Rendez-vous incontournable de la scène photographique internationale, Paris Photo fait son retour au Grand Palais du 7 au 10 novembre. Après trois années de rénovation, le monument parisien rouvre ses portes pour accueillir une palette vibrante de talents émergents et de photographes de renom.
« Je trouve particulièrement intéressante la confrontation d’œuvres historiques et contemporaines avec notre regard actuel. Ce dialogue est naturellement très présent, avec des œuvres qui vont de la fin du 19e siècle à l’art numérique », confie Anna Planas, directrice artistique de l’événement. Cette année, le cinéaste américain Jim Jarmusch sera l’invité d’honneur, apportant sa vision artistique unique à un parcours inédit. Que ce soit dans les secteurs officiels ou à travers les expositions qui fleurissent hors les murs, cette 27e édition de Paris Photo met en lumière la richesse et la diversité des récits visuels. Voici un aperçu des moments forts à ne pas manquer.
La photographie lituanienne à l’honneur
Souvent méconnue du grand public, la photographie lituanienne se dévoile au premier étage du Grand Palais, qui nous immerge en profondeur au sein de cette scène artistique. Conçue par Sonia Voss, cette exposition confronte des tirages datant de l’époque soviétique à des images plus contemporaines, toutes issues des collections de la Bibliothèque nationale de France, du Centre Pompidou et de l’Union des photographes de Lituanie. Tiré d’un poème de Mantas Balakauskas, le titre, The Forms of Things, The Forms of Skulls, Forms of Love, résonne particulièrement à travers les époques. Bien que les défis d’hier semblent différer de ceux d’aujourd’hui, les œuvres présentées soulignent l’importance du 8e art comme moyen d’expression et de réflexion. L’identité nationale, les paysages en mutation, l’an- goisse existentielle et la relation panthéiste au monde sont autant de thèmes explorés qui permettent de hisser la photographie lituanienne sur la scène internationale.
Les nouvelles narrations de Voices
Grande nouveauté, le secteur Voices invite trois commissaires à explorer une scène artistique ou une pratique du médium. Dans Paradis imparfaits, Elena Navarro, fondatrice de FotoMexico, associe avec délicatesse les travaux d’artistes originaires d’Amérique Sud : les corps poétiques de Claudia Andujar, les visuels conceptuels de Miguel Ángel Rojas ou encore les figures queers de Yolanda Andrade questionnent à l’unisson les conditions de création dans leurs pays d’origine. De son côté, le fondateur et président du LagosPhoto Festival, Azu Nwagbogu, interroge l’utilisation d’archives dans les pratiques du médium en présentant les travaux de Cai Dongdong, Joana Choumali et Lebohang Kganye. Son concept Corps Libérés fait la part belle à une démarche expérimentale où arts et histoires s’entremêlent. Enfin, faisant écho à la collection de photographie lituanienne, Sonia Voss présente Quatre murs. Composée de créations d’artistes d’Europe de l’Est, cette dernière exposition permet de mettre en exergue les différentes façons de transfigurer le réel. Trois narrations visuelles saisissantes à découvrir au rez-de-chaussée du Grand Palais, dans la galerie Sud-Est.
Parcours Elles × Paris Photo : la nécessaire mise en lumière des femmes photographes
Depuis la création du parcours Elles × Paris Photo en 2018, la part des femmes artistes lors de cet événement d’envergure a évolué de 20 % à 38 %. Curaté cette année par Raphaëlle Stopin, directrice du Centre photographique Rouen Normandie, le parcours se compose d’une sélection soignée de femmes photographes proposant des approches et esthétiques variées. « La sélection rend compte de la façon dont les artistes femmes ont, très tôt, considéré la photographie comme un outil de recherche plastique et d’expérimentation. Plus d’un tiers des artistes dans le parcours ont moins de 40 ans. La diversité de leurs partis pris montrent la vitalité et la pluralité de ce pan de la création, loin de pouvoir se définir par le seul prisme du genre », relate la curatrice.
L is for Look pour les plus jeunes
L is for Look fait son apparition sur la foire et « propose des ateliers interactifs à travers une série de livres photo pour enfants et adolescent·es. Cet espace pédagogique et d’exposition consacré au livre photo jeunesse a été réalisé en collaboration avec l’Insti- tut pour la photographie et Photo Elysée. Exposition qui fera l’objet d’une tournée européenne jusqu’en 2027 », explique Anna Planas. De son essor dans les années 1930 à aujourd’hui, le livre photo jeunesse dévoile toutes ses facettes. Grâce à une médiation culturelle et à une scénographie adaptée, plusieurs ouvrages de Tana Hoban, Claire Dé ou encore Tomi Ungerer sont consultables et prennent de nouvelles formes lors d’ateliers-performances animés par des artistes.
Paris Photo à l’ère du digital
Pour la deuxième année consécutive, le secteur Digital s’affirme comme une scène d’expérimentations et de découvertes. Sous le commissariat de Nina Roehrs, spécialiste de l’art digital, 15 galeries et plateformes présentent des artistes visuel·les travaillant avec les nouvelles technologies. Pour sa première participation à la foire, la Artemis Gallery expose sous la nef du Grand Palais les compositions surréalistes d’Evelyn Bencicova. Dans Artificial Tears, la créatrice slovaque examine la relation entre l’humain et la machine, souvent mise en concurrence directe avec nos corps et nos esprits. De son côté, l’artiste américaine Gretchen Andrew, représentée par l’Avant Galerie Vossen, fusionne des formes d’art traditionnelles et des algorithmes. En résultent des Facetune Portraits : des images imprimées avec un aspect peinture à l’huile, rendu possible grâce à l’application de filtres de beauté pilotés par une intelligence artificielle. Autant d’œuvres témoignant de l’effervescence du secteur Digital, qui élargit les horizons de la photographie.
Talents prometteurs
Dans le secteur Émergence, nous retrouvons 23 solo shows d’artistes prometteur·ses soutenu·es par de jeunes galeries. Venu tout droit de Bruxelles, le Hangar donne à voir des tirages de la série Algues maudites, a Sea of Tears d’Alice Pallot (exposée à la Fisheye Gallery en avril dernier). À la frontière de l’art et de la science, la photographe française s’intéresse aux problématiques environnementales et met en exergue les actions dévastatrices de l’être humain. Initié en 2022, son projet se poursuit avec une étape de taille : apporter la preuve définitive de la toxicité des algues qui prolifèrent sur les côtes bretonnes. Une autre problématique contemporaine se dévoile au stand de Christophe Guye : le droit à l’avortement. Portraits, autoportraits et témoignages ont été récoltés par Karla Hiraldo Voleau pour dénoncer son illégalité en République dominicaine, pays en proie à un christianisme misogyne et un patriarcat enraciné. À travers Doble Moral, la photographe franco-dominicaine offre la parole à des femmes qui ont eu recours à un avortement clandestin, pratique qui reste courante sur place.