La Corée du Sud, « l’Hollywood d’Asie »

01 février 2018   •  
Écrit par Lou Tsatsas
La Corée du Sud, « l’Hollywood d’Asie »

Eui-Jip Hwang est un photographe-graphiste visuel travaillant à New York. Sa série Live Your Dream critique l’empire chirurgical coréen et son emprise sur le pays, dans une esthétique aseptisée où le rêve se mélange à l’artificiel.

Fisheye : Pourquoi as-tu voulu devenir photographe ?

Eui-Jip Hwang : J’ai toujours été fasciné par ce médium, et sa capacité à manipuler la vérité. Quand on interprète une photo – qu’elle soit fabriquée de toutes pièces ou non – on la voit immédiatement comme un reflet de la réalité. On la compare avec notre vision du monde.

Comment définirais-tu ton approche photographique ?

Je me définis comme un créateur d’images, et mon approche est influencée par celles utilisées dans les médias, que je déconstruis ensuite. Me renseigner sur les photos que je récolte dans des publicités, voilà ce qui m’intéresse. Cette collection de visuels me sert de points de départ pour susciter un débat et partager des informations.

Comment utilises-tu ces informations ensuite ?

J’analyse une multitude d’esthétiques différentes, de sensations provoquées par la publicité, et j’essaie de prendre en compte son but – générer du désir, du besoin. J’ai réalisé que notre réaction vis-à-vis d’elle change si on en fait une œuvre d’art. Grâce à cette transformation, un dialogue se crée entre nous et l’image, et nous ne subissons plus la publicité de masse.

© Eui-Jip Hwang

De quoi parle Live Your Dream ?

J’y explore le paysage changeant de la Corée du Sud d’aujourd’hui. La fascination grandissante pour les cosmétiques et la chirurgie plastique a changé l’idée de modernité chez les Coréens. Le projet parle de l’influence écrasante du monde occidental et de sa culture sur ce pays. La Corée du Sud est maintenant dominée par des médias qui vantent la supériorité de la beauté « euro centrale ». Ils prônent des particularités physiques incompatibles avec la nature coréenne (les yeux bleus, par exemple).

Qu’est-ce qui t’a poussé à travailler sur ce sujet ?

Le changement radical qui a eu lieu au sein de cette culture m’a alarmé et m’a poussé à me renseigner sur le sujet. J’ai aussi remarqué que le reste du monde ne voyait plus la Corée du Sud de la même façon qu’avant. Ce n’est pas un hasard si la musique pop coréenne est aussi populaire dans le monde occidental. De la même manière qu’Hollywood, la Corée du Sud se nourrit de la superficialité, et utilise l’apparence pour obtenir plus de pouvoir, ou un rang social plus élevé. Le pays a d’ailleurs inventé un terme décrivant la suprématie du physique : le lookisme.

Que souhaitais-tu mettre en avant dans cette série ?

Ce projet parle d’un sujet très important au XXIe siècle : la liberté d’être ce que l’on veut. Les avancées technologiques permettent aujourd’hui aux gens de développer leur propre identité, poussant la Corée du Sud à cette surenchère. La chirurgie plastique est désormais la fierté du pays. Elle définit l’identité coréenne, et ce constat m’inquiète, car il annonce un futur assez sombre.

Habiter à New York tout en étant coréen, cela t’a-t-il aidé ?

Oui, bénéficier de cette double culture m’a permis de comprendre deux perspectives très différentes, et de mieux mener ce projet. Cela m’a aussi permis de mettre en avant l’influence de la culture occidentale en orient.

© Eui-Jip Hwang

© Eui-Jip Hwang© Eui-Jip Hwang

© Eui-Jip Hwang

© Eui-Jip Hwang© Eui-Jip Hwang
© Eui-Jip Hwang© Eui-Jip Hwang

© Eui-Jip Hwang

Explorez
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
© Salma Abedin Prithi
Mundane : la dramaturgie d’une violence sociale
Dans Mundane, série théâtrale aux contrastes maîtrisés, Salma Abedin Prithi met en scène la violence et ses dynamiques sociales dans son...
04 avril 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
© Birgit Jürgenssen
Pour Toujours : le regard subversif de Birgit Jürgenssen
Fortes de 130 ans d'engagement auprès des artistes, les Galeries Lafayette s'associent aux quinze ans du Centre Pompidou-Metz. Le projet...
30 mars 2026   •  
Tassiana Aït-Tahar : "Uber et l'argent du beurre"
© Tassiana Aït-Tahar
Tassiana Aït-Tahar : « Uber et l’argent du beurre »
Le 27 mars 2026, l’artiste et photographe Tassiana Aït-Tahar publie Uber Life aux éditions Fisheye, un ouvrage immersif retraçant ses...
26 mars 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Art Paris 2026, le printemps de l’art
© Sarfo Emmanuel Annor / The Bridge Gallery
Art Paris 2026, le printemps de l’art
Le très attendu rendez-vous de l’art contemporain a donné son coup d’envoi jeudi soir. Jusqu’à dimanche, 165 galeries présentent, sous la...
11 avril 2026   •  
Écrit par Jordane de Faÿ
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
© Auriane Kolodziej
Voici nos coups de cœur du salon unRepresented by a ppr oc he 2026
La 4e édition d’unRepresented by a ppr oc he se tient à l'espace Molière jusqu'au 12 avril 2026. Comme à l’accoutumée, le salon fait la...
10 avril 2026   •  
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
© Lore Van Houte
Lore Van Houte : le cyanotype comme journal intime et refuge poétique
Étudiante en sciences culturelles et artiste visuelle, Lore Van Houte capture la poésie de son environnement à travers le prisme bleuté...
10 avril 2026   •  
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger