
Jusqu’au 22 février 2026, Bruxelles fait la part belle au 8e art avec PhotoBrussels. Pour sa dixième édition, le festival propose un parcours de 52 expositions rassemblant plus d’une centaine d’artistes dont la moitié est d’origine belge. Pensé comme un événement grand public, celui-ci offre un riche panorama de la création photographique. Fisheye s’est rendu sur place et a sélectionné quatre lieux à ne pas manquer cette année.
Le Hangar
« Cette maison est un hymne à la joie, une célébration de la photographie. Nous sommes tous des photographes, mais pas forcément des artistes », souligne à juste titre Delphine Dumont. En ces quelques mots, la directrice du Hangar et fondatrice du PhotoBrussels Festival introduit The House, signé The Anonymous Project by Lee Shulman. Cette nouvelle exposition rassemble une sélection des archives si chères à l’artiste dans une scénographie qui nous plonge au cœur des années 1950. Ainsi, à l’intérieur de la caravane, installée dans le jardin synthétique, des images défilent en boucle. Dans la cuisine, des enfants et des personnes plus âgées s’apprêtant à souffler leurs bougies d’anniversaire décorent des assiettes à dessert. Sur le lit, une courtepointe montre des êtres blottis dans les bras de Morphée. Tout un chacun peut se projeter dans ces clichés qui, s’ils prêtent à sourire, évoquent des moments passés auprès de nos proches avec une certaine tendresse.
La famille fait par ailleurs l’objet de Family Stories, présenté à l’étage du Hangar. Cristóbal Ascencio, Sanne de Wilde, Deanna Dikeman, Daesung Lee, Alma Haser, Francesca Hummler et Danilo Zocatelli Cesco y proposent des récits intimes faits de réalités méconnues quand elles ne trouvent pas écho en nous. Si les sujets se distinguent, oscillent entre les différences linguistiques de deux langues et les au revoir à ses parents, ceux-ci sont racontés à travers des mises en scène et des expérimentations colorées. Sous le prisme de l’humour ou de la mélancolie, ces histoires offrent alors un autre regard sur les liens familiaux, la maternité, la transmission, le deuil et la réconciliation.




La Nombreuse
Après un accrochage à l’International Center of Photography Museum (ICP) de New York ou encore au Studio de la MEP, à Paris, Karla Hiraldo Voleau présente Another Love Story à La Nombreuse avec une scénographie inédite. Si le titre peut suggérer une histoire d’amour banale, comme il en existe des milliers dans le monde, il n’en est rien. De fait, alors qu’elle documentait sa relation amoureuse dans le cadre d’un projet artistique, l’autrice a eu une intuition qu’un bref appel a confirmé : son partenaire menait une double vie. Assaillie par les doutes, n’ayant de cesse de repenser à cette liaison factice, elle décide de réinventer la série qu’elle imaginait tout d’abord afin de se réapproprier cette période de son existence. Sur les murs sont épinglées plusieurs centaines de tirages la mettant en scène aux côtés d’un homme. Quoiqu’il s’agisse ici du sosie de son ex-compagnon, les images reproduisent des clichés qu’elle avait pris avec celui avec qui elle partageait sa vie. Plus qu’un geste d’émancipation, ce travail interroge la faculté de la photographie à façonner des récits.



L’Enfant sauvage
À l’Enfant sauvage, Katherine Longly nous emmène jusqu’à Aoshima, au Japon. Cette île s’est rapidement fait connaître du grand public en raison des centaines de chats qu’elle abritait. Seulement, le surtourisme a eu tôt fait de mettre à mal l’équilibre qui existait jusqu’alors. Les animaux, nourris en abondance avec des aliments industriels, se sont davantage reproduits et ont commencé à développer des maladies, à naître avec des malformations, ce qui a contraint les quelques habitants à les stériliser. D’ici quelques années, la population de ce minuscule territoire, particulièrement isolé et sans eau courante, va s’éteindre. Le dernier couple qui y vit, désormais âgé, gagnera une grande ville où il aura notamment accès à un hôpital tandis que les chats n’auront plus de descendance. Touchée par cette histoire, Katherine Longly a composé Cat Island Blues. Des portraits monochromes des félins, réalisés avec un flash qui matérialise l’effacement, font face à des paysages colorés des anciens pêcheurs d’Aoshima. Au sous-sol de la galerie, des archives, parmi lesquelles figurent des photographies, une cassette VHS diffusée sur une télévision cathodique ou encore des cartes, retracent leur passé. Avec délicatesse, l’artiste raconte ainsi un monde voué à ne bientôt plus exister que dans les témoignages.



Spazio Nobile
Avec Panoramic, la galerie Spazio Nobile consacre une rétrospective à Frederik Vercruysse. Ces quinze dernières années, celui-ci s’est adonné à une pratique minimaliste articulée autour de la précision des formes et de la poésie qu’elles génèrent. À l’image, les lignes et les couleurs sont épurées. Nous distinguons parfois quelques touches de gouache apposées çà et là sur des maisons. Les motifs jouent avec la répétition et créent un rythme séduisant à l’œil. La présence humaine est partout. Elle traverse ces rangées de sièges en velours orangé. Elle se devine dans les bâtisses ou entre arches blanches. Nous imaginons aisément la main qui a accroché ces pinces à linge en plastique, un jour d’été. À travers ses tirages, l’artiste nous invite à contempler ce qui nous entoure pour en extraire une beauté souvent insoupçonnée.