« Made in Chicago » : les horizons de la modernité

21 novembre 2022   •  
Écrit par Ana Corderot
« Made in Chicago » : les horizons de la modernité

Jusqu’au 21 janvier 2023, la Galerie Rouge présente Made in Chicago, une traversée documentaire et expérientielle dans les rues de la ville américaine. Divisée en deux parties, l’une portée sur les œuvres des élèves et professeurs de l’école du New Bauhaus/Institute of Design, et l’autre sur des artistes contemporains, l’exposition témoigne de la force des regards pluriels sur des horizons similaires.

Il y a cette femme de profil dont le regard s’éternise dans l’agitation citadine… Si les passant·e·s ont d’ores et déjà entamé leurs danses quotidiennes, elle, est restée. Une autre femme – dont on aperçoit un seul œil – semble avoir identifié l’objectif qui l’a capturé, mais elle s’est aussitôt envolée dans les nuées humaines des passages piétons. Cette inconnue éternelle du début, c’est celle de The Age of Adolescence de Joseph Sterling — élève de l’école du New Bauhaus / Institute de Chicago, à laquelle la plupart des photographes présenté·e·s à la Galerie Rouge ont appartenu. Une école influencée par la philosophie de ce courant artistique européen né d’une modernité s’affranchissant de toute hiérarchie et valorisant un apprentissage par l’expérimentation.

Ainsi, à la manière du Bauhaus, les œuvres des professeur·e·s et élèves se confondent et s’entremêlent sur les murs de la galerie. Poussé·e·s à travailler à même le sujet, dans les rues, les bouches de métro, le renfoncement d’un immeuble, le long des avenues interminables, ou suivant les pas amusés d’un enfant, les artistes encapsulent le rythme cardiaque de Chicago. Parfois, des temps de pauses sont marqués, avec par exemple Yasuhiro Ishimoto niché dans l’ombre d’un gratte-ciel. Mais le mouvement repart aussitôt sous les néons vivaces de Barbara Crane. Une première partie reflétant l’interconnexion d’univers distincts dans l’écriture. Singuliers, mais tous égaux, les membres du New Bauhaus / Institute ne font que révéler une ville qui s’illumine d’elle-même par son brassage culturel.

Chicago, 1948-52 © Yasuhiro IshimotoNeon Series, Chicago, 1969 © Barbara Crane

à d. Chicago, 1948-52 © Yasuhiro Ishimoto, à g. Neon Series, Chicago, 1969 © Barbara Crane

 Ville éternelle

Au sous-sol de la galerie nous parvient un Chicago plus intime, reclus parfois dans les intérieurs de ses habitant·e·s. L’animation a soudainement disparu, mais le cœur de la ville bat toujours dans les portraits de Paul D’Amato ou de Todd Diederich. Le bruit devient plus familial, plus personnel. Avec les mises en scènes de Clarissa Bonet, la mémoire des allers-venues urbaines réapparait dans des rues sans noms, vides de vies. Ici, le mystère plane et subsiste aux années qui défilent. Dans cet ensemble artistique, la ville se redessine, se dépeint au fil des pas et du théâtre humain. Spectateur·rice·s et acteur·rice·s de Chicago, les photographes nous invitent à l’être à notre tour.

Fisheye Magazine | "City space" & "Dark city"

© Clarissa Bonet

Chicago, 1963 © Kenneth Josephson

Chicago, 1963 © Kenneth Josephson

The Age of Adolescence, 1959-1964 ©Joseph Sterling Estate

The Age of Adolescence, 1959-1964 © Joseph Sterling Estate

Image d’ouverture : The Age of Adolescence, 1959-1964 © Joseph Sterling Estate

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