Sarah Moon et Yohji Yamamoto scellent trois décennies de collaboration et d’amitié avec Dialogue. Publié aux éditions Delpire, le beau-livre de mode sera disponible en librairie à compter de ce jeudi 27 février.
Dans un fin volume noir se découvre un échange entre deux êtres. Sarah Moon s’exprime en premier : « Pendant longtemps, nous avons travaillé ensemble de temps à autre. Nous avons décidé de faire ce livre lorsqu’un jour tu m’as dit : “Je veux être avec toi dans l’histoire de la mode.” Bien sûr, j’étais ravie, et j’ai commencé à photographier les collections de chaque saison, sauf pendant le Covid. » Ses phrases s’adressent à Yohji Yamamoto, couturier japonais qui a lancé sa propre marque en 1972. Elles racontent la genèse de l’ouvrage, de même que l’écriture de ce texte qui semble avoir été saisi à la volée. « Cette année, nous avons décidé qu’il était temps de produire le livre, comme un dialogue visuel entre nous. J’ai eu le sentiment qu’il nous manquait quelques mots en guise d’introduction, et nous avons décidé d’essayer de recréer ce dont nous parlons chaque fois que je te présente les photographies », poursuit-elle.
Des compositions pour rêver
Cette conversation, présentée de manière aérienne, traverse les 84 pages qui suivent. Un ensemble de 45 tirages, inédits pour la plupart, les habille. Deux esthétiques se répondent avec harmonie : les flous vaporeux de Sarah Moon cristallisent la poésie du mouvement d’une étoffe, la géométrie des formes, le noir profond et les autres nuances. Des liens entre les deux pratiques se tissent dans une valse lente et gracieuse. Les émotions se glissent dans les interstices, car les compositions, insensibles aux lois du temps, donnent matière à rêver. Au milieu, la présence d’une paire de ciseaux de couture marque la rupture entre les années 1990 et notre époque actuelle, entre les archives des débuts et les clichés plus récents. Des constellations de mots autour du paradoxe apparaissent çà et là, elles rythment l’ouvrage. L’imagerie de mode s’appréhende ainsi de manière singulière. Tout compte fait, plus qu’un dialogue entre deux artistes et leur discipline respective, le beau-livre nous invite à prendre part à ces créations, à nous projeter afin de leur conférer une autre portée.
84 pages
150 €