
Entre effervescence créative et nouvelle conception du corps, le XVIIIe siècle a marqué un tournant dans l’histoire de la mode auquel le Palais Galliera rend hommage jusqu’au 12 juillet 2026. Sous-titrée Un héritage fantasmé, l’exposition souligne, en creux, comment les images populaires permettent aujourd’hui à la mode de se démocratiser un tant soit peu.
Si l’avènement des réseaux sociaux a ouvert d’autres fenêtres sur la mode, son aspect élitiste subsiste et se traduit différemment. Sur les podiums comme dans les campagnes publicitaires, les maisons n’ont de cesse de faire référence à leur passé à travers des détails que seul un œil expert en la matière saura déceler. Maîtrisant l’art de la narration à la perfection, cette industrie se plaît tout autant à se réapproprier des passages de l’histoire, en témoigne la nouvelle exposition du Palais Galliera. Sobrement intitulé La Mode du 18e siècle. Un héritage fantasmé, l’événement s’intéresse à « la manière dont la mode et la mémoire collective façonnent, transforment et projettent ce passé pour en faire un récit esthétique, culturel et symbolique encore vivant ». Le parcours, chronologique, est riche d’un ensemble de 70 silhouettes. Il nous invite tout d’abord à découvrir des pièces d’époques, parmi lesquelles se compte un corset attribué à Marie-Antoinette, certainement présenté au public pour la dernière fois à cause de sa fragilité. Notre déambulation se poursuit dans la salle oblongue. Les visiteurs défilent et peuvent contempler, de part et d’autre, des robes griffées Chanel, Dior, Givenchy, Vivienne Westwood, Dries van Noten ou encore Jean-Paul Gaultier.


Une célébration joyeuse
En dernier lieu viennent les images contemporaines qui marquent les esprits, hantent nos imaginaires et composent une certaine vision du XVIIIe siècle. Deux portraits réalisés par Jean-Paul Goude ouvrent le bal. Le premier, publié dans Harper’s Bazaar, dépeint Mariah Carey sur une balançoire et renvoie aux Hasards heureux de l’escarpolette, célèbre toile de Fragonard. Le second, publié quant à lui dans V Magazine, montre Lady Gaga telle une guerrière armée d’un néon rouge. À quelques pas de là, Madonna interprète sa chanson Vogue dans une robe à la française, lors de la cérémonie des MTV Awards de 1990. Plus loin, nous retrouvons bien évidemment Kirsten Dunst, tantôt dans Marie-Antoinette de Sofia Coppola, tantôt en une du Vogue américain, immortalisée par Annie Leibovitz à l’occasion de la promotion du film. Enfin, Marisa Berensen, qui joue la comtesse de Lyndon dans Barry Lyndon de Stanley Kubrick, prend la pose pour Sarah Moon.
Outre les tenues inspirées de la même époque qu’elles donnent à voir, ces images partagent de nombreux points communs. Toutes ont pris vie sur les pages d’un magazine, sur petit ou grand écran, ou, autrement dit, des supports grand public. Toutes sont signées de photographes et de réalisateurs de renom. Toutes mettent en scène des actrices et des chanteuses connues de tous, qui apparaissent surtout sous les traits de la fameuse reine de France qui fut précipitée sur l’échafaud en raison de sa coquetterie. Dans cette salle qui achève l’exposition, la mode, si singulière, rencontre alors la culture populaire. Les savoir-faire et les détails oubliés, aujourd’hui préservés dans le secret des ateliers, resurgissent. Le siècle des Lumières, marqué par la Révolution, en propose une nouvelle, beaucoup plus légère : deux mondes se mêlent ainsi dans une célébration joyeuse qui, l’espace d’un instant, n’a que faire de la réalité.