Les coups de cœur #335

05 avril 2021   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Les coups de cœur #335

C’est le voyage qui lie Leyna Amly et William Keo, nos coups de cœur #335. L’une porte un regard féminin sur son pays natal, et le second capture l’émergence de la haine dans des territoires en tension.

Leyna Amly

« Je me suis tournée vers la photographie quand j’avais 13 ans environ, avec un boîtier qui ressemblait plus à un jouet qu’autre chose. Je l’avais acheté au marché noir de Casablanca. J’étais, à l’époque, obnubilée par les photos de famille et je passais mon temps à regarder les albums soigneusement organisés par ma mère. J’aimais ces bouts de papier qui racontaient notre histoire, qui témoignaient de moments que j’oubliais. La photographie est ma madeleine de Proust »,

confie Leyna Amly. C’est au cours de voyages que l’artiste franco-marocaine de 26 ans exerce son œil et découvre le monde de l’image. France, Chili, Espagne, Brésil… Son retour au Maroc, suite à la crise sanitaire, lui permet finalement de réaliser « des projets audiovisuels en terre connue ». Fascinée par la vie urbaine comme le monde rural, la photographe s’attache à faire resurgir la beauté là où on ne la perçoit plus. Qualifiant sa pratique de « poétique et vernaculaire », elle flâne, et fige des traces, des connexions qui provoquent l’émotion. Une manière de représenter, avec originalité, son pays natal. « Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus d’artistes qui proposent une autre vision que celle d’un Maroc soumis au prisme du tourisme et de l’orientalisme. J’en suis très admirative et fière. Mais cela reste un monde majoritairement masculin. Je développe pour ma part un “moroccan female gaze” qui entend évoquer ma posture au sein de cette société », précise-t-elle.

© Leyna Amly

© Leyna Amly© Leyna Amly
© Leyna Amly© Leyna Amly

© Leyna Amly

© Leyna Amly

William Keo

William Keo, photographe franco-cambodgien de 24 ans, développe une œuvre ancrée dans l’actualité, centrée autour d’une thématique particulière : « l’émergence des haines intercommunautaires ». « Tous mes projets ont des racines historiques, que ce soit l’islamophobie datant de l’Empire des Indes, les conséquences des accords Sykes-Picot ou encore l’éclatement de l’URSS », précise-t-il. Influencé par le reportage, l’auteur aime « aller à contretemps de l’actualité, pour sortir de la traditionnelle photo de conflit ». Dans les zones en tension, il cherche, loin de la violence et de l’action, à informer tout en surprenant. Une volonté que l’on retrouve dans Northeast Syria : no friends but the mountains. « J’ai longtemps travaillé sur les conséquences de la guerre civile syrienne sans jamais y aller. En octobre 2019, les troupes américaines se sont retirées du pays, ce qui a provoqué une escalade de violences. La Turquie en a profité pour lancer une large offensive dans le nord du pays, et Daesh a saisit l’occasion pour renaître de ses cendres. C’est à ce moment-là que je m’y suis rendu », confie-t-il. Sur place, il capture ce qu’il perçoit comme « une guerre lente ». Soigneusement composés, ses clichés évoquent cet enlisement, ce calme trompeur. Dans ce paysage désertique, la lutte, sous-jacente, devient une protagoniste invisible, mais non moins menaçante.

© William Keo

© William Keo

© William Keo

© William Keo© William Keo

© William Keo

© William Keo

Image d’ouverture : © Leyna Amly

Explorez
La sélection Instagram #555 : manifestons !
© satch3l__ / Instagram
La sélection Instagram #555 : manifestons !
Ce jeudi 1er mai, manifestants et manifestantes élevaient leur voix pour revendiquer leurs droits en cette fête des travailleur·euses....
05 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
Shine Heroes, 2018 © Federico Estol
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous poussent à prendre du recul face à nos certitudes et à interroger ce que l’on...
03 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Kyotographie 2026 : les contours du monde
© Daido Moriyama Photo Foundation
Kyotographie 2026 : les contours du monde
Jusqu’au 17 mai 2026, Kyotographie investit la capitale culturelle du Japon pour sa 14e édition. Comme à l’accoutumée, le festival invite...
27 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Tchernobyl : l'archive sensible de Maxim Dondyuk
© Maxim Dondkyuk
Tchernobyl : l’archive sensible de Maxim Dondyuk
Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, le photographe ukrainien Maxim Dondyuk redonne vie à des photos abandonnées dans la...
26 avril 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
Missingu, œuvre évolutive. 50 à 450 tirages 25 × 20 cm sur papier washi kozo 1 g. Structures suspendues, exposition NÉO-ANALOG. © Laurent Lafolie
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
C’est l’heure du récap ! Alors que les pellicules de nos smartphones se remplissent chaque jour d’innombrables images, les artistes de la...
Il y a 7 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Strange Place for Sunrise #04 © Dana Cojbuc
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Le parcours Art et Patrimoine en Perche revient pour une 7e édition. Jusqu’au 14 juin 2026, quinze lieux d’exception présentent des...
08 mai 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Laurent Lafolie : la matière et le désir
BLANK, œuvres uniques. 15 images 180 × 225 cm, gravure laser sur carton gris recyclé. © Laurent Lafolie
Laurent Lafolie : la matière et le désir
Artiste auteur, maître tireur et enseignant, Laurent Lafolie explore les limites de la matérialité photographique. Dans son atelier, il...
07 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
La sélection Instagram #555 : manifestons !
© satch3l__ / Instagram
La sélection Instagram #555 : manifestons !
Ce jeudi 1er mai, manifestants et manifestantes élevaient leur voix pour revendiquer leurs droits en cette fête des travailleur·euses....
05 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin