Les fantasmes programmatiques de Mishka Henner

05 octobre 2023   •  
Écrit par Ana Corderot
Les fantasmes programmatiques de Mishka Henner
Image descendante © Mishka Henner
Images parentes © Mishka Henner
Image descendante © Mishka Henner

Objets et architectures non identifiables, créatures étranges ou fleurs bizarres. Que regardons-nous exactement ? Des ovnis visuels nous captivant par leur aspect rebutant. Pour leur créateur, Mishka Henner, ces images interpellent davantage puisqu’elles nous dévoilent « d’autres formes de vie dans l’univers », des apparitions insoupçonnées, errant dans le néant, juste derrière nos écrans. Chez l’artiste, père et « explorateur d’internet », l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) remonte à une dizaine d’années, avec Photoshop d’abord, puis, en 2019, à travers la découverte des réseaux adversaires génératifs – dits GAN. S’amorce alors une démarche artistique expérimentale où l’IA – en tant que machine aux possibilités plurielles et outil auquel nous ne pouvons nous soustraire – lui donne accès à un monde jusqu’alors inconnu. Animé par la volonté d’évoquer notre consommation abusive d’images, mais aussi la capacité des GAN à collecter ces dernières, il crée The Fertile Image sur la plateforme Artbreeder – un site web d’art collaboratif basé sur l’apprentissage automatique. Une série d’images « descendantes » est générée par l’IA à partir de deux images « parentes », elles-mêmes produites par l’IA.

Le résultat ? « Des créations mêlant de manière troublante les visions des surréalistes du 20e siècle aux fantasmes et aux méthodes des programmeurs informatiques du 21e siècle. » À la manière d’un arbre généalogique, les liens et les distorsions se dessinent entre chaque duo de parents (#1, #2, #3, #4, #5, #6 et #7) et leurs 300 descendants respectifs. À mesure que les dysmorphies se répandent dans les créations, notre compréhension s’étiole et nos modes de références avec. « Pour moi, ces GAN représentent quelque chose qui ne peut exister qu’à l’ère des ordinateurs, des images en réseau et de la photographie. Ils sont un réel produit de notre époque et, en ce sens, il était vital de travailler avec eux. Ils disent quelque chose sur la façon dont les images se sont emparées de notre monde, mais aussi sur l’indépendance de celles-ci par rapport à nous », explique-t-il. Conscient des risques et limites de l’IA, Mishka Henner souligne la nécessité pour les artistes visuels de se réinventer, et l’urgence de construire des pensées originales. Car même si ses œuvres semblent se répéter de manière incessante, toutes comportent d’infinies possibilités de changement. Mais seulement si Mishka Henner les programme.

Image descendante © Mishka Henner
Image parente © Mishka Henner
Image parente © Mishka Henner
Images descendantes © Mishka Henner

Image parente © Mishka Henner
Image parente © Mishka Henner
Images descendantes © Mishka Henner
Image parente © Mishka Henner
Image parente © Mishka Henner
Images descendantes © Mishka Henner
À lire aussi
Intelligence artificielle : ces séries qui sèment le trouble
© Noah Pharrell
Intelligence artificielle : ces séries qui sèment le trouble
Perçue comme un simple outil destiné à aider et pousser la créativité des photographes ou comme un véritable danger pour la profession…
29 septembre 2023   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Les Jocondes artificielles
Les Jocondes artificielles
Maxime Matthys, artiste belge de 25 ans, est fasciné par les nouvelles technologies et l’importance qu’elles prennent dans notre…
11 février 2021   •  
Écrit par Anaïs Viand
Explorez
Laurent Lafolie : la matière et le désir
BLANK, œuvres uniques. 15 images 180 × 225 cm, gravure laser sur carton gris recyclé. © Laurent Lafolie
Laurent Lafolie : la matière et le désir
Artiste auteur, maître tireur et enseignant, Laurent Lafolie explore les limites de la matérialité photographique. Dans son atelier, il...
07 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
© Robert Charles Mann, courtesy Galerie Capazza
Robert Charles Mann : l’odyssée d’un maître de la lumière et du son
Le Domaine national de Chambord nous invite, jusqu’au 21 juin 2026, à une plongée dans l’univers de Robert Charles Mann. SOLARIS est bien...
04 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche
Collages, expérimentations et expositions : nos coups de cœur photo d’avril 2026
© Lore Van Houte
Collages, expérimentations et expositions : nos coups de cœur photo d’avril 2026
Expositions, immersion dans une série, anecdotes, vidéos… Chaque mois, la rédaction de Fisheye revient sur les actualités photo qui l’ont...
29 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
La sélection Instagram #554 : jardin d'été, jardin de fées
© alchemytintypestudio / Instagram
La sélection Instagram #554 : jardin d’été, jardin de fées
Alors que les rayons du soleil frappent dans l’après-midi, il est temps pour le promeneur de se reposer au pied d’un arbre. Peu à peu...
28 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Cat Island Blues : Katherine Longly grave la mémoire d'Aoshima
Cat Island Blue © Katherine Longly
Cat Island Blues : Katherine Longly grave la mémoire d’Aoshima
Sur l’île japonaise d’Aoshima, rendue célèbre par ses centaines de chats, il ne reste aujourd’hui que trois habitant·es et une poignée de...
17 mai 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos coups de cœur de Photo London 2026 !
© Han Yang, courtesy of Han Yang and Bright Gallery
Nos coups de cœur de Photo London 2026 !
Jusqu’au 17 mai, Photo London investit pour la première fois le mythique Olympia de Londres, dans le quartier de Kensington. Entre...
16 mai 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
La sélection Instagram #556 : arrêter le temps
© tarasperevarukha / Instagram
La sélection Instagram #556 : arrêter le temps
Sous ces journées pluvieuses qui enveloppent les ponts de mai, l’heure est au souvenir. Entre la contemplation de nos albums photo de...
15 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
Missingu, œuvre évolutive. 50 à 450 tirages 25 × 20 cm sur papier washi kozo 1 g. Structures suspendues, exposition NÉO-ANALOG. © Laurent Lafolie
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
C’est l’heure du récap ! Alors que les pellicules de nos smartphones se remplissent chaque jour d’innombrables images, les artistes de la...
13 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin