La Queer Family de Nicola Lo Calzo

31 août 2023   •  
Écrit par Cassandre Thomas
La Queer Family de Nicola Lo Calzo
David, artiste et danseur pendant The Big Print Ball Part II, Le Flow, Paris.
Akhil, 19 ans, originaire de l’Ile Maurice. Centre LGBTQI+ de Paris et d’Île-de-France. « Ma vie à l’Ile Maurice était très compliquée. Mon père était une personne très reconnue, étant le chef du village ; il a été mis au courant par ses proches de la relation avec mon copain. En étant Indu et lui musulman a compliqué les choses. (…) J’ai été agressé par mon père, par la police, par la brigade des Mineurs et j’ai passé un mois à l’hôpital. Je suis en France depuis un an. »

Les danseurs.res de la House of Ninja s’entrainent au Centre National de la Danse à Bobigny.

NicolaLoCalzo
« Il n’est pas question de réduire l’expérience queer à une identité figée. »

Nicola Lo Calzo s’est intéressé au médium à 19 ans, l’âge où il a pris conscience de sa sexualité. «Cela n’était pas anodin. D’une certaine manière, la photographie a prolongé mon corps en m’apportant un outil pour m’affirmer et m’émanciper des peurs avec lesquelles on apprend à cohabiter en tant que minorité », confie-t-il. Depuis son arrivée à Paris, en 2005, le photographe d’origine italienne chronique régulièrement son entourage et sa « queer family ». Militant·es, activistes de la lutte contre le sida ou encore artistes du milieu de la nuit parisienne, cette communauté se compose de destins communs où chacun·e se différencie par ses origines, sa classe et son genre. « Il n’est pas question de réduire l’expérience queer à une identité figée. Au contraire, ce qui m’intéresse, c’est de montrer son hétérogénéité. À cet égard, l’homotransphobie dont on peut être victime s’enchevêtre à d’autres oppressions, comme la discrimination envers les femmes, les personnes migrantes et racisées », précise l’auteur. Dans le cadre de la commande photographique de la Bibliothèque nationale de France, Nicola Lo Calzo présente LYANNAJ, signifiant « faire lien, allier et rallier » en créole.

À travers le prisme intersectionnel, il met en lumière les pratiques de soin et de résistance qui s’organisent en région parisienne et en outre-mer. Des moments de convivialité au sein d’associations en Guadeloupe ou des fêtes spectaculaires à Paris, Nicola Lo Calzo saisit avec poésie les multiples facettes de la communauté queer et ses allié·es. Selon le dernier rapport de l’association SOS homophobie publié en mai 2022, le pourcentage d’homophobie, transphobie et biphobie, notamment en métropole, a augmenté suite à la crise sanitaire du covid-19. Cependant, chaque année de nombreuses personnes queers originaires d’anciennes colonies françaises et d’autres régions du monde – telles que l’Inde, le Maghreb, la Caraïbe, le Moyen-Orient ou l’Afrique subsaharienne – migrent en Île-de-France afin de « vivre plus librement leur identité sexuelle ou de genre ». Ils et elles intègrent des espaces de sociabilité mis en place pour les accompagner dans leurs nouveaux cadres de vie.

Réalisées en collaboration avec le centre LGBTQI+ de Paris et d’Île-de-France, ces images s’inscrivent dans une démarche documentaire et offrent un regard sensible sur une thématique très peu médiatisée. Les espaces de care (« soin ») ne cessent de se diversifier afin d’adoucir le quotidien de ces minorités. Parmi les plus festifs se distinguent les balls. Né à New York dans les années 1980 au sein des communautés queers noires et latinos, le ballroom est une culture de la performance dansée, inspiré des défilés de mode dont les attitudes sont détournées ou moquées. « Les danseur·ses se regroupent en équipes appelées houses (« maisons »). Elles se retrouvent et s’affrontent en chorégraphie, lors d’événements : les balls. Elles sont gérées par des « mères » et des « pères » qui s’occupent de leurs kids, et apportent une dimension de soutien et d’accompagnement qui dépasse la cadre de la performance», ajoute le photographe qui saisit avec justesse des bribes de leurs entraînements. Plus qu’un simple projet journalistique, ce travail offre un hommage aux multiples visages de la communauté queer qui se battent au quotidien pour exister. « LYANNAJ est né d’une urgence d’aller vers l’autre, de l’embrasser dans sa singularité», conclut Nicola Lo Calzo.

Robyn et Velvet, entrainement au MPAA/Broussais, House of West, Paris

Le drapeau queer sur les passages piétons de la rue Beaubourg, Paris.
Coulisses du Ghetto kiki ball à La flèche d’or, Paris.
Mamasha Yelele, Mother of House of Ninja, salle de dance au Carreau du temple.

En janvier 2020, Fisheye publiait un portfolio de Cham, «une contre-histoire de l’esclavage», un projet d’envergure du photographe italien Nicola Lo Calzo dédié à la représentation des mémoires de résistance au colonialisme. Désormais renommé Kam, ce travail au long cours ne cesse de se développer. Depuis cette publication, deux volets sont venus prolonger les neuf existants, et d’autres projets ont vu le jour. L’auteur poursuit également un doctorat à la CY Cergy Paris Université et à l’école ENSAPC, où il enseigne la photographie au regard des pratiques queers, marronnes et décoloniales. Sa nouvelle série, LYANNAJ, rend hommage au courage, à la force et à l’humanité des personnes queers et de leurs allié·es.

À lire en intégralité dans le dernier numéro de Fisheye !
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