« On Abortion » : une exposition sans tabou

08 décembre 2018   •  
Écrit par Anaïs Viand
"On Abortion" : une exposition sans tabou

Laia Abril expose jusqu’au 9 décembre On Abortion, L’avortement, Une Vulnérabilité Universelle, le premier volet d’un travail au long cours consacré à la misogynie. Derniers jours pour vous rendre à la Maison des métallos, à Paris et découvrir une enquête poignante sur les accès à l’avortement.

Sans système de contraception, une femme tomberait enceinte en moyenne quinze fois dans sa vie et donnerait dix fois naissance. 47 000 femmes meurent chaque année des suites d’avortements clandestins. L’exposition On abortion, l’avortement, une vulnérabilité universelle présentée à la Maison des métallos s’ouvre sur ces données déchirantes. « Il ne s’agit pas d’un travail sur l’avortement, mais sur le non-accès à l’avortement », explique Laia Abril, une artiste multidisciplinaire espagnole. Cette dernière a parcouru le monde afin de documenter les risques encourus par les femmes enceintes et n’ayant pas accès à l’IVG. En résulte un livre et une exposition présentée en 2016 aux rencontres d’Arles et accueillie à Paris cette année, en collaboration avec Médecins Sans Frontières.

Mère à neuf ans. En novembre 2015, Inocencia, neuf ans, a donné naissance à un petit garçon au Nicaragua. Il était le fils de son propre père biologique, qui avait violé Inocencia à maintes reprises depuis l’âge de sept ans. De nombreux pays y compris le Paraguay, le Guatemala, le Honduras, le Venezuela, la Somalie, le Congo, l’Égypte, l’Iran et le Liban ne considèrent pas le viol comme raison légitime d’avorter et n’autorisent l’avortement que lorsque la vie de la mère est en danger. Encore plus stricts, le Nicaragua, le Salvador, la République dominicaine, Malte et le Vatican sont les cinq pays au monde où l’avortement n’est autorisé en aucune circonstance.

Les hommes manquent à l’appel

À la Maison des métallos, Laia Abril fait état de son enquête menée durant plus de huit ans. « L’avortement est un sujet compliqué, invisible dont on a pas forcément envie de discuter tous les jours. C’est pourquoi j’ai pensé ce projet en installation, mélangeant photos et objets », précise-t-elle. Le visiteur découvre d’abord les pratiques et instruments illégaux. Pour interrompre leur grossesse, certaines femmes ont recours aux plantes, d’autres ingèrent du poison ou plongent dans un bain brulant. Parmi les objets utilisés,  aiguilles à tricoter, baleines de soutien-gorge, plumes de dindons, tiges de parapluie et le « tristement célèbre » cintre. S’en suivent des témoignages poignants. Viol, tentatives d’autoavortement, ou combats quotidiens contre le corps médical. L’artiste explore aussi la perspective du soignant. Laia expose par exemple des affiches types « Wanted ». Des mises à prix pour des médecins pratiquant l’avortement. La religion n’est pas épargnée. Une bande-son révèle les sermons culpabilisants d’un prêtre censé pardonner le péché de l’avortement. Les pressions sont multiples. L’artiste complète ce panorama avec des témoignages de médecins sans Frontières. « Avec cette installation, j’attire l’attention du visiteur et je l’invite à réfléchir », précise la photographe. Images non choquantes et témoignages poignants composent un environnement aseptisé, propice à la réflexion et à l’échange.

Au regard du public, le sujet divise ou du moins, mobilise différemment. Car à la Maison des métallos – comme deux ans plus tôt à Arles – les hommes manquent à l’appel. Pourquoi seules les femmes se sentent concernées ? Pourquoi les hommes ne parviennent pas à s’en emparer ? N’en ont-ils pas envie ? Ne se sentent-ils pas légitimes ? Un sujet universel témoignant d’un déséquilibre affligeant : au-delà des différences physiologiques, les hommes et les femmes ne sont pas égaux dans la question de la procréation.

© Laia Abril

© Laia Abril

© Anaïs Viand© Anaïs Viand

© Anaïs Viand

Image d’ouverture © Laia Abril

Explorez
La vente aux enchères Phillips célèbre le Paris du 20e siècle ! 
The Eye of Love © René Groebli
La vente aux enchères Phillips célèbre le Paris du 20e siècle ! 
Le 30 novembre 2023, Phillips présente Impressions Parisiennes : Une Collection de Photographies, une grande vente aux enchères de 66...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Mexico Extatique : Charles-Henry Bédué convoque la transe par la danse
© Charles-Henry Bédué
Mexico Extatique : Charles-Henry Bédué convoque la transe par la danse
Fleurs bariolées, perruques et maquillages, feux d’artifice, danses lascives et rapprochements fugaces, c’est lors de fêtes – dans les...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Lore Stessel et Katrien de Blauwer : l’art d’un récit en mouvement
Frank Gizycki #01, 2021 © Store Stessel
Lore Stessel et Katrien de Blauwer : l’art d’un récit en mouvement
Jusqu’au 20 décembre 2023, la galerie Les Filles du Calvaire accueille les expositions de Lore Stessel et Katrien de Blauwer. Dans des...
23 novembre 2023   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Viva Varda! : les mille vies d’Agnès
Agnès avec caméra Lions Love... and lies © Jeffrey Blankfort - 1969 ciné-tamaris
Viva Varda! : les mille vies d’Agnès
De ses débuts en tant que photographe à son amour pour l’art contemporain en passant par ses multiples engagements sociaux, la...
23 novembre 2023   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
La vente aux enchères Phillips célèbre le Paris du 20e siècle ! 
The Eye of Love © René Groebli
La vente aux enchères Phillips célèbre le Paris du 20e siècle ! 
Le 30 novembre 2023, Phillips présente Impressions Parisiennes : Une Collection de Photographies, une grande vente aux enchères de 66...
Il y a 2 heures   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Mexico Extatique : Charles-Henry Bédué convoque la transe par la danse
© Charles-Henry Bédué
Mexico Extatique : Charles-Henry Bédué convoque la transe par la danse
Fleurs bariolées, perruques et maquillages, feux d’artifice, danses lascives et rapprochements fugaces, c’est lors de fêtes – dans les...
Il y a 6 heures   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Un rapport au monde : le nouvel épisode du podcast du réseau Diagonal à ne pas rater !
Photographie réalisée par un•e des participant•es, projet « Para(normal) / Klasma » développé par Destin Sensible et le photographe Boris Rogez avec un groupe de jeunes résident•es de l’Institut d’Éducation Motrice Christian Dabbadie de Villeuneuve-d’Asq. Entre les images 2019/2020. Droits réservés.
Un rapport au monde : le nouvel épisode du podcast du réseau Diagonal à ne pas rater !
« Un rapport au monde », dernier épisode de la série de podcasts initié en février 2020 par le réseau Diagonal pour enrichir son...
Il y a 8 heures   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Chaumont-Photo-sur-Loire : l'émerveillement de nature
© Loredana Nemes
Chaumont-Photo-sur-Loire : l’émerveillement de nature
Comme à l’accoutumée, Chaumont-Photo-sur-Loire investit le domaine qui inspire son nom le temps de la saison froide. Six photographes...
28 novembre 2023   •  
Écrit par Apolline Coëffet