Portraits de l’Atlas

23 mars 2016   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Portraits de l'Atlas
En 2014, Inès Chtouki s’est rendue dans les montagnes de l’Atlas d’où elle a rapporté de très belles images d’un mariage berbère auquel elle a assisté. Une démarche documentaire bien loin de son domaine de prédilection, la mode. Entretien.

Pourquoi la photographie t’a-t-elle attirée ?

Je me sers de la photographie comme d’un langage, je n’ai pas de talent pour le chant, l’écriture ou encore la peinture donc j’ai tenté à travers l’image de transmettre ce qui me tenait à cœur. Un besoin pressant d’exprimer quelque chose de viscéral.

Comment est née cette série ?

Je suis partie au Maroc durant l’été 2014. Un matin, mon oncle m’a proposé de partir avec lui dans l’Atlas afin d’assister au mariage de sa cousine. Je n’ai pas hésité une seule seconde et nous avons voyagé à la fraiche afin de supporter les températures désertiques. C’était la première fois que je voyais l’Atlas, un environnement aux allures lunaires avec quelque chose de très mystique. Après plusieurs heures de voiture au milieu de nulle part, des maisonnettes de pierres et de terre commencèrent à apparaitre. C’est impressionnant de se retr ouver au milieu du désert et de se dire que des personnes vivent en ces lieux. Une prise de conscience s’effectue et nos conceptions occidentales sont remises en questions.

Combien de temps es-tu restée dans les montagnes de l’Atlas ?

Nous sommes partis le matin et sommes revenus à Agadir dans la nuit. J’ai assisté aux différentes étapes d’un mariage berbère. La rencontre fut brève mais intense.

ines-chtouki-fisheyelemag-1ines-chtouki-fisheyelemag-2ines-chtouki-fisheyelemag-4ines-chtouki-fisheyelemag-5ines-chtouki-fisheyelemag-6ines-chtouki-fisheyelemag-7ines-chtouki-fisheyelemag-9ines-chtouki-fisheyelemag-10ines-chtouki-fisheyelemag-11ines-chtouki-fisheyelemag-12ines-chtouki-fisheyelemag-13ines-chtouki-fisheyelemag-15ines-chtouki-fisheyelemag-17ines-chtouki-fisheyelemag-19ines-chtouki-fisheyelemag-20

Que cherchais-tu à exprimer à travers ce travail ?

Lorsque j’ai appris que nous allions quitter la ville afin de rejoindre les terres désertiques du Caucase, loin de tout, j’ai été à la fois inquiète et très excitée. Mais la beauté des paysages et l’accueil chaleureux de nos hôtes ont eu raison de mes appréhensions. Ce sont des gens d’une authenticité rare. Ils ont tout d’abord été gênés par l’appareil photo. Je voulais immortaliser ces instants et, en même temps, je cherchais à conserver cette pureté qui émane d’eux. J’ai dû me mettre en retrait pour parvenir à leur faire accepter l’objectif. Ce sont ces instants d’échanges muets que j’ai décidé de préserver.

Cette série est assez éloignée de tes autres travaux, plutôt axés autour de la mode.  C’était un challenge pour toi ?

Oui, il y avait un enjeu à faire partager cette expérience bien loin de mes habitudes photographique avec des modèles rompus aux séances de poses. Tout a commencé avec le silence, puis un dialecte, si différent, aux consonances inconnues qui ne permettait pas d’échanger avec mes hôtes. De ces regards silencieux est née une complicité. Les textiles multicolores portés par les femmes contrastes avec le soleil d’or de ces terres désolées. Ils préservent leur identité, la protègent et en même temps aiment partager leur vie simple. J’ai délicatement capté leurs regards remplit d’émotions en respectant leur intimité et leur vérité. C’était une expérience unique pour moi de découvrir et de saisir le dénuement et la simplicité de ce peuple pudique.

© Inès Chtouki
© Inès Chtouki

Quel souvenir gardes-tu de cette rencontre ?

