Lumière sur les lauréat·es de la Bourse du Talent 2024

17 juillet 2024   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Lumière sur les lauréat·es de la Bourse du Talent 2024
© Guillaume Holzer
© Karla Hiraldo Voleau

Le 4 juillet 2024, durant la semaine d’inauguration des Rencontres d’Arles, la Bourse du Talent a distingué ses trois lauréat·es 2024. Trois artistes plaçant l’humain et son rapport au territoire au cœur d’une pratique documentaire résolument contemporaine.

Développée par Didier de Faÿs et Picto Foundation, la Bourse du Talent s’impose, depuis 1998, comme un véritable tremplin pour les photographes émergent·es. Une volonté réaffirmée en 2023, grâce à une nouvelle proposition : mettre en avant les nouvelles écritures documentaires. Chaque année, trois bourses sont ainsi décernées à des auteurices croisant photographie, arts plastiques, sciences ou encore littérature pour mieux donner à voir le monde dans lequel nous évoluons. Les projets sélectionnés seront ensuite exposés à la BnF, dans le cadre de l’exposition La Photographie à Tout Prix, du 10 décembre 2024 au 29 mars 2025.

C’est durant la première semaine des Rencontres de la Photographie d’Arles, le 4 juillet dernier, que le jury – notamment composé d’Héloïse Conésa, conservatrice en chef du patrimoine en charge de la collection de photographie contemporaine de la BnF, Kamila K Stanley, lauréate de la Bourse du Talent 2023, Béatrice Taupin, créatrice et directrice du festival Les femmes s’exposent, Séverine Gay Degrendele, commissaire d’exposition d’Impulse Festival et Victor Gassmann, secrétaire général de Picto – a annoncé ses lauréat·es 2024 : Hassan Kurbanbaev, Guillaume Holzer et Karla Hiraldo Voleau.

© Guillaume Holzer
© Hassan Kubanbaev
© Guillaume Holzer

Un portrait complexe de l’Ouzbékistan

Installé à Tachkent, en Ouzbékistan, Hassan Kubanbaev a été témoin de changements politiques de grande ampleur dans son pays d’origine – assouplissement du contrôle des médias, censure levée partiellement, amélioration des conditions de vie des artistes indépendant·es. Une évolution qui inspire sa pratique photographique. Flous artistiques, palette douce, portraits et paysages paisibles… Au cœur de Sans titre (Portrait de l’Ouzbékistan), l’auteur laisse parler son intuition, ébauche des bribes de récits, de réflexions, pour interroger le patrimoine visuel du territoire : qu’est-ce que les archives disent de celui-ci ? Grâce à quelle perspective ? « Comment est-ce que je nous perçois ? Comment capturer notre essence à travers l’objectif ? Et comment est-ce que je veux que nous soyons vu·es ? », s’interroge-t-il. Un travail à la splendeur contemplative, interrogeant le mythe ouzbek, tout comme la relation entre le pouvoir et le 8e art.

Le nomadisme pour inspiration

Orientant son travail autour de communautés tribales – les Premières Nations en Colombie-Britannique, les Rapa Nui sur l’île de Pâques – Guillaume Holzer s’est d’abord tourné vers la photographie pour documenter le travail de son ONG, consacrée à la conservation des récifs coralliens. Autodidacte, il fait de ses récits visuels des témoignages poétiques de notre relation à la nature. Dans Territoire Nomade, l’auteur met en avant le lien unissant mer, hommes et femmes dans l’archipel de Komodo. Noirs et blancs texturés, eaux scintillantes, corps diffus, s’estompant dans les décors qui les portent habillent sa série, comme une manière de faire l’éloge du nomadisme, et de la liberté physique et intellectuelle qu’il symbolise. Loin de toute notion de fixité, son sujet – tout comme l’écriture visuelle qu’il adopte – s’oppose à l’enracinement, convoquant à la place une fluidité bienvenue, féconde pour la créativité.

