Le musée du Quai Branly rebat les cartes

02 juillet 2020   •  
Écrit par Eric Karsenty
Le musée du Quai Branly rebat les cartes

Pour la première fois, le musée du quai Branly-Jacques Chirac présente une grande exposition de photographie contemporaine. Réunissant une centaine d’œuvres réalisées par 26 artistes de 19 nationalités différentes, « À toi appartient le regard et (…) la liaison infinie entre les choses » explore notre perception du monde par les yeux des autres. Cet article est à retrouver dans notre dernier numéro.

« Tout a commencé avec les œuvres, ce sont elles qui ont guidé la construction et le parcours de cette exposition »,

nous explique Christine Barthe, la commissaire de « À toi appartient le regard et (…) la liaison infinie entre les choses », une proposition ambitieuse qui se déroule en spirale sur les 2000 mètres carrés qui composent le rez-de-jardin du Quai Branly. C’est aussi la première fois que cet établissement, ouvert en 2006, accorde une telle importance à la photographie contemporaine. On pourra ainsi découvrir une centaine d’œuvres réalisées par vingt-six auteurs de dix-neuf nationalités.

Des artistes déjà reconnus comme Samuel Fosso (Cameroun), qui ouvre le parcours avec Sixsixsix, une œuvre composée de 666 autoportraits au Polaroid grand format jamais montrée en France ; le Colombien Oscar Muñoz avec Editor Solitario, le Sud-Africain Guy Tillim, avec une partie de la série African Cities, ou encore le Congolais Sammy Baloji, avec Essay on Urban Planning (2013), une pièce acquise par le musée qui symbolise l’urbanisme colonial au Congo. Mais aussi beaucoup d’artistes émergents comme Gosette Lubondo (République démocratique du Congo), avec Imaginary Trip II, une série de « photos performances » proche de l’univers du conte, réalisée grâce à une résidence du musée.

Guy Tillim © musée du quai Branly - Jacques Chirac

Guy Tillim © musée du quai Branly – Jacques Chirac

Une invitation à se laisser porter

« Le choix des artistes s’est fait au fur et à mesure des rencontres, des évidences et des coups de cœur »

, précise Christine Barthe. Le titre de l’exposition, « À toi appartient le regard et (…) la liaison infinie entre les choses », est extrait d’un texte du philosophe allemand August Ludwig Hülsen décrivant son expérience de perception devant les chutes du Rhin, en 1800. Sa description « démontre la faculté “imageante” de l’œil, sa liberté et sa capacité à recomposer une unité dans un paysage étranger perçu jusque-là par fragments », analyse la commissaire. Et c’est bien là le propos de cette exposition pensée comme « une invitation à se laisser porter et surprendre par des œuvres trop rarement vues et mises en relation ». Un cheminement qui s’articule en cinq chapitres dont les intitulés s’appuient sur la phrase titre. Cinq étapes comme autant d’enquêtes et d’expériences visuelles mettant en scène photos, vidéos et installations instaurant un dialogue entre les images. Des travaux qui interrogent autant les héritages historiques que géographiques, et « repensent les notions d’appropriation et de réappropriation visuelle » dans un parcours libre et intuitif.

Cet ambitieux projet, titré en anglais Who Is Gazing? (« Qui regarde? ») – en référence à l’œuvre du Sud-Africain Santu Mofokeng The Black Photo Album, Look at Me, se donne les moyens d’une « pédagogie ouverte » pour guider le public sans lui assener un discours « trop fermé ». Audioguide (français et anglais), panneaux explicatifs, cartels pour chaque œuvre et fiches biographiques par artiste – fiches que le visiteur pourra emporter –, sans oublier le catalogue qui accompagne l’exposition (en coédition avec Actes Sud, 39,90 €, 192 pages), Christine Barthe a peaufiné son dispositif: « C’est quelque chose d’important, j’y avais déjà beaucoup réfléchi en 2013 lors de l’exposition Nocturnes de Colombie, images contemporaines, parce que les artistes parlent de choses précises, et que nous n’avons pas tous le même niveau d’information. Et en même temps il faut veiller à ce que le volume de texte ne soit pas trop lourd, sans quoi les visiteurs n’ont plus le temps de regarder les œuvres. »

 

Dans le cadre de cette exposition, Fisheye et le Quai Branly lancent un concours Instagram. Participez dès maintenant !

 

Cet article est à retrouver dans son intégralité dans Fisheye #41, en kiosque et disponible ici

© Oscar Muñoz

© Oscar Muñoz

© Samuel Fosso, courtesy Jean Marc Patras / Paris© Samuel Fosso, courtesy Jean Marc Patras / Paris

© Samuel Fosso, courtesy Jean Marc Patras / Paris

© Sammy Baloji / © musée du quai Branly - Jacques Chirac / © Alessandra Bello

© Sammy Baloji / © musée du quai Branly – Jacques Chirac / © Alessandra Bello

Lek Kiatsirikajorn © musée du quai Branly© Jo Ractliffe / Courtesy of Stevenson, Cape Town and Johannesburg

Lek Kiatsirikajorn © musée du quai Branly

Gosette Lubondo © musée du quai Branly - Jacques Chirac

Gosette Lubondo © musée du quai Branly – Jacques Chirac

Image d’ouverture : Gosette Lubondo © musée du quai Branly – Jacques Chirac

Explorez
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
© Clara Watt
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images éveillent des réflexions profondes là où les mots font parfois défaut. En se...
14 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
© Anna Leonte Loron
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
Avec Les Femmes ont faim, la photographe Anna Leonte Loron explore les liens entre plaisir, alimentation et représentations féminines....
13 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Gaza City - Al-Tuffah Neighborhood © Khames Alrefi
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Le photojournaliste Khames Alrefi reflète la destruction de Gaza à travers son projet Civilians: The First Victims. Ses images montrent...
12 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Mikel Nielsen Ommar. © Prince Roland Napoleon Bonaparte (French, 1858-1924); Plates by G. Roche / Domaine public, Getty Image.
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Nous sommes en 1884, le prince Roland Bonaparte (1858- 1924), petit-fils de l’un des frères de Napoléon, organise une mission en Norvège...
11 juin 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Nos derniers articles
Voir tous les articles
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Cœur de lune © Bérangère Portella
5 coups de cœur qui explorent le corps et sa mémoire
Tous les lundis, nous vous dévoilons deux photographes qui ont retenu notre attention à travers cette rubrique coups de cœur. Cette...
Il y a 7 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
© Clara Watt
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images éveillent des réflexions profondes là où les mots font parfois défaut. En se...
14 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
© Anna Leonte Loron
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
Avec Les Femmes ont faim, la photographe Anna Leonte Loron explore les liens entre plaisir, alimentation et représentations féminines....
13 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Gaza City - Al-Tuffah Neighborhood © Khames Alrefi
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Le photojournaliste Khames Alrefi reflète la destruction de Gaza à travers son projet Civilians: The First Victims. Ses images montrent...
12 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA