimes qui y sont associées, et donc avec leur façon d’être au monde et aux autres ». Si l’essentiel des tirages est inédit, quelques-uns sont plus anciens. « C’est comme s’ils annonçaient ce travail », assure-t-elle. À l’image, les modèles se révèlent être ses filles ou ses amis. Il y a aussi des personnes rencontrées au fil de projets, d’autres par hasard. Toutes ces silhouettes apparaissent çà et là, à différentes hauteurs, selon diverses échelles. L’accrochage reprend l’idée d’une partition. Cette multiplicité de notes confère « une dissonance » au monde, chère à l’artiste : « Le propos n’est pas d’universaliser, mais de faire ressortir les histoires de chacun. » Les périodes de transition, souvent bouleversantes, se devinent ainsi dans les nuances, dans les regards détournés ou frontaux. Pensée au long cours, la série se poursuivra en un deuxième chapitre qui s’articulera non plus sur l’intériorité, mais sur le rapport aux autres.

