
Il y a quelques jours, les membres du jury du concours Fisheye x MPB se sont réunis afin de désigner leurs deux lauréates. Dans des approches disparates, toutes deux matérialisent la thématique de l’empreinte.
Le 26 février dernier s’achevait le concours organisé par Fisheye et MPB, qui, depuis 2011, rend la création photographique et vidéographique plus accessible en proposant du matériel d’occasion abordable. Porté par la thématique de l’empreinte, celui-ci a suscité l’intérêt de nombreux artistes, qu’il s’agisse d’amateurs ou de professionnels. De fait, les candidats participaient dans l’optique de remporter un bon de 2000 € pour l’achat de matériel photo et vidéo d’occasion ainsi qu’un abonnement de deux ans à notre magazine. Après avoir étudié plusieurs centaines de dossiers, les membres du jury se sont réunis afin de désigner leurs deux lauréates qui ne sont autres que Tempé Storm Cole et Emma Devigne. Ils adressent également une mention spéciale à Justine Valençon, Alfonso Bricegno, Francisco Gonzalez Camacho, Natali Agryzkova et Hélène Mastrandréas qui se sont distingués par leur approche du sujet.
Un second souffle
De sombres fleurs au bout des doigts, des branches jaillissant d’une vaste étendue d’eau, une végétation apparaissant à travers une paroi légèrement fumée… Les compositions de Tempé Storm Cole sont habitées par la solastalgie, un « néologisme introduit par le philosophe de l’environnement Glenn Albrecht en 2003 », rappelle l’artiste. Ce terme renvoie à une détresse psychique face aux changements climatiques qui, d’une certaine façon, appose son empreinte sur notre manière de percevoir le monde alentour. « Loin d’être pessimiste, ce corpus d’images propose une petite pause à la fois douce et urgente » qui permet d’interroger la façon dont les êtres appréhendent leur environnement, de même que les liens qui les unissent, assure-t-elle. Emma Devigne traduit le sujet d’une tout autre manière. Elle réutilise d’anciennes cartes postales et laisse « une cicatrice douce dans la matière » en les ornementant de motifs brodés au point de croix : « Les cartes postales que je travaille, datées de 1880 à 1920 et issues des archives régionales de Saint-Malo, sont déjà chargées d’empreintes. Empreinte du sel dans l’air marin, du temps qui jaunit le papier, de l’encre qui tremble sous l’écriture. Empreinte des mains qui les ont tenues, des regards qui ont choisi ce paysage pour l’envoyer à quelqu’un d’absent. Une carte postale est une trace. Un fragment de lieu détaché pour être transmis. Une tentative de rendre présent ce qui est loin. Je viens déposer une nouvelle empreinte sur ces surfaces marquées. » Ce processus permet ainsi d’offrir un second souffle à des vestiges d’existence qui auraient pu sombrer dans l’oubli.



