Le pèlerinage gitan

24 février 2021   •  
Écrit par Julien Hory
Le pèlerinage gitan

Dans sa série Saintes-Maries-de-la-Mer, Ricardo Raspa rend hommage aux gens du voyage européens. Le photographe partage les rites et festivités qui rythment le pèlerinage à la capitale camarguaise.

C’est un rituel. Tous les ans, des milliers de gens du voyage convergent vers le sud de la France pour célébrer leur sainte dans des processions majestueuses. Souvent appelé le « pèlerinage gitan », cet évènement est un moment clé de cette culture méconnue des profanes. En 1935, le Marquis de Baroncelli et quelques gardians de Camargue (gardiens de chevaux en semi-liberté, NDLR), soucieux de donner aux Gitans une place dans le pèlerinage initial (ils n’étaient alors que quelques centaines, mélangés à la grande foule des pèlerins de Provence et du Languedoc), ont organisé avec les Gitans de la région cette marche vers la mer en souvenir de l’arrivée de leur sainte sur les côtes françaises.

Depuis, chaque printemps, Gitans, Tsiganes, Manouches ou Roms viennent honorer leur sainte patronne, Sara. Sara la noire aurait été la servante de sainte Jacobé et sainte Salomé fêtées de longue date aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Si ses origines sont discutées et n’apparaissent que tardivement dans les différents récits, elle serait une version christianisée de la Kali. Cette dernière est la déesse de la création, de la maladie et de la mort, pourvue elle aussi d’un visage noir et immergée dans l’eau tous les ans en Inde. Cette provenance hindoue de Sainte Sara rattacherait les Roms à leurs origines indiennes bien que la hiérarchie catholique romaine tente de garder le pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer dans le giron officiel de la chrétienté.

Des gitans brésiliens

Ce grand rassemblement a attiré l’objectif du photographe italien Riccardo Raspa. Nourri par les images des films de son adolescence, l’auteur va ainsi documenter ce moment religieux et touristique. « Un jour de 2018, alors que je me trouvais sur un projet commercial, j’ai partagé avec la productrice mon amour pour le monde gitan, se souvient-il. C’est elle qui m’a parlé du pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer. Mais c’est à travers ma passion pour le cinéma que j’ai découvert cette culture, notamment les réalisations d’Emir Kusturica.» Curieux, le photographe résidant en Angleterre commence ses recherches et part comme un routard pour la Camargue.

« Je suis arrivé sans endroit où dormir, confie l’artiste. Alors je me suis installé sur la plage. Très vite, j’ai fait la connaissance d’une famille gitane. C’est eux qui m’ont appris les détails de ce rassemblement et raconté la légende de Sainte Sara. Ils m’ont accueilli gentiment et ont partagé leur savoir.» Un monde nouveau s’ouvre à Riccardo Raspa. « J’ai découvert plein de choses que j’ignorais, raconte-t-il. Par exemple, j’ai rencontré des gitans brésiliens alors que je pensais qu’il n’y en avait qu’en Europe. L’événement était extrêmement riche en couleurs, en musique, en émotions et en personnages. Avec en point d’orgue les processions jusqu’à la mer et la bénédiction des statues des Saintes. »

La stigmatisation et la haine

Le photographe remarque également les précautions exagérées que les autorités prennent à l’occasion de ces quatre jours de cérémonies et de recueillement. « Il y avait beaucoup de policiers sur place, lors de la fête de Sainte Sara. Je ne pensais pas cela nécessaire et presque insultant pour une fête catholique. Cela rappelle la stigmatisation et la haine dont souffrent encore les gitans. Mais j’ai aussi vu avec joie à quel point les habitants de la petite ville étaient accueillants avec eux. Je crois que nous ne devrions pas faire attention aux légendes et même nous en détacher. »

Désormais, Riccardo Raspa souhaite continuer à documenter la culture gitane partout en Europe. Et force est de constater que la tâche s’annonce compliquée. Les conditions sanitaires et les politiques non coordonnées entre les pays empêchent les déplacements (un comble pour un peuple nomade) et presque tous les rassemblements. Ainsi, les festivités des Saintes-Maries-de-la-Mer ont été annulées en 2020 et les regroupements en 2021 s’annoncent compliqués.

© Riccardo Raspa© Riccardo Raspa

© Riccardo Raspa

© Riccardo Raspa

Explorez
Les expositions photo à découvrir ce printemps !
© Paul Wolff, « Femme en maillot de bain avec ombres de plantes », 1932, tirage d'origine, Collection Christian Brandstätter / Courtesy of Pavillon Populaire
Les expositions photo à découvrir ce printemps !
Chaque saison fait fleurir de nouvelles expositions. À cet effet, la rédaction de Fisheye a répertorié toute une déclinaison...
Il y a 3 heures   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Only the future revisits the past : le passé raconte l’avenir
© Marta Bogdanska
Only the future revisits the past : le passé raconte l’avenir
Pour le festival australien PHOTO 2024, qui se déroulera du 1er mars au 12 mai, l’exposition Only the future revisits the past se propose...
29 février 2024   •  
Écrit par Costanza Spina
Le Parti pris des choses sublime les objets du quotidien
Le Parti pris des choses sublime les objets du quotidien
L'exposition collective Le Parti pris des choses au Centre de la Photographie Hauts-de-France, se nourrit de l'oeuvre du poète Francis...
28 février 2024   •  
Écrit par Costanza Spina
Rendre visible le racisme : les photographes de Fisheye militent
© Lee Shulman / Omar Victor Diop
Rendre visible le racisme : les photographes de Fisheye militent
Les photographes publié·es sur Fisheye ne cessent de raconter, par le biais des images, les préoccupations de notre époque. À...
27 février 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les expositions photo à découvrir ce printemps !
© Paul Wolff, « Femme en maillot de bain avec ombres de plantes », 1932, tirage d'origine, Collection Christian Brandstätter / Courtesy of Pavillon Populaire
Les expositions photo à découvrir ce printemps !
Chaque saison fait fleurir de nouvelles expositions. À cet effet, la rédaction de Fisheye a répertorié toute une déclinaison...
Il y a 3 heures   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Road trip, violence et alpinisme : nos coups de cœur photos du mois
© Henri Kisielewski
Road trip, violence et alpinisme : nos coups de cœur photos du mois
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Only the future revisits the past : le passé raconte l’avenir
© Marta Bogdanska
Only the future revisits the past : le passé raconte l’avenir
Pour le festival australien PHOTO 2024, qui se déroulera du 1er mars au 12 mai, l’exposition Only the future revisits the past se propose...
29 février 2024   •  
Écrit par Costanza Spina
Annabelle Foucher dévoile l’étoffe de l’être à la Fisheye Gallery
© Annabelle Foucher
Annabelle Foucher dévoile l’étoffe de l’être à la Fisheye Gallery
Le temps de L’Étoffe de l’être, les œuvres d’Annabelle Foucher, lauréate du Grand Prix Picto de la Photographie de mode en 2023, se...
29 février 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet