Intimité et intrigue à l’exposition collective de la Galerie Vu’

18 octobre 2022   •  
Écrit par Pablo Patarin
Intimité et intrigue à l’exposition collective de la Galerie Vu’

Jusqu’au 10 novembre, la Galerie Vu’ présente une exposition collective au sein de laquelle six artistes proposent leurs créations originales – pour certaines encore jamais exposées – qui subliment, disloquent ou capturent avec force le réel.

Il y en a pour tous les goûts au cœur de l’espace du 9e arrondissement parisien ! La Galerie Vu’ propose une exposition incontournable, où divers projets de photographes cohabitent et viennent chambouler notre imaginaire et nos conceptions de la réalité. Des œuvres variées aux regards toujours singuliers. Un concentré d’émotions dans lequel il vous faut plonger sans plus tarder…

Fragilité et sensualité

Au rez-de-chaussée, la série de Nolwenn Brod, présentée en avant-première à la suite de sa résidence aux Champs Libres de Rennes, nous emmène dans son Brest natal. De cette cité venteuse aux bâtiments géométriques construits après la Deuxième Guerre mondiale, la photographe retient avant tout la chaleur des êtres, appuyée par des tons orangés qui se mêlent à quelques tirages monochromes. De puissants portraits d’humains, mais aussi d’animaux, dans toute leur fragilité, s’ajoutent aux clichés graphiques de ce qui les entoure, formant une œuvre unique sur la Cité du Ponant.

Breton lui aussi, Yves Trémorin succède à l’autrice. Et si dès le premier regard, la beauté subtile de ses clichés nous transperce, une forme de malaise s’empare progressivement de nous à la lecture du texte de sa série La mort. Le photographe y présente des parties de corps d’êtres humains, capturées avant qu’elles ne soient dévorées par les vers, figées dans un temps dont les sujets ne font plus partie. Ses images précises, d’une netteté rare, laissant entrevoir le duvet ou les pores de la peau, ont quelque chose de bouleversant. C’est à un autre tabou que l’artiste s’attaque ensuite avec sa série Corps à Corps – censurée en 1987 au moment de son inauguration, en raison de son réalisme. Il y capture l’acte sexuel, cru sans jamais être vulgaire, dans des compositions où la sueur, les poils et les corps s’entrelacent. Ainsi, le photographe expose le spectateur à l’intensité de l’acte physique, accru par la profondeur de ses noirs et blancs et son goût du détail.

© Yves Trémorin - VU'

© Yves Trémorin – VU’

Prédateurs et déambulations souterraines

En sous-sol, les créatures hybrides de Magali Lambert nous accueillent avec de petits tirages de sa série inédite Prédations. Au fil des photographies se crée une chimère entre la proie et son prédateur. Un être hybride se confondant peu à peu et interrogeant le regard de l’homme sur l’animal… La visite s’enchaîne avec On nous a dit qu’il n’y avait rien et nous sommes allés le chercher, série réalisée en 2022 par Israel Ariño lors d’une résidence à Amiens. Des tirages argentiques en noir et blanc montrant la volonté du photographe – accompagné de l’anthropologue Irma Estrada – de mettre en lumière le rien, le banal, l’évident, questionnant au passage le rapport que l’on entretient avec la nature.

Le photographe espagnol Juanan Requena prend la suite avec une sélection de tirages réalisés au café, touchants et poétiques. Dans les images, les paysages sont sublimés par un regard particulier et une alliance audacieuse du support photographique et de la matière. C’est finalement Martin Bogren qui conclut en beauté l’exposition au travers de ses clichés mystérieux réalisés dans la ville de New York. Dans Metropolia, l’auteur suédois nous accompagne à la découverte d’une cité parallèle, pas tout à fait éloignée de la Grosse Pomme, où les formes et personnages intriguent, où le grain se mêle au flou tout au long de la déambulation. Et si l’on ne saisit pas toujours la scène qui se déroule sous nos yeux, on se laisse embarquer par la vitalité émanant d’œuvres aux couleurs vives parsemées çà et là de tirages en noir et blanc.

© Nolwenn Brod - VU', avec l'aimable autorisation des Champs Libres© Martin Bogren - VU'

 à g. © Nolwenn Bord, à d. © Martin Borden / VU’

© Israel Ariño - VU'

© Israel Ariño / VU’

© Magali Lambert - VU'© Juanan Requena - VU'

© à g. Magali Lambert, à d.  Juanan Requena / VU’

Image d’ouverture : © Yves Trémorin / VU’

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