« Les collines au-delà »

26 août 2015   •  
Écrit par Fisheye Magazine
"Les collines au-delà"
Aaron Canipe vit en Caroline du Nord, aux États-Unis. En avril dernier, il termine sa série “Plateau”, peu de temps après bouclé sa thèse. Inspiré par la littérature américaine et la musique, “Plateau” est un témoignage empreint de nostalgie où filtre une douce et délicate noirceur, à peine perceptible. Par Marie Moglia.

Fisheye: Bonjour Aaron. Qui es-tu ?

Aaron Canipe

: Je suis un photographe, un enseignant, un timide angoissé et un observateur à l’écoute.

Qu’as-tu cherché à exprimer en réalisant ta série Plateau ?

Je crois qu’à un moment, j’ai voulu exprimer un sentiment particulier… Peu importe maintenant que la curiosité que j’ai eu soit perdue. Ce qui me pousse à regarder et photographier l’endroit où je vis, c’est la possibilité de raconter pleins d’histoires et de montrer autant de vies que possible. À la base, cette série est l’exploration d’une certaine région du monde qui, dans sa spécificité, peut malgré tout parler à tout le monde. Pour finir, Plateau parle de l’innocence perdue, la consolation dans le travail et le jeu, le tout enrobé dans une sorte d’humour sec à travers un espace cosmologique inversé.

Pourquoi l’avoir baptisée Plateau ? C’est une référence au morceau des Meat Puppets (1984)?

Le terme “plateau” est un clin d’œil. Un plateau est une caractéristique topographique de la région du Piémont et des contreforts de la Caroline du Nord, où je photographie la plupart du temps. C’est un mot qui évoque aussi une période de stagnation ou de recul. D’un point de vue plus personnel, il y a une communauté baptisée “Plateau” près de chez moi. C’est aussi le nom d’une route que j’empruntais pour aller à l’école. Le fait que ce soit le titre d’une chanson d’un de me groupes préférés, c’est un bonus. Je voulais reproduire le rythme cyclique de ce morceau dans une séquence photographique.

 

Comment as-tu pensé et travaillé cette série ?

J’ai démarré “Plateau” en voyageant à travers la Caroline du Nord et en photographiant simplement tout ce qui suscitait mon intérêt. Le moment où j’ai commencé à me restreindre dans mes prises de vue, à plus réfléchir, fut le moment où je suis devenu davantage conscient de la démarche dans laquelle je me lançais. La fin de ma thèse m’a permis de me fixer une limite. J’ai achevé cette série en avril dernier. J’ai imprimé des petits tirages au format 5×7. Je les ai disposé sur la table comme un jeu de cartes. C’est à ce moment que l’édition a été cruciale. Je ne suis pas encore sur que le résultat corresponde à ce que je voulais dire, ni que ce soit sous cette forme qu’il fallait le dire.

Si tu devais décrire Plateau en trois mots ?

Les collines au-delà.

Quelle est ta photo préférée ? Pourquoi ?

Je suis attiré par les peintures murales, les objets vernaculaires faits à la main. Mon image favorite a toujours été ce cliché d’une fresque murale peinte sur le côté d’un immeuble de Southern Pine, en Caroline du Nord. Comme mes images, le paysage peint ici est l’idée que ce fait quelqu’un de l’endroit où il vit: quelques maisons, très peu de végétation, les collines… Sur ce mur, il y a six petits pins qui m’ont toujours fasciné; ils apportent un équilibre au paysage.

Photo extraite de la série "Plateau" / © Aaron Canipe
Photo extraite de la série “Plateau” / © Aaron Canipe

 Quelles ont été tes influences pour ce travail ?

Il y en a plusieurs. La littérature de la Caroline du Nord, particulièrement Thomas Wolfe et aussi Flannery O’Connor, de Géorgie. Mes influences photographiques sont ancrées dans le travail de Robert Adams, l’approche distanciée et assez cool de Walker Evans. Enfin je dirais qu’une de mes influences principales, c’est le gospel et ce morceau chrétien qui parle du rejet, This World is not my home (traduction: “ce monde n’est pas ma maison”).

 Il y a une certaine nostalgie qui ressort de cette série. Tu es d’accord ?

Elle est imprégnée de nostalgie et c’est aussi une vision romancée d’un univers que j’aime. Je ne sais pas trop quoi faire de cette nostalgie, ni ce qu’il en deviendra. Je veux laisser un peu d’espace à l’obscurité, la laisser filtrer subtilement. Ma façon de penser et de photographier sont bien teintées de nostalgie, mais je ne dirais pas que c’est prédominant dans Plateau. Il y a une douceur qui en émane et qui, je pense, est vitale.

Pourquoi la photographie fait-elle partie de ta vie ? Pourquoi avoir choisi cette forme d’art pour t’exprimer ?

La photographie fait partie de ma vie parce qu’elle m’aide à réfléchir plus en profondeur sur moi aussi bien que sur les autres. Elle me pousse à être engagé et curieux. Elle me permet d’être dans ce monde, dehors, mais tout en préservant celui qui est en moi. C’est aussi ce qui me pousse à regarder la lumière, à méditer et à regarder des choses que je ne voyais pas avant. Parfois cela vient en écrivant, d’autre fois en regardant à travers l’objectif. La magie se trouve dans ces moments ineffables et insondables de la vie de tous les jours, qui se trouvent juste en bas de la route par laquelle vous passez. Ce sont ces moments là que je recherche constamment.

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Propos recueillis par Marie Moglia

En (sa)voir plus

→ Rendez-vous sur le site d’Aaron: www.aaroncanipe.com

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