Rolling Paper : Les amours lesbiennes vues par Bérangère Fromont

20 septembre 2022   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Rolling Paper : Les amours lesbiennes vues par Bérangère Fromont

Publié par les Éditions À la maison, L’amour seul brisera nos cœurs, livre de Bérangère Fromont est dédié à une communauté sous-représentée au sein de la culture gay : les lesbiennes. Un regard queer et délicat à découvrir au cœur du festival d’édition photo indépendante Rolling Paper, au Bal du 23 au 25 septembre.

Noir et blancs contrastés, compositions millimétrées, lignes graphiques, minimalisme acéré… Dans les images de Bérangère Fromont, le raffinement est au service de l’intime, comme de l’engagement. Après avoir capturé des adolescents fantasmagoriques en pleine nuit, puis la dichotomie d’Athènes, une ville coincée entre un passé grandiose et un présent écrasant, la photographe et artiste visuelle installée à Paris s’intéresse cette fois aux amours lesbiennes. « Au 19e siècle, l’homosexualité est reconnue comme crime et maladie mentale en Europe. En 2018, alors que le mariage et les lois les protègent désormais, les actes violents homophobes ont augmenté en France de 34,3%. L’homosexualité déclenche toujours autant de haine et de rejets », déclare-t-elle. Imaginé comme un dialogue entre trois autrices – Bérangère Fromont, bien sûr, mais aussi Élodie Petit, poète queer dont les mots tissent des liens libres avec les images, et la graphiste Maycec dont l’approche monochrome et minimaliste s’accorde à merveille avec la vision de la photographe – L’amour seul brisera nos cœurs se lit comme un ensemble de ramifications sensible. Un recueil où l’affection se ressent dans la fibre des mots, comme dans la danse des clichés.

© Bérangère Fromont© Bérangère Fromont

Une osmose brûlante

« On habite ce que l’on peut : la faïence, la baignoire, le hlm, le trottoir, on construit une cabane. Du début à la fin on utilise l’amour comme survie collective. Fiévreuse plébéienne.»

Comme un fil rouge articulant l’histoire entière, la citation d’Élodie Petit parvient à traduire cette osmose brûlante, cette envie de s’unir que Bérangère Fromont capture. Étreintes cachées, mains blanches caressant dans la nuit noire, doigts qui découvrent, qui s’enlacent, tandis que les visages disparaissent dans l’obscurité… Au cœur de l’ouvrage, les liaisons lesbiennes auxquelles s’intéresse l’artiste se font lancinantes. Comme une mélodie en sourdine qui ne cesse de se répéter pour mieux s’imprégner dans les esprits.

À l’origine du projet se trouve une envie de représenter une partie de la communauté LGBTQIA+ souvent mise à l’écart. « L’homosexualité féminine est invisibilisée dans l’art comme dans la société, contrairement à la culture gay. Fantasmée, déformée, colonisée, la représentation des lesbiennes dans ma jeunesse n’existait pas, en dehors de quelques films pornographiques hétérosexuels, où l’on pouvait voir des filles aux ongles et cheveux longs présentes uniquement pour le regard masculin. Il est temps de créer nos propres archives en produisant nos propres récits », déclare la photographe. De la même manière que Romy Alizée s’attache à révéler un regard queer, L’amour seul brisera nos cœurs parvient à souligner l’émotion de ces liaisons d’un même genre. À travers l’effervescence des cadrages, des scènes figées, les corps dialoguent, aux yeux de tous et toutes, et traduisent l’attachement. Une douce affection, une tendresse touchante. À la fois objet de témoignage et d’engagement, l’ouvrage de Bérangère Fromont s’impose comme une œuvre complète, complexe, mais avant tout, universelle. « Ça parle d’amour, de précarité, de joie punk et émo, de sexualité. Ça emmêle directement le corps au politique, ça prône haut et fort l’expérimentation et la satire, ça précise une volonté très forte de faire la révolution. », écrit Élodie Petit. Et la photographe, de conclure : « Mon approche de ce sujet est à la fois intime, amoureuse, poétique, politique, sensible, quotidienne ».

© Bérangère Fromont© Bérangère Fromont
© Bérangère Fromont© Bérangère Fromont
© Bérangère Fromont© Bérangère Fromont
© Bérangère Fromont© Bérangère Fromont
© Bérangère Fromont© Bérangère Fromont
© Bérangère Fromont© Bérangère Fromont

© Bérangère Fromont

Explorez
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Gaza City - Al-Tuffah Neighborhood © Khames Alrefi
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Le photojournaliste Khames Alrefi reflète la destruction de Gaza à travers son projet Civilians: The First Victims. Ses images montrent...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Mikel Nielsen Ommar. © Prince Roland Napoleon Bonaparte (French, 1858-1924); Plates by G. Roche / Domaine public, Getty Image.
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Nous sommes en 1884, le prince Roland Bonaparte (1858- 1924), petit-fils de l’un des frères de Napoléon, organise une mission en Norvège...
11 juin 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Deborah standing in Freud's cabinet, 2023 © Camille Vivier
À la MEP, Winnie Mo Rielly et Camille Vivier portent deux regards sur le corps féminin
Ce mercredi 10 juin, la Maison européenne de la photographie a inauguré ses quatre expositions de la saison estivale 2026. Parmi elles se...
10 juin 2026   •  
Écrit par Apolline Coëffet
Loi anti-LGBTQIA+ au Ghana : Clara Watt et les collages d’une résistance
© Clara Watt
Loi anti-LGBTQIA+ au Ghana : Clara Watt et les collages d’une résistance
Par le collage, Clara Watt fait de The Promotion of Proper Human Sexual Rights and Family Values un manifeste militant et poétique, en...
09 juin 2026   •  
Écrit par Lou Tsatsas
Nos derniers articles
Voir tous les articles
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Gaza City - Al-Tuffah Neighborhood © Khames Alrefi
Khames Alrefi, lauréat du Visa d’or humanitaire du CICR 2026 
Le photojournaliste Khames Alrefi reflète la destruction de Gaza à travers son projet Civilians: The First Victims. Ses images montrent...
Il y a 4 heures   •  
Écrit par Annabelle GARBIGLIA
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
© Boby
Boby s’empare de l’instax mini Evo Cinema™ et de l’instax Wide Evo™ !
Depuis les quatre coins de la planète, Boby a capturé des souvenirs instantanés à l’aide de deux boîtiers instax™ de la série Evo : le...
Il y a 5 heures   •  
Écrit par Cassandre Thomas
Hommage à Marie-Jo Lafontaine : du noir et blanc à l'éclat du monochrome
Marie-Jo Lafontaine © Département du Nord
Hommage à Marie-Jo Lafontaine : du noir et blanc à l’éclat du monochrome
Jusqu’au 27 septembre 2026, le musée de Flandre, à Cassel, consacre la rétrospective Tout ange est terrible à Marie-Jo Lafontaine....
Il y a 10 heures   •  
Écrit par Fabrice Laroche
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Mikel Nielsen Ommar. © Prince Roland Napoleon Bonaparte (French, 1858-1924); Plates by G. Roche / Domaine public, Getty Image.
En quête d’identité : de la physiognomonie à la reconnaissance faciale
Nous sommes en 1884, le prince Roland Bonaparte (1858- 1924), petit-fils de l’un des frères de Napoléon, organise une mission en Norvège...
11 juin 2026   •  
Écrit par Fisheye Magazine