Les coups de cœur #378

28 février 2022   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Les coups de cœur #378

En France et en Égypte, Louise Servan et Eslam Abd El Salam, nos coups de cœur #378, puisent leur inspiration dans leur intimité, leur quotidien. Tous deux révèlent, avec sensibilité, la poésie de leur environnement.

Louise Servan

« Enfant, je restais souvent assise sur le canapé à dessiner, bercée par les discussions de mes parents, tous deux scientifiques. À l’époque, je capturais l’image à l’aide d’un crayon. Ce n’est peut-être pas un hasard que la lenteur du croquis m’ait emmené à celle du procédé argentique… »,

se souvient Louise Servan. Nourrie par ses études de graphisme, la photographe de 25 ans développe aujourd’hui une pratique à la croisée de l’artistique et du documentaire. « Les thèmes que j’aime aborder ? La famille, la femme, l’absence, l’adolescence, le temps qui passe, la relation entre l’homme et son environnement, le désir, le quotidien, le corps », énumère-t-elle. Colorées par des tons pâles, ses images capturent des instants paisibles, des fragments d’un monde ordinaire, où les âmes se croisent et les existences se déploient. « Mon travail est le reflet des discussions que j’ai pu avoir avec les personnes que j’ai rencontrées. Mes images mêlent paysages oubliés et portraits familiers et interrogent avec douceur notre rapport à l’autre. Je fais partie de la génération #MeToo, tiraillée entre l’espoir d’un futur meilleur et la peur que les schémas du passé ne soient trop difficiles à déconstruire », confie-t-elle. Une angoisse que l’autrice cherche à gommer grâce à ses projets. Car, bercés par la délicatesse de son univers, on se prend à oublier nos craintes un instant.

© Louise Servan© Louise Servan
© Louise Servan© Louise Servan
© Louise Servan© Louise Servan

© Louise Servan

Eslam Abd El Salam

Installé au Caire, Eslam Abd El Salam explore, à travers l’image, les histoires entremêlées des lieux qu’il traverse et fréquente. Imaginant sa pratique comme un dialogue entre lui-même et son sujet, il se laisse guider par ses propres écrits, par les mots qui se forment dans son esprit et prend le temps de les matérialiser avant d’appuyer sur le déclencheur. « Je ne me définis pas comme un photographe. J’ai l’impression que cela me distance du médium, et le place au rang de simple outil. Non, la photographie est plus importante que cela : c’est une amie proche, dont la voix fait partie de moi depuis longtemps », confie-t-il. Au cœur de ses clichés ? « Le temps, le déroulement des choses et la manière dont nous y répondons me fascinent. La mémoire, également, celle des lieux, des terres, des corps… Ma connexion à Dieu est, enfin, un pilier de ma pratique. À travers la photographie, je cherche à me comprendre, à capter l’intimité autour de moi, les visages nouveaux comme familiers et le monde dont je fais partie », précise-t-il. Comme un poème désarticulé, dont les vers se dispersent pour mieux servir le récit, les images d’Eslam Abd El Salam évoquent un univers en constante métamorphose, nourri par les fusions comme les explorations.

© Eslam Abd El Salam© Eslam Abd El Salam

© Eslam Abd El Salam

© Eslam Abd El Salam© Eslam Abd El Salam

© Eslam Abd El Salam

© Eslam Abd El Salam

Image d’ouverture : © Louise Servan

Explorez
Jérôme Clément-Wilz et la caméra comme preuve
Visuels du film Ceci est mon corps. © Jérôme Clément-Wilz
Jérôme Clément-Wilz et la caméra comme preuve
Documentariste du regard situé, Jérôme Clément-Wilz filme depuis des années ce que la société préfère exotiser, ostraciser, taire ou...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
© Bertien van Manen, Works "Ljalja, Odessa", 1991 Série / From the series : Let's sit down before we go / Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
Dans le cadre du Grand Arles Express, le Centre de la photographie de Mougins consacre une dense exposition à Bertien van Manen. Une...
23 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La Martinique (re)générée de Jordan Beal
© Jordan Beal
La Martinique (re)générée de Jordan Beal
Avec Linéaments, Jordan Beal dévoile une Martinique générée par l'IA. Travaillant à partir d'images existantes, il explore un territoire...
19 juillet 2026   •  
Écrit par Anaïs Viand
La nuit américaine racontée par Laila Hida
Sange Khara, 2025 © Laila Hida
La nuit américaine racontée par Laila Hida
"Comment renouveler les imaginaires stéréotypés par l’art, l’histoire et le cinéma ?" C’est à cette question que Laila Hida tente de...
18 juillet 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Jérôme Clément-Wilz et la caméra comme preuve
Visuels du film Ceci est mon corps. © Jérôme Clément-Wilz
Jérôme Clément-Wilz et la caméra comme preuve
Documentariste du regard situé, Jérôme Clément-Wilz filme depuis des années ce que la société préfère exotiser, ostraciser, taire ou...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Ana Corderot
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
© Bertien van Manen, Works "Ljalja, Odessa", 1991 Série / From the series : Let's sit down before we go / Courtesy of Stichting Bertien van Manen.
Bertien van Manen : étendre les contours de la société
Dans le cadre du Grand Arles Express, le Centre de la photographie de Mougins consacre une dense exposition à Bertien van Manen. Une...
23 juillet 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
©Ryan-McGinley-Dakota-Hair
Fragile beauté, une exposition à la sensibilité débordante 
Jusqu'au 27 septembre, le Jeu de Paume ouvre ses portes à la collection de Sir Elton John et David Furnish. L'exposition, intitulée...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
La sélection Instagram #561 : frissons dans tout le corps 
Cette semaine les photographes capturent à travers leur objectif le sport sous toutes ses formes. Les frissons parcourent les corps, une...
21 juillet 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA