Les athlètes de l’ombre de Daniel Mebarek

26 septembre 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Les athlètes de l’ombre de Daniel Mebarek
© Daniel Mebarek. Olympiades populaires.
Un ouvrier de chantier qui joue à la boxe en noir et blanc.
© Daniel Mebarek. Olympiades populaires.

Alors que les images des athlètes des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 ont émerveillé petits et grands, l’artiste bolivien-algérien Daniel Mebarek raconte une autre histoire olympique, celle des ouvrier·ères des chantiers des sites de compétitions.

Dans le cadre de la commande Récit(s) des Jeux du département de la Seine-Saint-Denis, le photographe bolivien-algérien Daniel Mebarek s’associe à l’autrice Chloé Vivarès pour une aventure visuelle et textuelle au cœur du chantier olympique Prisme à Bobigny. Leur objectif ? Révéler les dessous des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. « Le coût social et environnemental des mégas événements sportifs, tels que les Jeux olympiques et la Coupe du Monde, est souvent très élevé. Il y a un nettoyage social, une exploitation d’une main-d’œuvre précaire et racisée ou encore l’ultra-surveillance », explique l’artiste. Paris 2024 ne fait pas exception. Dans la presse, les polémiques se succèdent : expulsion massive des populations jugées « indésirables », emploi de travailleur·ses sans papiers sur les chantiers, pollution de la Seine, usage de drones et algorithmes de surveillance à outrance… « Face à ces réalités, nous avons voulu créer un nouvel imaginaire des JO qui puisse mettre en lumière la main-d’œuvre invisibilisée derrière l’organisation de cet immense événement sportif », confie Daniel Mebarek. Il titre le projet Olympiades populaires en référence à un événement sportif prévu à Barcelone en 1936 en guise de protestation contre Jeux olympiques de Berlin, organisés sous le régime nazi. « Ces « jeux antifascistes » furent annulés à la suite du soulèvement militaire du général Francisco Franco », ajoute-t-il.

Un ouvrier de chantier avec un ballon de football derrière la tête.
© Daniel Mebarek. Olympiades populaires.
Un ouvrier de chantier qui joue au ruban de gymnastique rythmique.
© Daniel Mebarek. Olympiades populaires.
Un ouvrier de chantier qui fait du lancer de javelot.
© Daniel Mebarek. Olympiades populaires.

Co-construire une nouvelle histoire des Jeux

La pratique de Daniel Mebarek se développe sur le terrain, explorant les possibilités que permettent la photographie documentaire et ses limites. Dans cette veine d’appréhender le monde différemment, Olympiades populaires se construit dans le dialogue et dans la collaboration avec les ouvrier·ères. « La notion de dignité humaine est au centre de mon travail, avance le photographe. Plutôt que de chasser des moments, je voulais co-construire des images avec elleux. » La mise en scène s’impose. Gilets de sécurité sur les épaules et casques de protection, les ouvrier·ères se prêtent au jeu, choisissant le sport qu’iels aimeraient pratiquer sur le chantier olympique. Gymnastique rythmique, lancer de javelot, escrime ou football, il y en a pour tous les goûts. En parallèle des images en mouvement de Daniel Mebarek, les textes fictifs de Chloé Vivarès annoncent le genre de médailles que ces sportifs de l’ombre pourraient recevoir : « Maillot distinctif pour le meilleur marcel blanc ou lauriers du réveil matinal », évoque-t-il. « Il en ressort une articulation intéressante entre les images, qui présentent les ouvriers comme des athlètes olympiques, et les textes, qui décrivent les différents rites et métiers du chantier comme des disciplines sportives » conclut l’artiste.

Un ouvrier de chantier jouant au football.
© Daniel Mebarek. Olympiades populaires.
Portrait d'un ouvrier de chantier en noir et blanc.
© Daniel Mebarek. Olympiades populaires.
Des bottes de chantier.
© Daniel Mebarek. Olympiades populaires.
Ouvrier de chantier qui joue au golf.
© Daniel Mebarek. Olympiades populaires.
À lire aussi
La sélection Instagram #464 : à vos marques, prêt·e, partez !
© Scott Boldt Lotz / Instagram
La sélection Instagram #464 : à vos marques, prêt·e, partez !
Le compte à rebours est lancé. Dans trois jours, les Jeux olympiques de Paris 2024 s’ouvriront sur la Seine. Pour marquer cet événement…
23 juillet 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Enzo Lefort : un regard qui fait mouche
© Enzo Lefort
Enzo Lefort : un regard qui fait mouche
Enzo Lefort, le plus titré des escrimeurs français, est l’un des plus sûrs espoirs de médaille aux prochains Jeux olympiques. Dans…
23 mai 2024   •  
Écrit par Eric Karsenty
Stéphane Duroy : face à l’adversité
© Stéphane Duroy / Vu
Stéphane Duroy : face à l’adversité
De l’Europe aux États-Unis, le photographe français Stéphane Duroy, membre de l’agence Vu, a témoigné pendant plus de 40 ans des…
17 juillet 2024   •  
Écrit par Agathe Kalfas
Explorez
Flore Prebay : Ce qui s'efface, ce qui demeure
© Flore Prebay
Flore Prebay : Ce qui s’efface, ce qui demeure
Avec Deuil Blanc, Flore Prébay réalise une réponse plastique et poétique à la disparition progressive de sa mère, atteinte de la maladie...
22 janvier 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
Oleñka Carrasco et La Chica remportent le prix Swiss Life à 4 mains 2026
© Marie Docher
Oleñka Carrasco et La Chica remportent le prix Swiss Life à 4 mains 2026
Ce lundi 19 janvier, le jury du prix Swiss Life à 4 mains, qui associe photographie et musique, s’est réuni pour élire le duo lauréat de...
21 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
00/00/0000 - 00:00, de la série (Ni) Non © Ninon Boissaye
Les coups de cœur #573 : Ninon Boissaye et Guillaume Millet
Ninon Boissaye et Guillaume Millet, nos coups de cœur de la semaine, s’intéressent à des sujets engagés et à des moments de flottement....
19 janvier 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Jo Ratcliffe et Martin Parr : quand paysages et société se reflètent
© Martin Parr
Jo Ratcliffe et Martin Parr : quand paysages et société se reflètent
Au Jeu de Paume, du 30 janvier au 24 mai 2026, deux expositions majeures de photographie interrogent la manière dont l’image rend compte...
17 janvier 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Falaise, Géorgie et clubbing : nos coups de cœur photo de janvier 2026
© Lucie Bascoul
Falaise, Géorgie et clubbing : nos coups de cœur photo de janvier 2026
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La sélection Instagram #543 : tous·tes en scène
© Lara Chochon / Instagram
La sélection Instagram #543 : tous·tes en scène
Cette semaine, les artistes de notre sélection Instagram s’inspirent de l’aspect cinégénique du quotidien pour créer leurs images. Tour à...
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Les coups de cœur #574 : Eliot Manoncourt et Joan Tiff
© Eliot Manoncourt
Les coups de cœur #574 : Eliot Manoncourt et Joan Tiff
Eliot Manoncourt et Joan Tiff, nos coups de cœur de la semaine, ont une approche personnelle de la photographie. Le premier transforme la...
26 janvier 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les images de la semaine du 19 janvier 2026 : réparer
Multivers, de la série Deuil blanc © Flore Prébay
Les images de la semaine du 19 janvier 2026 : réparer
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, la photographie se fait remède au chagrin ou à un passé douloureux. Elle crée des ponts, engage...
25 janvier 2026   •  
Écrit par Ana Corderot