© Hassan Kubanbaev
portrait et autoportrait
© Karla Hiraldo Voleau
À lire aussi
La photographie à tout prix : le monde contemporain passé au crible
La photographie à tout prix : le monde contemporain passé au crible
La Bibliothèque nationale de France accueille une exposition des lauréat·e·s des nombreux prix photographiques qu’elle soutient. Du Prix…
23 décembre 2022   •  
Écrit par Costanza Spina
« Declaring Independence », Kamila K Stanley panse les blessures européennes
« Declaring Independence », Kamila K Stanley panse les blessures européennes
Au lendemain du Brexit, Kamila K Stanley, photographe britannique d’origine polonaise installée en France, voit sa vision de l’Europe…
06 septembre 2022   •  
Écrit par Lou Tsatsas

Des lois révoltantes

« Alors que les lois telles que Roe v. Wade on fait les gros titres aux États-Unis, la récente mise à jour du code pénal en République dominicaine relance le débat : les tres causales n’y sont toujours pas incluses. Ces conditions fondamentales (inceste, viol, vie de la mère en danger, fœtus non viable) justifient généralement un avortement dans la plupart des pays, mais en République dominicaine, le débat est extrêmement polarisé, éclipsé par un christianisme misogyne et un patriarcat bien ancré », déclare Karla Hiraldo Voleau. Dans Doble Moral, l’artiste mêle image, écriture et performance pour donner la parole aux femmes dominicaines, à travers leurs récits d’avortements clandestins. Car, sur le territoire, la procédure est passible d’une peine d’emprisonnement, jusqu’à deux ans pour les femmes qui la subissent, et vingt ans pour les professionnel·les de santé qui la pratiquent. Dans des mises en scène destinées à révéler la force de ses modèles, elle construit un échange bienveillant, d’où émanent des portraits poignants comme un véritable engagement.

© Guillaume Holzer
© Hassan Kubanbaev

© Karla Hiraldo Voleau

© Guillaume Holzer
Explorez
La sélection Instagram #555 : manifestons !
© satch3l__ / Instagram
La sélection Instagram #555 : manifestons !
Ce jeudi 1er mai, manifestants et manifestantes élevaient leur voix pour revendiquer leurs droits en cette fête des travailleur·euses....
05 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
Shine Heroes, 2018 © Federico Estol
Les images de la semaine du 27 avril : questionner nos croyances
C’est l’heure du récap ! Cette semaine, les images nous poussent à prendre du recul face à nos certitudes et à interroger ce que l’on...
03 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Kyotographie 2026 : les contours du monde
© Daido Moriyama Photo Foundation
Kyotographie 2026 : les contours du monde
Jusqu’au 17 mai 2026, Kyotographie investit la capitale culturelle du Japon pour sa 14e édition. Comme à l’accoutumée, le festival invite...
27 avril 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Tchernobyl : l'archive sensible de Maxim Dondyuk
© Maxim Dondkyuk
Tchernobyl : l’archive sensible de Maxim Dondyuk
Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, le photographe ukrainien Maxim Dondyuk redonne vie à des photos abandonnées dans la...
26 avril 2026   •  
Nos derniers articles
Voir tous les articles
La sélection Instagram #556 : arrêter le temps
© tarasperevarukha / Instagram
La sélection Instagram #556 : arrêter le temps
Sous ces journées pluvieuses qui enveloppent les ponts de mai, l’heure est au souvenir. Entre la contemplation de nos albums photo de...
15 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
Missingu, œuvre évolutive. 50 à 450 tirages 25 × 20 cm sur papier washi kozo 1 g. Structures suspendues, exposition NÉO-ANALOG. © Laurent Lafolie
Les images de la semaine du 4 mai 2026 : en immersion !
C’est l’heure du récap ! Alors que les pellicules de nos smartphones se remplissent chaque jour d’innombrables images, les artistes de la...
13 mai 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Strange Place for Sunrise #04 © Dana Cojbuc
Art et Patrimoine en Perche 2026 dévoile un parcours peuplé de légendes
Le parcours Art et Patrimoine en Perche revient pour une 7e édition. Jusqu’au 14 juin 2026, quinze lieux d’exception présentent des...
08 mai 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Laurent Lafolie : la matière et le désir
BLANK, œuvres uniques. 15 images 180 × 225 cm, gravure laser sur carton gris recyclé. © Laurent Lafolie
Laurent Lafolie : la matière et le désir
Artiste auteur, maître tireur et enseignant, Laurent Lafolie explore les limites de la matérialité photographique. Dans son atelier, il...
07 mai 2026   •  
Écrit par Fabrice Laroche