Luigi Ghirri, un voyage avec les yeux

Luigi Ghirri, un voyage avec les yeux

Le Jeu de paume accueille jusqu’au 2 juin 2019 Cartes et Territoires, la première rétrospective de l’œuvre de Luigi Ghirri présentée à Paris. Un panorama coloré qui joue avec les frontières de l’image.

L’Italien Luigi Ghirri (1943-1992) se lance dans la photographie au début des années 1970, à l’âge de 27 ans, après avoir été géomètre et cartographe pendant dix ans. Ses premiers pas dans la photographie coïncident avec le boom de la photographie en couleur répandue par Kodak. À l’époque, les photographes auteurs se concentraient sur le noir et blanc, et la photographie couleur était réservée aux domaines du commercial, de la publicité et aux amateurs. « Mes photographies sont en couleur parce que le monde réel n’est pas en noir et blanc », argumentait le photographe-géomètre. Luigi Ghirri a réalisé ses photographies à l’époque où Andy Warhol révolutionnait la culture pop avec ses créations à la frontière entre l’art et la publicité. Loin des jugements esthétiques, il a rejoint et s’est approprié ce mouvement de démocratisation du 8ᵉ art. Il arpentait les rues, places et faubourgs de Modène avec son boîtier. Ses prises de vue se caractérisent par des lignes simples mais puissantes, de jeux avec les échelles et les perspectives, de superpositions d’images. Luigi Ghirri compose une cartographie visuelle de sa ville tout en interrogeant la nature du médium photographique et de notre rapport aux images. En photographiant des affiches, il crée des mises en abîme, et s’attarde sur la façon dont celles-ci s’insèrent dans les villes et les paysages. Ses photographies vernaculaires engagent ainsi une réflexion autour des limites de la photographie. Son jeu visuel invite à dépasser les frontières de l’image.

Voyager avec le regard

L’exposition, qui présente quatorze séries thématiques parmi lesquelles les façades de banlieue, les images publicitaires, ou encore des parcs d’attractions, est l’occasion de vivre cette aventure des yeux qu’est la photographie. Pour Luigi Ghirri, « le seul voyage possible se situe dans les signes et dans les images ». Face à un monde saturé d’images, il conçoit un atlas visuel qu’il faut parcourir d’un œil curieux. Ses lignes de fuite et ses jeux de perspective emportent notre regard, qui zigzague à travers ses compositions. Luigi Ghirri confiait le développement de ses pellicules Kodachrome à un laboratoire grand public de sa ville et réalisait des tirages petit format. Au sein du Jeu de paume, ceux-ci sont encadrés par des maries-louises blanches, un espace blanc retient l’attention. Une ballade entre la réalité et l’illusion s’amorce alors, comme une cartographie pour nos yeux. « Je n’ai pas cherché à faire des photographies, mais des cartes, des mappemondes qui soient aussi des photographies », soutenait-il. À travers son œuvre, il transforme la photographie en objet d’art et questionne la pratique. Ses images deviennent ainsi une « grande aventure dans le monde de la pensée et du regard », se prêtant à la reproduction mais aussi à la réinvention du monde visible. Avec ce parcours, Luigi Ghirri efface les frontières entre le réel et sa représentation : « la réalité devient une photographie colossale tandis que le photomontage est déjà là : c’est le monde réel. »

© Succession Luigi Ghirri© Succession Luigi Ghirri
© Succession Luigi Ghirri© Succession Luigi Ghirri
© Succession Luigi Ghirri© Succession Luigi Ghirri
© Succession Luigi Ghirri© Succession Luigi Ghirri
© Succession Luigi Ghirri© Succession Luigi Ghirri
© Succession Luigi Ghirri© Succession Luigi Ghirri
© Succession Luigi Ghirri© Succession Luigi Ghirri
© Succession Luigi Ghirri© Succession Luigi Ghirri
© Succession Luigi Ghirri© Succession Luigi Ghirri

© Succession Luigi Ghirri

Explorez
La sélection Instagram #463 : tout feu tout flamme
© Anass Ouaziz / Instagram
La sélection Instagram #463 : tout feu tout flamme
Le soleil brûle dans notre sélection Instagram de la semaine. Les flammes se déchaînent, les briquets s’allument, et les lueurs rouges...
16 juillet 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Archevêché by Fisheye : un bilan réjouissant
© Claire Jaillard
Archevêché by Fisheye : un bilan réjouissant
Le 6 juillet s’est clôturé la première semaine des Rencontres d’Arles 2024. À la cour de l’Archevêché, lieu historique du...
13 juillet 2024   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Les images de la semaine du 01.07.24 au 07.07.24 : cap sur Arles !
© Joachim Haslinger, Tribute to Egon Schiele, 2022 courtesy www.atelierjungwirth.com
Les images de la semaine du 01.07.24 au 07.07.24 : cap sur Arles !
C’est l’heure du récap‘ ! Cette semaine, Fisheye se plonge dans la 55e édition des Rencontres d'Arles et revient sur quelques-unes de ses...
07 juillet 2024   •  
Écrit par Milena Ill
La vitalité des ama se diffuse dans le langage visuel d'Uraguchi Kusukazu
© Uraguchi Kusukazu. Au large, 1974. Avec l’aimable autorisation d’Uraguchi Nozomu.
La vitalité des ama se diffuse dans le langage visuel d’Uraguchi Kusukazu
Des photographies inédites de la monumentale archive d’Uraguchi Kusukazu prennent vie aux Rencontres d’Arles. Le photographe japonais a...
04 juillet 2024   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Dans l’œil de Juliette-Andréa Élie : éprouver le paysage qui se transforme
© Juliette-Andréa Élie, œuvre réalisée dans le cadre d'une résidence au musée Nicéphore Niépce
Dans l’œil de Juliette-Andréa Élie : éprouver le paysage qui se transforme
Cette semaine, plongée dans l’œil de Juliette-Andréa Élie. Au moyen de diverses techniques, la photographe et plasticienne compose des...
À l'instant   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Les coups de cœur #502 : Dominik Scharf et Rafael Fabrés
© Rafael Fabrés
Les coups de cœur #502 : Dominik Scharf et Rafael Fabrés
Dominik Scharf et Rafael Fabrés, nos coups de cœur de la semaine, enregistrent le monde grâce à leur boîtier. Le premier se considère...
Il y a 5 heures   •  
Les images de la semaine du 15.07.24 au 21.07.24 : le feu des souvenirs
© Pascal Sgro
Les images de la semaine du 15.07.24 au 21.07.24 : le feu des souvenirs
Cette semaine, les photographes de Fisheye s’intéressent aux différents aspects du feu, et ce, de manière littérale comme figurée.
21 juillet 2024   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Voir le temps en couleurs : le laboratoire de l'histoire photographique imaginé par Sam Stourdzé
Yevonde Middleton Vivex, *John Gielgud as Richard II in 'Richard of Bordeaux'*, 1933 by colour print NPG x11658. © National Portrait Gallery, London
Voir le temps en couleurs : le laboratoire de l’histoire photographique imaginé par Sam Stourdzé
Jusqu’au 18 novembre, les 1 200 mètres carrés du deuxième étage du Centre Pompidou-Metz se transforment en une promenade temporelle pour...
20 juillet 2024   •  
Écrit par Marie Baranger