La danse de Yasuke Kurosan, premier samouraï noir du Japon

09 août 2021   •  
Écrit par Lou Tsatsas
La danse de Yasuke Kurosan, premier samouraï noir du Japon

Jusqu’au 29 août, le Studio de la Maison européenne de la Photographie présente Le samouraï noir au Japon, un court métrage dansant, inspiré par la vie de Yasuke Kurosan, ayant vécu au 16e siècle.

Esclave noir devenu samouraï, Yasuke Kurosan est une figure à part de l’histoire japonaise – une légende, presque irréelle, marquant de sa présence un héritage ancestral, encore populaire aujourd’hui. Premier samouraï étranger du pays, le mystérieux homme, né au 16e siècle, avait été repéré par un chef de guerre, Oda Nobutada. Dans les rangs, sa grande taille et la couleur de sa peau fascinent autant qu’elles attisent la haine. Une différence qui le démarque, et lui permet d’apprendre le code des samouraïs, d’initier son corps au combat.

Lorsque Smaïl Kanouté, chorégraphe, danseur, graphiste et artiste plasticien, découvre cette histoire singulière, l’envie de construire un récit performatif naît – impérieux. Présenté au sein du Studio, l’espace de la MEP dédié à la photographie émergente et aux arts numériques, Le samouraï noir au Japon célèbre et danse la vie de Yasuke Kurosan. Une manière pour l’artiste de relier deux cultures lointaines, d’unir, grâce au mouvement, deux sociétés, et deux langages corporels : le hip-hop et l’art martial.

© Smaïl Kanouté

Un hymne à l’altérité

Des forêts nippones aux rues agitées de Tokyo, le court-métrage suit la figure de Yasuke, entre deux époques, entre deux espaces. Seul, entouré de samouraïs contemporains, ou encore de Kathy Sachiko Scott – danseuse métisse américano-japonaise – il explore son environnement, et retrace son parcours, de la soumission à la libération. Un récit porté par le popping (un style de hip-hop venu du funk, caractérisé par des contractions des muscles et des mouvements fluides, NDLR). Et, au fil du film, le corps devient une toile, vouté par le poids de l’esclavage, transcendé par l’honneur associé aux samouraïs, et marqué par des calligraphies.

Car, influencé par le graphisme et l’art plastique, Smaïl Kanouté parvient à faire fusionner les genres et les disciplines pour créer une langue à part, et faire émerger une énergie communicative. Imaginée en triptyque, la vidéo propose trois décors – un sauvage, un citadin, un intérieur. Une manière d’explorer l’impact du colonialisme et des rites dans toutes les sphères de la société. Au moyen de la danse, de la performance, l’auteur érige un conte guidé par la notion d’identité, par le besoin de se souvenir, mais aussi d’interroger notre histoire et notre passé. Portée par les mouvements libres, aériens du popping, ainsi que par la voix off faisant fusionner, en japonais, Afrique et Orient, Le samouraï noir au Japon est un hymne à l’altérité. Une belle manière de prôner la beauté de nos différences. Car, à l’image de cette figure afro-nippone, le danseur « marche libre, comme la lame de [s]on sabre ».

© Smaïl Kanouté© Smaïl Kanouté

© Smaïl Kanouté

© Smaïl Kanouté

Explorez
Enzo Lefort : un regard qui fait mouche
© Enzo Lefort
Enzo Lefort : un regard qui fait mouche
Enzo Lefort, le plus titré des escrimeurs français, est l’un des plus sûrs espoirs de médaille aux prochains Jeux olympiques. Dans...
23 mai 2024   •  
Écrit par Eric Karsenty
Susanne Wellm et ses tissages photographiques
© Susanne Wellm
Susanne Wellm et ses tissages photographiques
La Galerie XII présente une exposition de l’artiste danoise Susanne Wellm. Par ses images, elle explore les drames de l’Europe...
21 mai 2024   •  
Écrit par Costanza Spina
Forgotten in The Dark : l’hommage dansant de Tom Kleinberg
© Tom Kleinberg
Forgotten in The Dark : l’hommage dansant de Tom Kleinberg
Le festival Circulation(s) n’en finit pas de faire briller la jeune photographie européenne. Dans l’un des cubes de l’espace central du...
20 mai 2024   •  
Écrit par Hugo Mangin
Dans l’œil de Pelle Cass : déchiffrer le chaos d’un terrain de sport
© Pelle Cass
Dans l’œil de Pelle Cass : déchiffrer le chaos d’un terrain de sport
Cette semaine, plongée dans l’œil de Pelle Cass. Dans Crowded Fields, le photographe américain immortalise des terrains de sport sur...
20 mai 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Lydia Goldblatt : Fugue, un œil à soi
©Lydia Goldblatt
Lydia Goldblatt : Fugue, un œil à soi
Lydia Goldblatt parle des mères, de la sienne qu’elle a perdue, de celle qu’elle est devenue. De ce deuil enduré alors qu’elle était déjà...
Il y a 1 heure   •  
Écrit par Hugo Mangin
À bord de la Volvo de Joël Meyerowitz au Museo Picasso Málaga
© Joël Meyerowitz
À bord de la Volvo de Joël Meyerowitz au Museo Picasso Málaga
Il y a soixante ans, le photographe américain Joël Meyerowitz foulait le sol de la ville de Málaga, en Espagne. Cette année, du 15 juin...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Marie Baranger
Enzo Lefort : un regard qui fait mouche
© Enzo Lefort
Enzo Lefort : un regard qui fait mouche
Enzo Lefort, le plus titré des escrimeurs français, est l’un des plus sûrs espoirs de médaille aux prochains Jeux olympiques. Dans...
23 mai 2024   •  
Écrit par Eric Karsenty
Contenu sensible
Sunsets de Jonas Van der Haegen : sexe radical et douce mélancolie
© Jonas Van der Haegen
Sunsets de Jonas Van der Haegen : sexe radical et douce mélancolie
Collection imposante de polaroïds intimes, l’ouvrage Sunsets de Jonas Van der Haegen propose une relecture poétique d’un langage sexuel...
23 mai 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas