Julia Margaret Cameron & Victor Burgin : le Jeu de Paume fait sa rentrée

13 juillet 2023   •  
Écrit par Costanza Spina
Julia Margaret Cameron & Victor Burgin : le Jeu de Paume fait sa rentrée
© Victor Burgin

© Julia Margaret Cameron
© Julia Margaret Cameron

Le Jeu de Paume fait sa rentrée avec deux rétrospectives d’envergure, l’une consacrée à la pionnière de la photographie Julia Margaret Cameron, l’autre à Victor Burgin, nom incontournable de la scène contemporaine. À travers des archives uniques, ces deux grandes figures se dévoilent, chacune capturant la beauté à sa façon. Du 10 octobre 2023 au 28 janvier 2024.

En cette rentrée photographique, le Jeu de Paume inaugure deux expositions qui feront beaucoup parler d’elles. Les deux mettent en avant, pour la première fois en France avec une telle importance, deux noms majeurs de la photographie. Si la pionnière Julia Margaret Cameron figure parmi les photographes qui ont forgé le 8e art à la fin du 19e siècle, Victor Burgin marque le tournant vers une photographie contemporaine, qui plus que chercher le beau se marie avec la sociologie et s’ouvre à l’image en mouvement. Julia Margaret Cameron (1815-1879), si décriée à son époque, réalise, en à peine une décennie, entre 1864 et 1875, une œuvre photographique qui témoigne de l’effervescence de cet art à ses débuts. Elle donne une libre place aux erreurs et aux imperfections, elle maîtrise le flou et l’accident, en ouvrant les portes à un rapport à l’image expérimental et au plus près du réel. Elle aborde la photographie avec une fougue émancipatrice qui fera d’elle une protagoniste de la scène artistique de l’Angleterre victorienne.

Victor Burgin, lui aussi, avec son propre langage, s’est saisi de la photographie pour mieux la détourner. C’est à la fin des années 1960 qu’il se fait connaître, en contribuant à la naissance de l’art conceptuel, comme l’illustre l’exposition « Quand les attitudes deviennent forme » organisée en 1969 à la Kunsthalle de Berne. Son travail s’attache à explorer les relations entre les images fixes, les images en mouvement et les mots, le plus souvent dans leurs fonctions narratives et sémiologiques. Dans sa pratique, il mélange texte et photographie, en la nourrissant de sociologie et notamment de la pensée structuraliste de Roland Barthes. Il interroge ainsi la signification des images en les mettant en mouvement, tout comme Julia Margaret Cameron les rendait floues et indéfinies. Par son travail, Burgin se penche sur les relations de pouvoir au cœur de la société patriarcale et capitaliste. En effet, dans les années 1980, sa photographie est une réponse à deux sujets saillants de l’époque : le rapport du cinéma à la photographie et la représentation de la question du genre.

Julia Margaret Cameron : capturer la « beauté » à travers ses imperfections

« Il n’y a aucune distinction entre mon travail et ma vie et je pense que c’était également vrai pour elle. Son œuvre est une célébration de l’amour, ce qui est pour moi la plus grande chose que l’art peut accomplir » écrivait Nan Goldin à propos de Julia Margaret Cameron en 2016. Avec la rétrospective Capturer la beauté, le Jeu de Paume rend hommage une véritable pionnière. C’est le jour de ses 48 ans, lorsque sa fille aînée lui offre son premier appareil photo, que sa carrière de photographe commence. En une décennie, elle produira plus de mille images (un chiffre impressionnant pour l’époque), exposera au niveau international, publiera un livre et une autobiographie qu’elle laisse inachevée, publiée à titre posthume. Par son art, Cameron témoigne d’un besoin d’émancipation irrépressible, d’une volonté tenace d’affirmer un regard – un gaze dirions nous aujourd’hui – pour définir la manière que nous avons de regarder le monde, chacun·e en fonction de son expérience.

Certes, Julia Margaret Cameron capture « la beauté », mais ce mot galvaudé serait bien dépourvu de sens si on passait à côté de la manière avant-gardiste qu’elle a eu de le faire. La photographe maîtrise les techniques du flou et intègre les imperfections à ses clichés sans complexes. Une attention particulière est donnée au portrait, une technique qu’elle chérit particulièrement. Elle aura en effet l’occasion de photographier des personnages majeurs de son temps, de Charles Darwin au poète Alfred Tennyson. Ses œuvres sont remplies d’une tendresse familiale qui s’exprime aussi dans les nombreux portraits de femmes – ses proches ou ses domestiques – parmi lesquelles Julia Jackson, la nièce de l’artiste et la mère de Virginia Woolf, l’un de ses modèles favoris. Inspirée de l’iconographie religieuse de la Renaissance italienne et de la poésie de son époque, elle a un rapport presque spirituel à la photographie, qu’elle définit comme « l’incarnation d’une prière ».

© Julia Margaret Cameron
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© Victor Burgin
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