L’extraordinaire de l’ordinaire, selon Sari Soininen

17 août 2023   •  
Écrit par Finley Cutts
L’extraordinaire de l’ordinaire, selon Sari Soininen
© Sari Soininen
© Sari Soininen
© Sari Soininen

Nous partagions Transcendent Country of the Mind et les visions hallucinées de Sari Soininen pour la première fois dans Fisheye n°51, en 2022. « Quand j’ai découvert les mises en page de mon travail, j’ai perçu une force de certaines images que j’ignorais », rapporte-t-elle. Les images de la photographe finlandaise paraissent alors dans de nombreuses revues et sont également publiées la même année par The Eriskay Connection dans un ouvrage qui donne une nouvelle dimension à son travail. Un succès qui déclenche aussi une prise de conscience : celle d’être reconnue en tant qu’artiste. Sari Soininen présentera son travail dans une grande exposition (700 m2) au Lahti Museum of Visual Arts Malva, en Finlande, de novembre 2023 à mars 2024. Son second ouvrage, The Black Cat Kingdom, sera publié cet été par Besides Press.

Au coeur de la nuit, des éclats de lumière révèlent le décor. Arbres, feuillages, lampadaires et surtout de la brume. Un sentiment trouble apparaît aux dernières heures du jour avant de disparaître au lever du soleil. Cet univers, c’est celui qu’illustre Sari Soininen dans sa série Shallow Waters, Misty Waves. Dans la même veine que les visions psychédéliques de son travail précédent, ses nouvelles compositions illustrent une représentation particulière du monde. « Ce projet, c’est ma recherche de l’extraordinaire dans l’ordinaire à travers des réflexions philosophiques, religieuses, et d’un certain mysticisme de la nature. Je cherche à comprendre ce qui “est”. C’est le mystère de l’être », explique la photographe finlandaise. Dans ses images ultracolorées, flashées dans la nuit, la nature se dévoile impénétrable. Déroutantes, ses mises en scène nous plongent dans un univers et nous maintiennent, paradoxalement, à distance. Elles produisent de l’incertitude. Une confusion assumée destinée à traduire son mal-être du monde, sa difficulté à saisir le sens des choses, sa quête métaphysique.

« Ce projet est mon exploration d’un mode d’existence plus significatif. Aujourd’hui, nous sommes tellement attachés à la technologie que nous ne sommes plus aussi attentifs à ce qui nous entoure. Si nous prêtons attention aux petites choses de tous les jours, si nous les regardons un peu plus longuement, nous pouvons découvrir qu’il y a une vie entière derrière toutes ces choses. Tout ce qui nous entoure raconte l’histoire de quelque chose d’invisible, de quelque chose que nous avons oublié », explique Sari Soininen. En multipliant les natures mortes et les paysages, la photographe isole des éléments du monde dans des compositions resserrées. On découvre alors des objets du quotidien sous une lumière nouvelle. Ces feuilles, ces câbles, ces aliments prennent une autre dimension. Shallow Waters, Misty Waves est un manifeste destiné à renouveler notre regard sur la nature. Un regard plus profond, plus sincère, qui nous liera davantage au monde et nous dévoilera le sens de nos réalités.

« J’ai l’impression d’être devenue trop dépendante de mon téléphone, des réseaux sociaux, de l’actualité… Je pense qu’ils m’ont éloigné de l’excitation que j’avais du monde qui m’entoure », raconte la photographe. Nos quotidiens défilent au travers d’écrans qui font écran. Nos sens saturent et perdent leurs repères. Dans cette réalité la recherche métaphysique peut servir d’ancrage à nos existences. La photographie devient ainsi un outil d’émancipation pour lutter contre cette aliénation. « Une fois de plus, la photographie me sert de thérapie : elle m’aide à retrouver le lien que j’avais perdu avec la nature et à donner plus de sens à ma vie », conclut l’artiste. L’incertitude qui caractérise Shallow Waters, Misty Waves exprime l’impossibilité du médium photographique à représenter l’ineffable et, dans le même temps, elles parviennent étrangement à apaiser nos inquiétudes.

© Sari Soininen

© Sari Soininen

© Sari Soininen
© Sari Soininen

© Sari Soininen

© Sari Soininen
© Sari Soininen
À retrouver dans
Fisheye Magazine #60 10 ans
Fisheye Magazine #60 10 ans
« Nous y voilà. 10 ans. 60 numéros. 9 000 pages – sans compter les hors-séries et les livres. Plus…
Juillet 2023
Explorez
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
© Boby
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
Depuis les quatre coins de la planète, Boby a capturé des souvenirs instantanés à l’aide de deux boîtiers instax™ de la série Evo : le...
12 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
© Alban Lécuyer
Les coups de coeur #585 : Alban Lécuyer et Leila Basma
Nos coups de cœur de la semaine, Alban Lécuyer et Leila Basma, photographient les paysages et les différentes manières de l’habiter....
08 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
Youssef Nabil (1972) Say Goodbye, self-portrait Alexandria, 2009 Tirage argentique coloré à la main, tiré en 2013, 50 x 75 cm Collection Pinault © Youssef Nabil.
Les images de la semaine du 1er juin 2026 : du rêve à la réalité
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous font basculer du réel au monde des songes. Face à la réalité, le rêve apparaît...
07 juin 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Youssef Nabil : dans les rêves, notre réalité
Youssef Nabil (1972) The Dream, self-portrait, 2021 Tirage argentique coloré à la main, 50 x 75 cm Collection particulière © Youssef Nabil.
Youssef Nabil : dans les rêves, notre réalité
Jusqu’au 13 septembre 2026, le musée d’Orsay présente Youssef Nabil. De rêver encore. Une exposition qui déploie l’œuvre polymorphe de...
04 juin 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
© Clara Watt
Les images de la semaine du 8 juin 2026 : quand l’image remplace les mots
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images éveillent des réflexions profondes là où les mots font parfois défaut. En se...
Il y a 8 heures   •  
Écrit par Esther Baudoin
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
© Anna Leonte Loron
Anna Leonte Loron réinvente les représentations des femmes à table
Avec Les Femmes ont faim, la photographe Anna Leonte Loron explore les liens entre plaisir, alimentation et représentations féminines....
13 juin 2026   •  
Écrit par Costanza Spina
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Gaza City - Al-Tuffah Neighborhood © Khames Alrefi
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Le photojournaliste Khames Alrefi reflète la destruction de Gaza à travers son projet Civilians: The First Victims. Ses images montrent...
12 juin 2026   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
© Boby
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
Depuis les quatre coins de la planète, Boby a capturé des souvenirs instantanés à l’aide de deux boîtiers instax™ de la série Evo : le...
12 juin 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas