Les 400 coups, Guatemala et génocide, dans la photothèque de Juan Brenner

13 mars 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Les 400 coups, Guatemala et génocide, dans la photothèque de Juan Brenner
© Juan Brenner

Des premiers émois photographiques aux coups de cœur les plus récents, les auteurices publié·es sur les pages de Fisheye reviennent sur les œuvres et les sujets qui les inspirent particulièrement. Aujourd’hui, c’est Juan Brenner qui nous emporte dans son œuvre, nourrie par le poids de l’histoire. Dans les montagnes du Guatemala, il illustre les multiples couches qui forment une société et sublime, à l’aide de la lumière, la richesse d’un territoire nuancé. Une source d’inspiration sans fin, qu’il nous partage aujourd’hui.

Si tu devais ne choisir qu’une seule de tes images, laquelle serait-ce ? © Juan Brenner
La première photographie qui t’a marqué et pourquoi ? © Juan Brenner

Si tu devais ne choisir qu’une seule de tes images, laquelle serait-ce ?

Cette image d’un terrain de foot dans les hautes terres du Guatemala. C’est un bel hommage au paysage guatémaltèque : on y croise les signes d’une vie quotidienne, le sport, les montagnes et la rivière. Cette dernière a été souillée par le sang lors l’invasion espagnole du Guatemala, il y a 500 ans. Cette vallée est d’ailleurs à l’endroit exact de la bataille ayant causé le plus de mort·es, durant la Conquête. Cette photo convoque donc différentes couches d’histoire, de rapports au territoire que j’essaie d’illustrer.

La première photographie qui t’a marqué et pourquoi ?

L’autoportrait de Joel Peter Witkins où il porte un masque avec Jésus Christ dessus. Cette photo m’a permis de comprendre cet artiste, de mettre enfin un visage sur mon héros. C’était avant l’arrivée d’internet, nous n’avions pas accès aux banques de données que nous avons l’habitude d’utiliser maintenant.

Un modèle pour un shooting rêvé ?

Une personne que j’admire. Une personne qui va changer ma perception d’elle dès les premiers instants où l’on commence à construire son portrait. Une personne prête à ce qu’on passe du temps ensemble pour trouver des idées d’images.

Un ou une artiste que tu admires par-dessus tout ?

Je déteste cette question ! (Rires) Depuis quelque temps, j’apprécie beaucoup le travail de Margarita Azurdia. C’est une artiste multidisciplinaire qui a joué un rôle clé dans le développement du mouvement moderniste guatémaltèque, dans les années 1960.

Une émotion à illustrer ?

Je ne suis pas sûre qu’on puisse qualifier cela d’émotion, mais le concept d’« humeur égale » est quelque chose que je recherche activement. Notamment pour m’aider dans ma manière de fonctionner quand trop de choses arrivent en même temps.

Un modèle pour un shooting rêvé ? © Juan Brenner

Un ou une artiste que tu admires par-dessus tout ? © Juan Brenner

Une émotion à illustrer ? © Juan Brenner

Un genre photographique, et celui ou celle qui le porte, selon toi ? © Juan Brenner
Un territoire – imaginaire ou réel – à capturer ? © Juan Brenner

Un genre photographique, et celui ou celle qui le porte, selon toi ?

Je vais répondre de manière très clichée, mais je ne crois pas que quiconque incarne la notion de « photographie couleur » comme le fait William Eggleston. Son approche de la technique est magistrale, la plus simple et vraie que j’ai jamais vue.

Un territoire – imaginaire ou réel – à capturer ?

Depuis six ans, mon cœur appartient aux hauts plateaux du Guatemala. Depuis que je m’y rends, je découvre et comprends de plus en plus ce territoire, et je suis persuadé qu’il définit pleinement notre nation et identité.

Une thématique que tu aimes particulièrement aborder et voir aborder ?

J’aimerais voir des projets autour du génocide silencieux qui se déroule, encore aujourd’hui, au sein de la République démocratique du Congo. C’est tellement triste qu’on peut à peine entrevoir l’ampleur et la noirceur de la situation dans cette région.

Un événement photographique que tu n’oublieras jamais ?

L’exposition de Tomas Struth au MET en 2002 a complètement révolutionné mon idée de la photographie. La manière dont un concept peut être étiré, manipulé de plein de superbes manières. Je n’avais jamais vu d’images si grandes et descriptives auparavant.

Une œuvre d’art qui t’inspire particulièrement ?

Les 400 coups, de François Truffaut. Il y a tellement de belles choses dans ce film, c’est l’une de ces œuvres d’art qui me procure de la joie et de l’espoir à chaque fois que je la regarde.

Une thématique que tu aimes particulièrement aborder et voir aborder ? © Juan Brenner

Un événement photographique que tu n’oublieras jamais ? © Juan Brenner

Une œuvre d’art qui t’inspire particulièrement ? © Juan Brenner
À lire aussi
Focus #48 : Juan Brenner et les différents assauts du colonialisme
05:50
Focus #48 : Juan Brenner et les différents assauts du colonialisme
C’est l’heure du rendez-vous Focus ! Cette semaine, Juan Brenner s’intéresse à la manière dont les invasions passées – comme présentes –…
24 mai 2023   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Palestine, tendresse et érotisme : dans la photothèque de Myriam Boulos
Un genre photographique ? © Myriam Boulos
Palestine, tendresse et érotisme : dans la photothèque de Myriam Boulos
Des premiers émois photographiques aux coups de cœur les plus récents, les auteurices publié·es sur les pages de Fisheye reviennent sur…
02 février 2024   •  
Écrit par Milena III
Guatemala : « une colonisation humiliante, une ville égoïste, une énergie merveilleuse »
Guatemala : « une colonisation humiliante, une ville égoïste, une énergie merveilleuse »
Dans Tonatiuh, Juan Brenner, partait sur les traces de ses origines, au Guatemala, et documentait les conséquences d’une colonisation…
03 juin 2021   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Explorez
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
"Faith and Sakhi Moruping, Thembisa Township", 2004, de la série Isivumelwano © Sabelo Mlangeni
Sabelo Mlangeni reçoit le prix James Barnor 2026
La nouvelle vient de tomber : Sabelo Mlangeni remporte la troisième édition du prix James Barnor pour son œuvre autour des notions de...
08 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Découvrez les 5 lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo !
© Shanna Warocquier / Lauréate du Mentorat #4 des Filles de la Photo.
Découvrez les 5 lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo !
Les cinq lauréates du Mentorat #4 des Filles de la Photo ont été dévoilées. Voici le palmarès de cette édition 2026 !
30 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
À l’Archevêché, Fisheye n’est jamais à cour(t) d’idées !
© Claire Jaillard
À l’Archevêché, Fisheye n’est jamais à cour(t) d’idées !
Pour la troisième année consécutive, Fisheye investit la cour de l’Archevêché à l’occasion de la semaine d’ouverture des Rencontres...
29 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Pour Andrea Orejarena, la Lune est une terre de femmes
© Andrea Orejarena
Pour Andrea Orejarena, la Lune est une terre de femmes
Voyage féministe et poétique, I love you like the moon est un récit lunaire dont les héroïnes récoltent l'énergie. Une manière pour sa...
29 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
© Mallory Lowe Mpoka, In the Weft of Memory [Dans la trame de la mémoire] (détail), Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa, 2025, tissage jacquard et perles de verre Avec l’aimable autorisation de l’artiste.
Mallory Lowe Mpoka élue lauréate du prix de la photo Madame Figaro
Le prix de la photo Madame Figaro, dédié aux femmes photographes émergentes, soutenu par Kering, a récompensé ce jeudi 9 juillet, à...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Threshold © Akari Takenobu, pour Christian Dior Parfums
Le prix Dior de la photographie attribué à Akari Takenobu
Initié en 2018 par Christian Dior Parfums, en partenariat avec LUMA Arles et l’École nationale supérieure de la photographie (ENSP) le...
10 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Rebekka Deubner, lettres d'amour à terre
© Rebekka Deubner
Rebekka Deubner, lettres d’amour à terre
Exposé aux Rencontres d'Arles, à la Croisière, le projet La terre amoureuse de Rebekka Deubner nous parle avec une grande justesse de la...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
© Li Hui
Émotions et mémoire brute à la Fisheye Gallery d’Arles
Cet été, la Fisheye Gallery, rouvre ses portes à Arles, avec deux expositions sous le commissariat de Tess Druot. La première réunit...
09 juillet 2026   •  
Écrit par Deng Qiwen