Je pense que j’arrive à l’âge où découvrir la culture orientale était un réel besoin. Ce fut une surprise. J’ai trouvé confortable de d’être le témoin discret d’une situation à laquelle j’étais conviée. J’ai été submergée d’émotions. C’était une rencontre spontanée d’une rare beauté.

En tant que photographe, qu’as-tu appris au contact des Berbères ? Comment t’ont-ils reçue ?

Fondamentalement, le respect d’autrui. Il faut obtenir leur consentement avant de déclencher l’appareil, c’est une approche délicate mais le regard en dit long sur le confiance accordée ou non et qu’il faut respecter. Ils ont un inégalable sens de l’hospitalité et leur dépouillement donne encore plus de valeur à leur accueil.

Quelle est, dans cette série, ta photo favorite ?

Je pense que c’est le visage marquée de cette femme à l’étoffe bleue. J’aime beaucoup le contraste froid de sa tenue avec l’environnement mordoré des murs de la pièce.

© Inès Chtouki
© Inès Chtouki

Enfin, qu’est-ce que cette série t’évoque, en trois mots ?

Documentaire. Face à face. Partage.

Explorez
Oan Kim, l'art de la fugue
Couverture de l'album Rebirth of Innoncence © Oan Kim
Oan Kim, l’art de la fugue
Ils sont de ces artistes insaisissables qui ne s’enferment dans aucune case, préférant habiter les silences entre les disciplines....
Il y a 1 heure   •  
Écrit par Benoît Baume
Chloé Lefebvre-Lamidey, là où sommeillent les oiseaux
© Chloé Lamidey
Chloé Lefebvre-Lamidey, là où sommeillent les oiseaux
Photographe indépendante installée à Paris, Chloé Lefebvre-Lamidey s’intéresse aux liens que peuvent entretenir les humain·es et les...
15 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot
Lee Miller au MAM : portrait d'une photographe aux multiples facettes
Modèle avec ampoule, Vogue studio, Londres, vers 1943 © Lee Miller Archives England 2026, All Rights Reserved
Lee Miller au MAM : portrait d’une photographe aux multiples facettes
À l’initiative de la Tate Britain et avec le soutien de l’Art Institute of Chicago, le musée d’Art moderne de Paris présente...
14 avril 2026   •  
Écrit par Esther Baudoin
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes...
© Jonathan Chandi
Écran, écran, dis-moi ce que pensent les photographes…
Indissociables de notre quotidien, les écrans et les réseaux sociaux ont radicalement transformé notre rapport à l'image. Entre la...
09 avril 2026   •  
Écrit par Marie Baranger
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Oan Kim, l'art de la fugue
Couverture de l'album Rebirth of Innoncence © Oan Kim
Oan Kim, l’art de la fugue
Ils sont de ces artistes insaisissables qui ne s’enferment dans aucune case, préférant habiter les silences entre les disciplines....
Il y a 1 heure   •  
Écrit par Benoît Baume
Maëva Benaiche : l’enfance à l’épreuve du silence 
© Maëva Benaiche
Maëva Benaiche : l’enfance à l’épreuve du silence 
Avec À la recherche de mes souvenirs, Maëva Benaiche explore les zones floues de l’enfance et fait de l’image un espace de...
17 avril 2026   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Computer Punch Cards d'Antony Cairns
© Antony Cairns
Computer Punch Cards d’Antony Cairns
Dans Computer Punch Cards Antony Cairns réutilise des cartes mémoires mises au rebut depuis des années, pour composer des images...
16 avril 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
Chloé Lefebvre-Lamidey, là où sommeillent les oiseaux
© Chloé Lamidey
Chloé Lefebvre-Lamidey, là où sommeillent les oiseaux
Photographe indépendante installée à Paris, Chloé Lefebvre-Lamidey s’intéresse aux liens que peuvent entretenir les humain·es et les...
15 avril 2026   •  
Écrit par Ana Corderot